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27 août 2009 4 27 /08 /août /2009 12:49

De Montaigne, qu´il soit en sa "maison", en voyage en Italie ou ailleurs, je n ´en aurai jamais fini. Arrivé à Lorette, "petit village clos de murailles et fortifié pour l´incursion des Turcs" sur la Mer Adriatique, Montaigne dépose par dévotion un ex-voto (ci-contre), tableau sur lequel se trouvent "quatre figures d´argent attachées" : la Vierge Marie, lui-même, sa femme et sa dernière fille, seule survivante de ses enfants ; - "et sont toutes de rang à genoux dans ce tableau, et la Notre-Dame en haut, au devant". Faut-il parler de bondieuserie ? Peut-être pas, mais il est certain que ce tableau et cet agenouillement dérangent quelque peu. On n´imaginait pas Montaigne si pieux. Meunier de Querlon, son premier commentateur, s´en étonne dès 1774. Philippe Sollers est plus critique encore. Mais ce qui, à mon sens, est le plus surprenant est l´escamotage qu´en fait l´historienne Fausta Garavini. Elle note bien que le Montaigne décrit par le "secrétaire" est soucieux de s´informer sur les pratiques et les rites des diverses religions qu´il rencontre pendant son voyage ; ce qui confirme ce qu´il dit par ailleurs et à plusieurs reprises dans les Essais. Mais ...  "quant au problème largement débattu de la foi de Montaigne (...) , on ne peut rien conclure". C´est me semble aller un peu vite.

Jean Lacouture, dans son Album Montaigne, distribué gratuitement lors de la dernière parution en 2007 des Essais de la Pléiade, joue moins rapidement en touche. Mais il n´aborde pas vraiment non plus le problème. Il en parle deux fois : la première, en moins d´une phrase, pour noter que Montaigne, avec cet ex-voto, "se comporte en pieux catholique". La seconde est pleine de malice et d´esprit. Il reprend ce que dit le "secrétaire" qui rapporte le récit que fit plus tard Montaigne de sa visite au pape Grégoire XIII, en précisant bien qu´alors Montaigne est plus écrivain que catholique. Sans doute. Mais la patte du "secrétaire" n´est pas non plus à négliger ; - ce que ne relève pas Lacouture. Voilà ce que dit le roué "secrétaire" : "Ceux qui sont à genoux se tiennent en cette assiette jusqu´à son pied et se penchent à leur tour pour le baiser. M. de Montaigne disait qu´il avait, pour lui, haussé un peu le bout du pied ..." Ce qui permet à Jean Lacouture, alors franchement narquois et plein de verve, d´ajouter entre parenthèses " ( de Voltaire, ne dirait-on pas, ou d´André Gide ? )". Montaigne se serait-il donc un peu moins incliné que l´ambassadeur de haut rang qui lui avait permis d`être reçu par la pape ? L´histoire ne le dit pas. Mais le récit le laisse supposer. Il faut sans doute attribuer à Montaigne la priorité du récit, mais la manière du "secrétaire" de le rapporter est bien celle d´un authentique écrivain.
.
Il n´empêche. Sur le tableau devenu ex-voto, Montaigne n´est pas seul. Outre la Vierge et lui-même se trouvent son épouse et sa fille. Ne pourrait-on donc pas dire que l´acte de dévotion que Montaigne fait seul à Notre-Dame de Lorette engage davantage les siens que lui-même ?

Je m´étonne que personne jusqu`à présent n´ait émis cette hypothèse. Elle n´engage évidemment que moi. Mais j´ose espérer que cette "gaillarde pensée" n´est pas si hasardeuse.

J´aimerais, modestement, que l´on m´en fasse part.

On peut toujours rêver.





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Published by Bernard Olivier Lancelot - dans Critique littéraire
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