Souvenirs et impressions littéraires (d´un professeur retraité expatrié en Norvège)
L´écrivain américain J.D. Salinger n´est plus (1919-2010). Fuyant comme la peste les médias et la notoriété depuis quarante ans, il n´a pourtant jamais été oublié, tant son premier roman Catcher in the rye (1951), traduit en français en 1953 sous le titre L´Attrape-coeur, était devenu le livre-culte de plusieurs générations sur plusieurs continents.
Je devais avoir à peu près le même âge que son héros quand j´ai découvert ce roman. C´est dire le sérieux avec lequel je l´ai lu, ayant à peu près dix-sept ans. Dès sa lecture, j´ai vibré aux désarrois de l´élève Caulfield, expulsé de son collège pour indiscipline, errant deux jours dans les rues de New York,
hanté par le souvenir d´une Princey Prep qui l´a rejeté, - et tenté par des expériences sexuelles ambiguës que lui offre la grande ville. Mais aussi, par le style oral et très travaillé de son héros, notamment son inventivité verbale, la verve de son langage et ces jeux incessants avec les mots d´argot ou non ; - sans savoir alors qu´en français, ces trouvailles étaient dues à son traducteur Jean-Baptiste Rossi, plus connu sous son pseudonyme Sébastien Japrisot, auteur de romans policiers et scénariste. C´est dire l´importante qu´est la traduction pour faire connaître les grands textes étrangers. Ma fascination a été telle pour ce texte que j´ai fait l´effort de lire plusieurs chapitres en anglais, et tenté de retraduire pour mon bien certains passages et m´approprier encore davantage les tics de cet adolescent mal dans sa peau.
C´est dire avec quelle avidité j´attendais tous les nouveaux titres de cet écrivain. Ce fut d´abord le recueil de neuf nouvelles Pour Esme, avec amour et abjection (1953), dont le troublant conte-récit "Un jour rêvé pour le poisson-banane"; puis Fanny et Zooey en 1961; - et pour finir Dressez haut la poutre-maîtresse, charpentiers ! (1963).
Par la suite, il a bien fallu accepter le refus de l´auteur de ne répondre à aucune interview, ainsi que son désir de réclusion, et sa décision de ne plus rien publier. Mais dès le milieu des années soixante-dix, comme son silence pesait à ceux et celles qui l´avait lu !
Il ne faut espérer qu´une chose : que sa disparition donne à nouveau envie de le lire et relire, tant il a su traduire avec force et verve les difficultés de l´adolescent à rencontrer le monde des adultes et entrer dans la vie.
Liens possibles :
- L´entrée dans la vie. Essai sur l´inachèvement de l´homme de Georges Lapassade
- Deux fugues