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1 septembre 2006 5 01 /09 /septembre /2006 07:16

J´ai lu plusieurs fois "Anna Karénine" de Léon Tolstoï et une bonne dizaine de fois le chapitre où Anna avoue à son mari Alexis Alexandrovitch que le Comte Vronski est son amant.

Ils sont sur un champ de courses où le Tsar et toute la cour sont présents. Evénement mondain qu´Alexis le mari n´apprécie guère, mais sa présence en temps que conseiller du Tsar et membre de la cour va de soi. Pour Anna, il en est tout autrement. Rien n´existe pour elle en dehors de ce qu´elle suit des yeux : son amant est l´un des cavaliers qui doit courir. Alexis voit l´émotion de sa femme et les soupçons qu´il a sur elle se réveillent. Serait-ce donc vrai ? Il détourne son visage et essaye de se concentrer sur les spectateurs qui l´entourent quand des cris surgissent de la foule: des cavaliers sont tombés. Anna fait un mouvement imperceptible:  Vronski serait-il tombé ? Mais non ! Il se rapproche des chevaux de tête quand une deuxième chute se produit. Il gît à terre. Elle ajuste ses jumelles mais c´est beaucoup trop loin pour distinguer les détails. Elle se raidit, une envie folle lui prend de courir vers son amant...;  elle se retient. Alexis Alexandrovitch reste aussi impassible que possible. La course prend fin et le Tsar montre sa désapprobation. Alexis prend alors le bras de sa femme et lui propose de rentrer. Anna ne bronche pas, les yeux fixés sur les chevaux à terre. Le comte Vronski s´est relevé. Son mari répète sa phrase: "Je vous parle, je vous demande de rentrer". Anna a quelques signes d´impatience. D´un ton plus ferme, Alexis répète alors : "pour la troisième fois, je vous demande de rentrer". Anna se résigne, et sans parler, mais saluant les personnes qu´ils reconnaissent, ils gagnent leur voiture qui les attend. C´est dans la voiture, devant la maîtrise et la froideur de son mari, homme de cour pour qui la dignité de sa charge et son rang exige le respect des convenances, qu´Anna se libère de son secret. Eh bien oui ! avoue-t-elle, j´ai un amant et c´est le Comte Vronski ! Alexis Alexandrovitch se tait. Ce n´est que devant leur domicile qu´il reprend la parole d´une voix qui tremble légèrement " Bien! J´exige simplement de vous que vous gardiez les convenances jusqu´au moment où j´aurai pris les mesures qu`exige la sauvegarde de mon honneur".

 

J´ai vu il y a déjà un certain temps une version cinématographique d´Anna Karénine. Sans doute pour moderniser et rendre plus spectaculaire la scène de l´aveu et de la course de chevaux, Anna se précipite, éperdue, vers son amant à terre lors de la chute des chevaux. Scène absurde !  A l´opposé du chapitre tout en nuances de Tolstoï. J´ai souvent entendu dire qu´il faut lire entre les lignes. Rien n´est moins sûr. Entre les lignes, il n´y a rien, il n´y a que du blanc.Tolstoï dit ce qu´il a à dire et décrit ce qui lui semble important, mais il se retient. Il ne fait qu´appliquer un principe fondamental du classicisme français et que reprend Albert Camus en ces termes: dire moins pour faire comprendre plus.

Une autre scène d´aveu très célèbre et tout à fait opposée à celle d´Anna Karénine, est celle de Phèdre chez Racine. La violence, autant que la passion, l´habite. Parler de mesure à propos du théâtre racinien m´a toujours fait sourire...

Phèdre a longtemps lutté pour cacher, même à ses yeux, l´inconcevable. Mais il lui faut parler: "Je ne me soutiens plus, ma force m´abandonne". Est-ce un crime d´aimer ? A vrai dire, non. Le véritable crime est d´avouer. C´est d´abord l´aveu proprement dit qui se fait en deux temps: Phèdre commence en effet à révéler à Oenone, sa nourrice et confidente, qu´elle aime, mais sans révéler qui; puis fait comprendre, sans prononcer son nom qu´il s´agit d´Hyppolyte, le fils que son époux Thésée a eu d´un premier mariage. Ensuite, après les encouragements non dissimulés d´Oenone, c´est une véritable déclaration d´amour, haletante, démesurée, inconvenante, à Hyppolyte lui-même. Mais ce qu´elle dit, avoue et déclare, nous, lecteur ou spectateur, c´est par les mots que Racine fait dire à Phèdre que nous comprenons l´énormité de la situation. Il peut y avoir des sous-entendus, des hésitations, des scrupules, des réticences, des dissimulations, des silences, mais ils ne sont pas dans la marge du texte ou dans les blancs des lignes: ils sont dans les mots mêmes que l´écrivain emploie.

 

 A nous lecteur de lire et entendre ce qui est véritablement écrit.

 

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Published by Bernard Olivier Lancelot - dans Romans
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31 août 2006 4 31 /08 /août /2006 11:18

J´ai vu récemment "Napoléon", téléfilm en 4 épisodes de Yves Simoneau avec Christian Clavier dans le rôle titre, Isabella Rossellini dans le rôle de Joséphine de Beauharnais, John Malkovich jouant Talleyrand et l´incontournable Gérard Depardieu dans le rôle de Fouché, ministre de la police et par ailleurs producteur. J´étais fort sceptique sur la vérité historique du film , et n´avais guère envie de voir à longueur de film des batailles sans fin et des tueries à n´en plus finir. Clavier, acteur bedonnant de cinquante ans, est peu crédible sur le pont d´Arcole, mais la vérité historique est respectée et j´ai aimé retrouver la réplique qu´on attribue à Talleyrand et qui est pour moi de Stendhal: "la parole a été donnée à l´homme pour cacher sa pensée".

Je ne voulais pas voir de tueries, mais j´ai apprécié le début du troisième épisode, même s´il a moins de rythme que les deux précédents. Une longue séquence est consacrée à la bataille d´Essling, bataille peu connue et pour cause : c´est l´une des premìères défaites terrestes de Napoléon et qui est un véritable carnage puisque l´on évalue le nombre de morts à 43.000 en 32 heures de combat. J´ai lu en son temps "La Bataille" de Patrick Rambaud que Balzac se proposait d´écrire. Ce n´était pas inintéressant, mais enfin Patricke Rambaud n´est pas Balzac. Le film s´attarde sur les morts, sur les cadavres qui gisent, sur le sang des blessures et scrute le visage de Clavier-Napoléon qui pour la première fois se met à douter. Puis l´on voit le Maréchal Lannes agonisant, gémissant, couvert de sang, sale, suppliant Napoléon d´arrêter la guerre. Il le tutoie, et je me souviens qu´il était le seul des maréchaux impériaux à tutoyer Napoléon.

Cette longue séquence est précédée par l´évocation de la guerre en Espage et de la charge de paysans espagnols munis de fourches massacrant des soldats francais au bivouac.Yeux exorbités, la bave aux lèvres et la bouche tordue, ils avancent avec peur mais détermination. C´est bref mais fort dans le film et tout à fait supportable, - et met bien en évidence la première résistance populaire  à l´avancée des troupes napoléoniennes d´occupation. Et en même temps que cette scène, surgit à ma mémoire la fin d´une émission télévisée sur Goya qui a immortalisé la résistance des insurgés et rebelles espagnols dans deux tableaux célèbres dont "Tres de Mayo" (en francais Trois mai ) , également appelé "La fusillade du 3 mai" oû l´on voit des soldats francais, en représaille après la révolte du 3 mai 1808 à Madrid, exécuter les prisonniers qu´ils ont faits au cours de la bataille du 2 mai..

Pour faire passer son message, l´oeuvre de Goya sublime la figure des révoltés. Au centre du tableau, on peut lire la terreur sur le visage de l´homme en blanc. Ses yeux, révulsés, ne quittent pas les fusils des soldats, tueurs anonymes dont on ne distingue pas le visage. Il a les bras ouverts, comme un crucifié, un martyr. Tableau étonnant qui rend bien l´imminence de la mort.

Je ne sais pas si Yves Simoneau a pensé à ce tableau en faisant jouer ses acteurs-paysans se précipitant la fourche à la main vers les soldats francais désarmés, mais j´ai vu dans leurs yeux exorbités les yeux révulsés par la peur de la mort du rebelle espagnol face à son peloton d´exécution.

Pour ceux qui veulent avoir plus de détails sur l´analyse de cette oeuvre de Goya, ils peuvent consulter le lien suivant : "fr.wikipedia.org/wiki/Tres_de_Mayo".

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Published by Bernard Olivier Lancelot - dans Cinéma
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30 août 2006 3 30 /08 /août /2006 07:51

C´est de mémoire que je ferais le bilan des présidences de la Ve République. Je pourrais bien sûr consulter des historiens ou lire des bilans sur internet, mais ce qui m´interesse, c´est ce qui reste simplement en mémoire, sans rien vérifier.

Francois Mitterrand, premier Président socialiste de la Ve République et jusqu´à présent le seul, est resté 14 ans au pouvoir de 1981 à 1995 . Pour une démocratie occidentale, c´est énorme. Ce n´est pas pour rien que l´on a parlé de monarchie mitterrandienne. Du premier septennat, il reste les mesures sociales des premiers mois qui ont suivi son élection: la semaine de 39 heures, la cinquième semaine de congés payés, l´augmentation du SMIC (Salaire Minimum Interprofessionnel de Croissance), mesures auxquelles il faut ajouter une mesure symbolique spectaculaire qui n´a pas coûté un sou: l´abolition de la peine de mort défendue par son ministre de ja justice et garde des sceaux, Robert Badinter. A cela, il faut ajouter la décentralisation conduite en 1982 et 1983 par son ministre de l´Intérieur et maire de Marseille, Gaston Deferre. Je ne compte pas les dévaluations du Franc et la politique de rigueur commencée en 1982 et poursuivie en 1983 comme des mesures positives à mettre dans le bilan, mais ce sont bien des mesures économiques avec lesquelles il faut compter. Pour le second mandat, je ne me rappelle rien... Ce qu´on a appelé la cohabitation y est sans doute pour quelque chose. Quant à l´ensemble des deux septennats., je vois à mettre au bilan la construction de grands bâtiments comme la Pyramide du Louvre par un architecte sino-américain utilisant le verre pour mettre en valeur la pierre du Palais du Louvre;  l´Arche de la Défense par un architecte danois; La Grande Bibliothèque dite Bibliothèque Mitterrand; et pour finir, les bâtiments du nouveau Ministère des Finances.

Que restera-t il des 12 ans du Président Jacques Chirac ? Rien ! Ou en tout cas pas grand chose... En tout cas, des "couacs" retentissants... Lors du septennat de 1995 à 2002, je ne retiens qu´une mesure, qui est de nature politique et qui est un échec: la dissolution de l´Assemblée Nationale. Elle avait pour objectif de renforcer sa majorité présidentielle et lui permettre d´avoir plus de coudées franches en Europe, et elle a abouti à donner la victoire législative à la gauche et de devoir nommer comme Premier ministre le Secrétaire Général du Parti Socialiste Lionel Jospin ! Il y a bien l´institution des 35 heures, mais c´est une décision qui n´est pas à mettre au profit du Président de la Répiblique, ni même du Premier ministre Lionel Jospin, mais à l´acharnement du ministre de Travail Martine Aubry. Quant au quinquennat, qui n´est pas terminé, je ne vois que des échecs: le non de la majorité des Francais au referendum sur le projet de constitution européenne conduite par l´ancien Président de la République Valéry Giscard d´Estaing; la crise des banlieues et les violences urbaines qui ont secoué la France pendant près de deux mois ainsi que le rejet par la rue du CPE (Contrat Première Embauche) proposé par son Premier ministre Dominique de Villepin. Quel bilan dérisoire !

Venons-en à De Gaulle, premier Président de la Ve République de 1958 à 1969. La première mesure à mettre à son actif est la fin de la guerre d´Algérie en 1962 et l´indépendance de cette même Algérie ainsi que le processus de la décolonisation commencé dès 1960 pour l´ensemble des anciennes colonies francaises et divers protectorats; la reconnaissance de la Chine communiste de Mao Tsé Tung; l´entrée de la France dans le club fermé des puissances nucléaires; son opposition à l´OTAN et aux Américains; et évidemment, sur le plan intérieur, une nouvelle constitution renforcant d´autant plus le pouvoir exécutif qu´il introduisit en 1962 l´élection du Président de la République au suffrage universel par referendum. Toutes ces mesures concernent donc le domaine de la politique étrangère. Sur le plan économique et social, en revanche, je ne retiens rien. Mais à ce bilan somme toute positif sur le plan de la place de la France dans le monde, j´ajouterais un certain nombre de bons mots:  en premier lieu, le "Je vous ai compris" prononcé lors d´un discours en Algérie pour préparer les Francais de France et d´Algérie à l´idée de l´Algérie algérienne; le " Vive le Québec libre" prononcé au Québec également lors d´un discours; le "machin" pour désigner  l´ONU (l´Organisation des Nations Unies);  et sur un autre plan, le non moins célèbre "chienlit" pendant les événements de mai 1968. Me revient également un dernier discours, mais cela est plus diffus, c´est celui de Bandoung (?) sur l´émergence des pays en voie de développement et qu´on appelait encore "pays du Tiers Monde".

Pour Georges Pompidou, Président de la République de 1969 à 1974, il a peu de choses à dire: je ne vois qu´un bàtiment..., un Musée d´Art contemporain, le Centre Beaubourg appelé également Centre Pompidou; et l´aménagement de voies rapides sur les berges de la Seine à Paris. Mais sur le plan de la politique intérieure, je ne vois absolument rien. Quant à la politique extérieure, je ne vois qu´une chose: le "oui" de la France pour l´entrée de la Grande Bretagne dans ce qu´on appelait alors le Marché Commun  Mais cela ne concerne pas vraiment la France mais plutôt les pays concernés dont la Grande Breatagne et le Danemark. Quel était le troisème pays ? Mystère...Quant au quatrième, íl s´agissait de la Norvège, mais elle a voté "non" par referendum en septembre 1972 !

Reste la présidence de Valéry Giscard d´Estaing, de 1974 à 1981. Son bilan est plus positif. Il y a d´abord une réforme électorale qui a abaissé le droit de vote à 18 ans. Il y a surtout la réforme de l´avortement libre appelée IVG ( Interruption Volontaire de Grossesse) défendue courageusement par son ministre de la Condition féminine Simone Veil. Mais qu´en est-il de la politique économique et financière? Qu´en est-il de la politique sociale ? Qu´en est-il enfin du domaine de la politique étrangère ? C´était un ministre de l´Economie et des Finances jeune et dynamique sous le Général de Gaulle qui avait pour ambition de réformer la France en profondeur lorsqu´il serait Président de la République. Un septennat ne lui suffisait pas. D´où son désir de briguer un second mandat. Il faut croire que le faible bilan du premier septennat est autant la cause de son échec que les "110 propositions de la France" de son adversaire socialiste à l´élection présidentielle de 1981,  Francois Mitterrand.

Récemment un sondage d´opinions a mis en évidence que les Francais considéraient que Francois Mitterrand avait été le meilleur Président de la Ve République. On aurait pu penser qu´ils choisiraient plutôt le Général de Gaulle, étant donné son prestige historique acquis pendant la Seconde Guerre mondiale. A y bien réfléchir, ce choix est juste et judicieux car il met en avant la préoccupation des Francais pour leur vie de tous les jours. 

La prochaine élection présidentielle aura lieu dans 9 mois, en avril 2007. Les prétendants sont nombreux, de l´extrême droite à l´extrême gauche, même s´il y a encore peu de candidats officiels. Mais sur quels projets ? Avec quels programmes ? Est-ce que quelqu´un ou quelqu´une aurait une quelconque "vision" pour la France? Personne ! Comment s´étonner dès lors que les Francais se détournent de la politique... .

 

 

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Published by Bernard Olivier Lancelot - dans Politique-actualités
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29 août 2006 2 29 /08 /août /2006 09:18

En juillet et août 2006 la guerre du Liban entre le Hezbollah et l´Etat d´Israël a duré 33 jours. Mais plus que la guerre elle-même, ce qui m´a laissé pantois, c´est le langage diplomatique que les grandes puissances et les organisations internationales ont utilisé pendant tout le conflit armé.

Les Etats Unis, avec son ministre des affaires étrangères Condoleezza Rice, ont répété à satiété qu´il fallait un cessez-le-feu urgent . L´union européenne et les Nations Unies avec son secrétaire général Kofi Annan ont parlé de cessez-le-feu immédiat. Un éminent diplomate norvégien des Nations Unies a parlé plusieurs fois, après une quinzaine de jours de conflit, d´un cessez-le-feu de 72 heures. L´Etat d´Israël a alors proposé en réponse à cette proposition une suspension  des frappes aériennes d´une durée de 48 heures, ( qu´il n`a d`ailleurs pas totalement respecté...). Les journaux et les commentateurs politiques parlaient d´arrêt des combats, éventuellement de trêve. Et pendant ce temps un ministre israëlien se permettait de remarquer que si les Nations Unies, malgré tous les efforts des diplomates francais et américains, n´arrivaient pas à se mettre d´accord sur les termes d´une résolution, cela donnait implicitement le droit à l´Etat d´Israël de poursuivre les combats.

La résolution onusienne 1701 parle finalement de cessation durable des hostilités (éventuellement à long terme). Ce qui permet à Israël de faire remarquer qu´aucun cessez-le-feu n´a été signé entre les belligérants. C´est donc bien sous-entendre que ce n´est qu´une trêve...,- mot finalement peu employé jusqu´à présent sauf par quelques journalistes, mais que je trouve le plus simple et plus approprié.

Reste que le Hezbollah, à la fois parti politique et  religieux, est aussi une milice armée. La guerre a peut-être affaibli la milice, mais certainement pas le parti qui est une donnée incontournable de la société libanaise. En fait, ce qu´il faudrait faire avec le Hezbollah, c´est de le désarmer. Mais cela ne sera possible que par une négociation politique. Ce n´est pas demain la veille que cela arrivera. Les politiques et les diplomates ont encore de beaux jours devant eux.

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Published by Bernard Olivier Lancelot - dans Humeurs d'un ronchonneur
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28 août 2006 1 28 /08 /août /2006 10:49

C´était en 1956 ou en 1957: j´avais donc 12 ou 13 ans. Et c´est à cet âge-là que j´ai entendu pour la première fois le mot communiste utilisé comme une injure.

J´étais au lycée et je devais être en 6eA9 ou 5eA9; je faisais donc encore du latin. C´était la récréation. Sans véritablement parler de politique, des camarades et moi évoquions parfois l´invasion de la Hongrie par l´armée soviétique pour la condamner et trouver le sort des Hongrois qui s´exilaient bien déplorable. Il faut dire qu´un de mes camarades était juif apatride. Son père, d´origine russe avait quitté la Russie pour gagner l´Allemagne; puis, après 1933, avait gagné la France. Mon camarade, qui s´appelait Jean-Pierre K.,  était né en France mais n´éait pas Francais. Cela ne me gênait en rien car c´était mon ami avec qui je partageais mes jeux et mes pensées d´enfant. Un autre camarade faisait aussi partie de mon petit cercle: c´était une fille pleine d´allant et d´initiative dont j´ai oublié le prénom mais dont le nom commencant par K. reste ancré dans ma mémoire. Toujours est-il que ce jour-là, ce dont je me souviens, c´est qu´ il faisait froid et que nous courrions pour nous réchauffer quand tout à coup quelqu´un d´inconnu me pointe du doigt et me traite de communiste !  Interloqué, je lui demande pourquoi. Il désigne alors mon pull over rouge et répète en hurlant sale communiste ! Je reste sans voix, ne trouve rien à répondre. Je me souviens vaguement avoir baissé la tête, haussé les épaules et être rentré tout chamboulé pendant les cours suivants. J´étais furieux avec moi-même ne n´avoir rien répondu, et par défi, et pour m´opposer avec force à la bêtise d´un telle injure, j´ai porté le même pull over pendant presque tout l´hiver.

A peu près à la même époque, mais avec un autre camarade, j´ai pris conscience que ce ne devait pas être facile d´être juif en ce monde. J´étais en visite chez lui dans un immeuble cossu du XVIe arrondissement de Paris. Il était déjà venu chez moi, et avait fait la remarque amusée mais non désobligeante que je n´avais pas d´ascenceur... Il sonne. Sa mère, élégante, plus grande et plus jeune que la mienne, nous ouvre la porte, et va pour l´aider à enlever son manteau, quand tout à coup elle pousse un cri atroce que j´ai encore en mémoire. Une croix gammée  était tracée dans le dos du manteau de mon camarade! Mais non, s´écrit-il...; - et il explique que le jeu auquel nous jouions ce jour-là consistait à éliminer du jeu celui à qui on réussissait de mettre dans le dos un ou deux traits de craie.

 Beaucoup plus tard, alors que j´étais adulte, j´ai vu une émission télévisée sur Marylin Monroe commentée par l´actrice francaise Cathrine Deneuve. Celle-ci faisait allusion à l´un des films où Marylin, actrice somme toute assez médiocre, poussait un cri  déchirant qui montrait que si Marylin Monroe avait été mieux dirigée, elle aurait sans doute été une grande actrice. Le cri de la mère de mon camarade me révélait d´un seul coup ce qu´elle avait dû endurer avant et pendant la Seconde Guerre mondiale: être pourchassée et jetée dans un camp d´extermination pour le seul fait d´être juif.

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27 août 2006 7 27 /08 /août /2006 08:12

.Depuis plusieurs mois, je suis avec attention la campagne pour l´élection présidentielle de 2007, et c´est avec étonnement que je vois Ségolène Royal en tête des sondages d`opinions. Nous sommes fin août 2006, elle occupe le terrain médiatique depuis des mois, est à la Une de tous les journaux, devance ses rivaux politiques de droite comme de gauche et elle ne dit absolument rien. Elle a bien quelques idées sur la famille, elle parle de la valeur travail, mais qu´en est-il du chômage? De la précarité?  De l´insertion des jeunes? Du problème des banlieues?  Du travail des femmes? De l´inégalité des salaires? Du SMIC? Des 35 heures? De l´immigration? De l´insécurité? Qu´en est-il de la guerre au Liban? Du nombre de soldats francais pour renforcer la FINUL. ? De la présence francaise dans le monde? De l´Irak? De l´Afghanistan? D´Israël? Du Proche Orient? De l´Iran? Rien, absolument rien.  Déjà, en avril 2002, Lionel Jospin, à la fois ancien secrétaire général du Parti Socialiste, Premier ministre et candidat à l´élection présientielle, avait déclaré pour se faire élire de tous les Francais, que son progamme n´était pas socialiste... Mais que penser de la phrase de Ségolène Royal d´utiliser le temps de réflexion des vacances d´été pour donner de la cohérence à ses déclarations antérieures? Quel aveu d´indigence. Les prétendants socialistes ne sont pas mieux lotis. Ségolène Royal n´a rien à dire, et ses rivaux n´ont plus grand chose à proposer. Francois Mitterrand, en 1981, avait 110 propositions pour la France. Laurent Fabius en a sept.... Quant aux autres...  Jack Lang fait du tourisme, Dominique Strauss Kahn peaufine ses discours, Lionel Jospin se sent prêt et Francois Hollande parle de légitimité. Mais qu´ y a-t-il de socialiste dans tout cela? Rien ! Le vide complet.

En avril 2002 je n´ai pu me résoudre à voter pour Lionel Jospin. Sa déclaration où il affirmait ne pas avoir un programme socialiste m´avait laissé pantois. J´avais pensé un certain temps voter pour Jean-Pierre Chevènement. J´avais acheté son livre alors que j´étais en France et je l´avais lu avec plaisir, même si aujourd´hui, cinq ans plus tard, je n´ai aucun souvenir de ses propositions. L´argument de Noël Mamère, candidat Vert, qui accusait Jean-Pierre Chevènement de tromper les électeurs en affirmant être présent au second tour malgré les résultats catastrophiques des sondages d´opinions m´avait convaincu. J´ai donc voté sans état d´âme écologiste, c´est-à-dire pour Noël Mamère, candidat ayant appartenu à la majorité plurielle; et son résutat, dépassant les 5% des suffrages exprimés, ont été à mes yeux satisfaisants. Mais j´ai refusé de suivre les consignes des Socialistes pour le second tour. Je n´ai donc pas voté pour Jacques Chirac. J´ai tout de même accompli pour devoir électoral. Je me suis constitué un bulletin personnel en écrivant le nom de Lionel Jospin avec une citation de Victor Hugo: "Voter par consigne plutôt que par conscience. Non !" Mon bulletin a donc été nul (ou blanc), je ne sais plus la différence. Mais c´etait bien à mes yeux un suffrage exprimé. Je n´ai jamais compris pourquoi le bulletin blanc (ou nul) n´a jamais fait partie des suffrages exprimés. Il y a déjà longtemps, cette possibilité avait été une proposition d´un parti politique. Je ne sais plus lequel. Pourquoi ne serait-elle pas reprise par l´actuel Parti Socialiste ? Et pourquoi ne pas reprendre la proposition de Francois Mitterrand de donner le droit de vote aux étrangers aux élections régionales? Cette possibité existe entre autres aux Pays-Bas et en Norvège, et ses pays ne s´en portent pas plus mal.  

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26 août 2006 6 26 /08 /août /2006 08:01

Mes premiers souvenirs politiques datent de 1954 et 1956; j´avais donc 10 et 12 ans. Je ne parle évidemment pas de conscience politique. J´étais beaucoup trop jeune, mais j´ai eu dès cet âge le vague sentiment de ce qui était pour moi une certaine vérité, et ce qui, au contraire, ne l´etait pas. Chose étrange, - je m´en rends compte en ce moment-même alors que je cherche difficillement les mots pour clarifier ce que je veux exprimer, - ces premiers souvenirs non confus sont liés à des associations extrêmement personnelles et intimes, sorte de découvertes révélatraces de quelque chose d´essentiel mais confu.

Le premier souvenir date du printemps 1954, mais je suis incapable de savoir aujourd´hui si le plus important est justement ce printemps en montagne, Edwige au sourire égnigmatique qui souleva sa jupe pour montrer la fente bombée de son sexe sans poils ou si c´est la bataille de Diên Biên Phu. Nous étions dans un jardin avec de beaux arbres qui faisaient de l´ombre. Dans le lointain la chaîne des Alpes se detachait, imposante, majestueuse et silencieuse. Il faisait doux et presque chaud et nous parlions avec animation. C´était Edwwige la plus enragée et la plus informée. Etait-elle plus âgée, plus grande, plus mûre, plus que nous ? En tout cas quelque chose de plus que moi ? Je ne sais pas, mais elle était sûre d´elle-même et parlait avec assurance et disait que cette bataille était terrible pour la France et terrible pour l´Indochine et l´Empire. Je ne voyais pas très bien ce que la France devait faire en Indochine, mais j´avais entendu parler de Mendès France qui parlait d´indépendance et j´essayais confusément d´en parler moi aussi quand tout à coup Edwige se mit à rire, les yeux flambloyants, souleva sa robe et nous montra son sexe bombé sans poils. J´étais fasciné. Tout le monde se mit à crier. Le groupe se disperca, mais depuis ce temps je me souviens de Diên Biên Phu comme d´un moment important dans l´histoire du monde, le Valmy des peuples colonisés, le 14 juillet de la décolonisation.

Mon second souvenir est moins intense et plus bref, mais il est également lié à décolonisation puisqu´il s´agit de l´Algérie. A y bien réféchir, il ne date pas de 1954, mais il se rapporte à un 1er novembre et donc à ce qu´on a appelé plus tard La Toussaint rouge. J´étais au lycée, je crois en Seconde, j´avais donc beaucoup plus que 10 ans. Ce n´est donc pas mon second  souvenir... mais il est bien lié à une certaine prise de conscience de ce qu´est un événement politique formateur d´une pensée politique future. La porte s´ouvre; un appariteur entre, vêtu de sa blouse grise immuable, un gand classeur à la main. Il se dirige vers l´estrade, ouvre son classeur, sort une feuille de papier et la présente au professeur assis. Un grand silence se fait, inhabituel, long, pesant. On sent une tension. J´ai rarement vu ce professeur rester aussi longtemps sans rien dire.  Mais il se tait, le regard penché sur la circulaire qu´il a entre les mains. Je suis incapable de dire aujourd´hui si ce silence a duré quelques secondes ou plusieurs minutes. Mais qu´il est long ! Une minute de silence. Nous sommes priés de nous lever et d´observer une minute de silence  pour commémorer l´assassinat d´enseignants francais survenus le premier novembre 1954. L´enseignant  nous regarde, l´air un peu perdu. Je n´ai pas 10 ans, mais 16 ou 17 ans. Un camarade de classe se lève et prend la parole: il demande à sortir car il s´oppose à cette minute de silence. Certains de mes camarades sont ouvertement pour l´Algérie francaise et  l´OAS, d´autres pour l´indépendance de l´Algérie et le FNL. Je ne sais pas argumenter. Mes camarades de classe savent  mieux que moi discuter de politique. Mais je lis régulièrement depuis quelques temps L´express, hebdomadaire souvent attaqué et censuré par le pouvoir, et ma conviction est faite: je ne suis pas pour l´Algérie francaise. Mon camarade de classe se tait, plusieurs élèves se lèvent , il se déplace et est suivi de plusieurs autres. Je me lève. Plusieurs sortent. Je sais désormais où je me situe sur l´echiquier politiques. Quarante ans plus tard, mais idées n´ont pas changé, même si je sais qu´il est stupide aujourd´hui d´affirmer, comme il était de bon ton de le dire parmi mes amis, qu´il vaut mieux  avoir tort avec Jean-Paul Sarte que raison avec Raymond Aron.

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Published by Bernard Olivier Lancelot - dans Souvenirs d'enfance
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25 août 2006 5 25 /08 /août /2006 08:09

Depuis une quinzaine de jours les journaux et les blogs que je lis, notamment celui de Pierre Assouline dans Le Monde , sont remplis des déclarations et explications un peu alambiquées de Günter Grass sur son engagement dans les Waffen-SS à la fin de ls seconde guerre mondiale alors qu´il avait 15-17 ans. Il dit sa honte aujourd´hui, 61 ans après les faits. Il met en avant qu´il n´avait que 15 ans quand il a voulu s´engager dans un équipage de sous-marin pour sortir de son milieu familial qu´il trouvait étriqué. Il précise qu´il n´a pas alors été pris parce qu´on ne prenait plus personne dans les sous-marins en cette fin de guerre, et que ce n´est que deux ans plus tard quand il avait 17 ans qu´on lui a proposé une place parmi les Waffen-SS. Pour se dédouaner il met en avant qu´il n´a jamais participé à une mission, qu´il n´a tiré aucun coup de fusil et que ce n´est qu´au moment  où un oficier l´a convaincu d´ôter son uniforme pour avoir la vie sauve qu´il a commencé à se rendre compte qu´il appartenait à un corps d´élite pourchassé pour ses actes criminels même aux yeux de la guerre. Mais sa véritable prise de conscience vient encore plus tard, lors du procès de Nüremberg, quand il apprend l´existence des camps de concentration et d´extermination.


Ces explications sont guère plausibles. A quinze et 17 ans, on n´est plus un enfant. L´intellectuel et l´ecrivain qu´il sera quelques années plus tard dès son premier livre, Le Tambour , ne pouvait pas ne pas avoir des idées politiques. Son engagement parmi les SS n´est pas aussi naïf qu´il veut bien le dire. Il savait en gros ce qu´il faisait. Je veux bien admettre qu´il ignorait l´existence des camps d´extermination des Juifs, mais il ne pouvait ignorer qu´on les pourchassait , qu´on leur interdisait un grand nombre de professions et qu´on les spoliait sans vergogne.Son pays était en guerre et son engagement était celui d´un jeune intellectuel qui voulait défendre son pays dans un corps d´élite à ses yeux prestigieux parce que prestigieux aux yeux de la très grande majorité des Allemands de l´époque. A 17 ans on n´est pas encore un homme mûr avec un conscience politique affirmée, mais on a déjà ses propres idées, soit qu´on suive celles de sa famille, soit qu´on s´ y oppose. Sa honte vient de là: il savait ce qu´il faisait. Ce qui explique son silence de plus de 60 ans. Attendre de devoir écrire un texte autobiographique pour faire cet aveu n´est qu´un prétexte. Quand certains journalistes affirment que ce non aveu lui a sans doute permis de recevoir le prix Nobel de littérature en 1999 n´est pas faux. En plus c´est un coup formidable de publicité pour vendre son autobiographie. La métaphore de l´oignon qu´on épluche pour évoquer l´écriture qui entrelace lignes après lignes ses phases comme se déroulent les unes aprés les autres les peaux de l´oignon est bien trouvée, même si elle n´est pas nouvelle depuis qu´Henrik Ibsen l´a utlisée dans Peer Gynt. 
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Photo personnelle prise  lors de la réunification de l´Allemagne en octobre 1990.
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Published by Bernard Olivier Lancelot - dans Humeurs d'un ronchonneur
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24 août 2006 4 24 /08 /août /2006 17:57

Bonjour !

Depuis longtemps je pense écrire un genre de journal intime sur mes lectures et sur l´actualité que je lis sur le net. Mais écrire sur le papier ne m´était pas agréable car je raturais souvent, n ´étant pas sûr des mots à utiliser ou devant toujours me relire. Avec le traitement de texte je peux tout de suite me relire, me corriger, ajouter des lambeaux de phrases au milieu d´une autre phrase et voir la cohérence du paragraphe. Je peux aussi commenter au jour le jour les nouvelles politiques que je lis dans les journaux ou les nouvelles littéraires de ces mêmes journaux. J´ai aussi commencé à lire certains blogs que j´ai trouvés en lisant notamment Le Monde, en particulier ceux d´écrivains français qui suivent l´actualité littéraire; et sans me prendre pour un écrivain ou un journaliste, j´ai envie de me forcer à mettre par écrit régulièrement mes pensées. Et  un peu plus tard, quand plusieurs textes auront été écrits, ouvrir un forum et lire les éventuelles réactions à mes textes.

Voilà pour aujourd´hui. A plus tard ou demain.
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[ Photo prise le 08 juin 2008 ]

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Published by Bernard Olivier Lancelot - dans lancelot-d-oslo
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