Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
15 février 2010 1 15 /02 /février /2010 13:47
Il en est des poèmes comme de tout. Certains sont si simples qu´il se dégage d´eux une totale plénitude  :

WANDRERS NACHTLIED (II)       CHANT DE NUIT DU VOYAGEUR (II)
NDeStaelFiesole
Über allen Gipfeln                                     Par-dessus les sommets
ist Ruh,                                                        il y a la paix,
in allen Wipfeln                                          au-dessus des cimes
spürest du                                                   tu sens
kaum einen Hauch ;                                  à peine un souffle ;
die Vögelein                                               les petits oiseaux
schweigen im Walde.                                font silence en forêt.
Warte nur, balde                                        Attends un peu,
ruhest du auch.                                          bientôt toi aussi
                                                                     tu te reposeras
                                             
Goethe

Mais si, comme le rapporte Eckermann dans une conversation qu´il a eu avec Goethe le 26 février 1824, ce dernier "n´avai[t] pas en [lui] porté le monde par anticipation, [il] serai[t] resté aveugle avec des yeux qui voient."

Liens possibles :
  - Se concentrer sur le présent 
    - Aperçu du dictionnaire du monde germanique
      - "L´autre oeil" du Bernin 

[illustration : Nicolas de Stael Fiesole (1953)]
Repost 0
Published by Bernard Olivier Lancelot - dans Poésie
commenter cet article
14 février 2010 7 14 /02 /février /2010 12:58
CelanEtterlatt
En ce dimanche de la Saint Valentin, il paraîtrait juste de donner à lire un poème qui chante l´amour humain comblé, et donc de choisir de l´Anglaise Elizabeth Barrett Browning
un de ses sonnets. Mais il est d´autres poèmes qui ne cachent pas que l´amour peut aussi être associé au désarroi
ou qui font sentir une incomplétude diffuse. Voilà pourquoi, de Paul Celan, je choisirai "Eloge du lointain" extrait du recueil Pavot et Mémoire,et repris dans Choix de poèmes (Traduction et  présentation de Jean-Pierre Lefebvre, Poésie/Gallimard,  Edition biligue). Ecrit en partie pour l´Autrichienne Ingeborg Bachmann, ce poème dit aussi autre chose. Car Ingeborg Bachmann, qui représente l´Allemande, bien qu´ un temps "l´aimée parfaite", a aussi été celle qui après la Shoah l´escorta un temps "dans la traversée de la langue du crime." (Jean Bollack, cité par Jean-Michel Maulpoix in  Choix de poèmes de Paul Celan, Foliothèque) :

ELOGE DU LOINTAIN

Dans la source de tes yeux
vivent les nasses des pêcheurs de la mer délirante.Celan
Dans la source de tes yeux
la mer tient sa parole.

J´y jette,
coeur qui a séjourné chez les humains,
les vêtements que je portais et l´éclat d´un serment :

Plus noir au fond du noir, je suis plus nu.
Je ne suis, qu´une fois rénégat, fidèle.
Je suis toi, quand je suis moi.

Dans la source de tes yeux
Je dérive et rêve de pillage.

Une nasse a capturé dans ses mailles une nasse :
nous nous séparons enlacés.

Dans la source de tes yeux
un pendu étrangle la corde.
Repost 0
Published by Bernard Olivier Lancelot - dans Poésie
commenter cet article
13 février 2010 6 13 /02 /février /2010 11:26

" ... De la connaissance intellectuelle à la connaissance sensible, il y a un abîme, un immense abîme. Souvent, lorsque la nuit je suis dans mon lit, éveillé, effrayé par la mort, je me récite la maxime d´Épicure : "Quand nous sommes, la mort n´est pas, et quand la mort est là, c´est nous qui ne sommes pas." C´est une vérité éminemment rationnelle, irréfutable. Mais lorsque la peur est plus forte que moi, rien n´y fait, et cette phrase ne m´apporte aucun repos. Dans ce cas la philosophie ne suffit plus. Enseigner la philosophie et la pratiquer sont deux choses fort différentes."
  Ce que Josef Breuer imagine répliquer à Nietzsche1Nietzsche dans le roman plein de verve et de drôleries du psychiatre Irvin D. Yalom Et Nietzsche a pleuré, Galaade Editions(2007, 2009).

JosefBreuer

  Josef Breuer et Nietzsche

Liens possibles :
 - Montaigne plutôt que Descartes
  - Montaigne en sa vieillesse

Repost 0
Published by Bernard Olivier Lancelot - dans Romans
commenter cet article
9 février 2010 2 09 /02 /février /2010 14:30
QueLaBêteMeure4
De tous les films de Claude Chabrol que j´ai vus, dont certains plusieurs fois, Que la bête meure est pour moi le plus grand tant il est profond ; mais il est dérangeant au possible car il place le spectateur devant un cas de conscience terrible
: peut-on impunément se substituer à la justice ?

Un père écrivain, fou de douleur, jure de venger son fils qu´un chauffard a tué, et que la police n´a jamais pu retrouver ; rien ne semble plus juste et légitime. Mais ce faisant, ne se perd-il pas aux yeux de tous et de lui-même en se rendant aussi cynique et abject que le criminel ? La fin du film pose très clairement la question, citant L´Ecclésiaste : "Il faut que la bête meure ; mais l´homme aussi. L´un et l´autre doivent mourir." Même si un doute persiste sur l´identité de celui qui a tué par vengeance : le père écrivain ou le fils du chauffard qui s´accuse de parricide pour disculper celui qui a osé faire ce que lui-même désirait au fond de lui : tuer un père que tout le monde ou presque considère odieux et malfaisant. Terrible dilemme.

Construisant son film comme une tragédie en cinq actes, Chabrol enchaîne les événements aussi inexorablement que ceux à l´oeuvre dans la tragédie grecque et voulus par les dieux ; à une différence près : Chabrol ne parle pas de destin, mais de hasard du quotidien le plus banal et auquel personne ne peut échapper, quelle que soit la volonté de chacun.

La scène qui débute le film est exemplaire ; à partir de là, plus rien ne pourra s´arrêter tant les faits s´enchaîneront les uns à la suite des autres : l´accident qui fauche l´enfant ; le désir de vengeance et la recherche du coupable ; la découverte du meurtrier, être vil et profondément méprisant ; le meurtre par empoissement auquel on n´assiste pas et qui s´avère d´une cruauté sans nom quand on apprend qu´il s´agit de mort aux rats ; le châtiment, certes apaisant comme le veut la catharsis des Grecs, mais laissant néanmoins un goût de cendres devant le désespoir et l´anéantissement de tous les protagonistes qui doivent vivre après ce drame.
QueLaBêteMeure1
Les acteurs sont tous admirables, qu´il s´agisse de Michel Duchaussoy dans le rôle du père vengeur ; de Jean Yanne dans le rôle de l´abject garagiste ; de Caroline Cellier, dans le rõle ingrat de belle-soeur du chauffard qui a couvert de son silence l´ignominie de son beau-frére et que le père de l´enfant tué séduira sans vergogne pour mieux approcher le tueur de son fils ; et le jeune Marc Di Napoli, qui prend sur lui le meurtre de son père pour sauver l´écrivain qu´il aurait voulu pour père. Mais aussi les acteurs secondaires, que ce soit la mère du chauffard  ou les médiocres amis du garagistes, échangeant dans l´attente de l´arrivée du garagiste les clichés les plus éculés sur le temps, les saisons, les embarras de Paris et les oeuvres des Nouveaux-romanciers tels Alain Robbe-Grillet, Nathalie Sarraute et ... Paul Gegauff, - scénariste du film et ami dans la vie de Claude Chabrol lui-même.

Chabrol n´est pas pour rien l´insatiable pourfendeur d´une certaine bourgeoise exécrable., comme l´est par ailleurs Luis Buñuel ou différemment Louis Calaferte.  Certaines séquences sont dignes d´anthologie. À chacun de choisir celle qu´il préfère.

Toutes sont plus admirables les unes ques les autres comme par exemple celle de l´accident qui débute le film et qui montre QueLaBêteMeure5le capot noir de la Mustang qui fonce à toute allure sur la route, et qui bientôt va heurter de plein fouet un enfant insouciant qui rentre chez lui après une après-midi radieuse à la plage ; - avec, en fond sonore, coupé par la très brève vision d´un cimetière désert écrasé de chaleur, une cloche d´église qui sonne au loin l´angélus. QueLaBêteMeure2Ou l´insupportable  scène de la découpe d´un canard par un maître d´hôtel impassible pendant que le père écrivain qui a assouvi sa soif de vengeance, révèle à la belle-soeur du garagiste devenue sa maîtresse, qu´il ne l´a séduite que pour un seul but : se rapprocher plus sûrement du meurtrier de son fils ; - se rendant aussi odieux que le lâche chauffard qu´il a débusqué.

Pour ma part, celle que je préfère est peut-être la plus courte mais l´une des plus intenses : c´est celle où l´écrivain, père et professeur, explique au fils du garagiste une page d´Homère décrivant devant la ville de Troie qu´il a contribué à libérer, la mort de Diomède, ne se révoltant en rien contre son sort voulu par les dieux.

Ce film dérange au plus haut point. Il concilie la maitrise du grand Hitchcock qui laisse le spectateur deviner ce qu´il lui cache ; - et la profondeur d´un Fritz Lang qui pose sans détour la question de la culpabilité. QueLaBêteMeure3Sans pour autant négliger la somptuosité de certaines images, et notamment celles du dénouement, qui voit l´écrivain qui a tué par désir de vengeance, seul sur un voilier, gagner le large et disparaître à jamais, sur le fond magnifique d´un lied de Brahms évoquant la citation de L´Ecclésiaste mentionnée plus haut,  tandis que sa voix off, monocorde et insensible, dit à sa maîtresse effondrée sa lâcheté d´avoir un temps fait croire que le coupable du meurtre pouvait être le fils de l´odieux  garagiste ; et qu´ensuite, seul se fait entendre, le bruit incessant des vagues se fracassant sur des rochers.

Ce film, aussi dérangeant soit-il, est à voir et à revoir, tant pour le jeu des acteurs, les rebondissements de l´ intrigue, la profondeur du sujet que l´âpre beauté du dénouement. Un père, aussi convaincu de son bon droit, ne peut lui-même faire vengeance, quelle que soit la monstruosité de celui a causé la mort d´un être aimé qui n´aspirait qu´à vivre. C´est, ni plus ni moins, à l´instar des héros grecs, faire acte de démesure ; - et de victime, devenir bourreau.



 
Repost 0
Published by Bernard Olivier Lancelot - dans Cinéma
commenter cet article
4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 12:36
Pour quelles raisons ai-je relu en ces jours froids d´hiver plusieurs sonnets de l´Anglaise Elizabeth Browning (1806-1861), autant connue pour se protéger d´une trop grande notoriété que pour son recueil de poèmes intitulé Sonnets portugais qui ne parle que d´amour ? Je crois savoir pourquoi : pour me réchauffer au feu de l´espoir.
UlysseEtPenelope-copie-1.jpg
Si tu dois m´aimer, que ce soit pour rien
Sinon pour l´amour en soi. Ne dis pas
"Je l´aime pour son sourire ... son allure ... sa fa
çon
De parler si douce ... sa finesse de pensée
Qui convient à la mienne, et suscita
Tel jour un bien-être fugitif et charmant" --
Car ces choses en elles-mêmes, Aimé, peuvent
Changer, ou changer pour toi -- et l´amour
Ainsi construit peut être ainsi détruit.
Ne m´aime pas par pitié pour mes larmes, --
Qui jouit longtemps de ton soutien pourrait
Sécher ses pleurs, et perdre ton amour !
Mais aime-moi pour l´amour en soi, pour
Qu´à jamais tu m´aimes, d´un amour sans fin.
 
[Sonnet 14 in Sonnets portugais. Poésie/Gallimard,
 1994,179 pages. Traduction et présentation de
  Lauraine Jungelson. Edition bilingue]

Liens :
 - Eloge de l´amour
  - "Ton coeur ... avec le mien"
    - Eternel retour

[illustration : Ulysse et Pénélope. Anonyme, env, 450 av. J.-C]
Repost 0
Published by Bernard Olivier Lancelot - dans Poésie
commenter cet article
3 février 2010 3 03 /02 /février /2010 14:28
L´hiver est bien là, froid et neigeux.
Bilde281Il ne se passe pas de jours ni de nuits depuis presque huit semaines sans qu´une neige froide et cinglante ne tombe plusieurs heures, bloquant un peu plus chaque jour davantage la porte de mon entrée. Personne ne sort sinon par nécessité. On n´entend aucun bruit que le vent qui souffle et pousse devant lui la fine pellicule de neige qui durcit aussitôt pour former une croûte, dure et cassante, et qui crisse sous les pas. Les oiseaux se font rares. Seule parfois une pie se pose sur un arbre dénudé ; ou un moineau en quête de je ne sais quoi. Je reste des heures à ne rien faire, transi et indolent.

Quand vient le soir et que brillent les feux pâles des lampes communales, le halo de lumière qui entoure leurs coupoles semble aiguiser encore davantage le froid.

L´hiver est bien là, neigeux et pesant.

Liens :
 - Un paysage de neige décrit par Maupassant
   - Soie grège 
Repost 0
Published by Bernard Olivier Lancelot - dans Réflexions de retraité
commenter cet article
2 février 2010 2 02 /02 /février /2010 13:01
YvesBonnefoyPoemes.jpg

Conjointement à d´autres textes, je viens de relire plusieurs poèmes déjà anciens d´Yves Bonnefoy. Qui le connaît un peu sait sûrement la distance qu´il a prise avec le christianisme. Il ne récuse cependant pas l´idée de transcendance. Mais il ne s´agit en rien pour lui de revendiquer un "au-delà" ni même un "ailleurs" mais l´"ici" de la vie dans lequel l´instant et la présence du plus simple sont premiers ; - rappelant ce que l´enfance permet de saisir avant que la parole ne lui soit donnée et que le concept n´ait venu tout figer :


                                       
Imagine qu´un soir
La lumière s´attarde sur la terre,
Ouvrant ses mains d´orage et donatrices, dont     SoirSurLaTerre-copie-1.jpg
la paume est notre lieu et d´angoise et d´espoir.
Imagine que la lumière soit victime
Pour le salut d´un lieu mortel et sous un dieu
Certes distant et noir. L´après-midi
A été pourpre et d´un trait très simple. Imaginer
S´est déchiré dans le miroir, tournant vers nous
Sa face souriante d´argent clair.
Et nous avons vieilli un peu. Et le bonheur
A mûri ses fruits clairs en d´absentes ramures.
Est-ce là un pays plus proche, mon eau pure ?
Ces chemins que tu vas dans d´ingrates paroles
Vont-ils sur une rive à jamais ta demeure
"Au loin" prendre musique, "au soir" se dénouer ?
     "Imagine un soir" (Le dialogue d´angoisse et d´espoir) in Pierre écrite. Poèmes. Préface de Jean Starobinski Poésie / Gallimard, 2007 (1982).

Et plus loin, en fin du recueil Dans le leurre du seuil qui termine Poèmes :

Les mots comme le ciel
Aujourd´hui,
Quelque chose qui s´assemble, qui se disperse.

Les mots comme le ciel,
Infini
Mais tout entier soudain dans la flaque brève.
   "L´épars, l´indivisible" in Dans le leurre du seuil, Poèmes (op. cité)
   
Autres liens :
 - Yves Bonnefoy, lecteur de Paul Celan
  - Deux scènes et notes conjointes du même Bonnefoy

Photo noir et blanc : Claudia F. Manz
Repost 0
Published by Bernard Olivier Lancelot - dans Poésie
commenter cet article
1 février 2010 1 01 /02 /février /2010 13:15
BelleDeJour1.jpg
Sujet scabreux, Belle de Jour de Josph Kessel (Folio no 125)
date de 1929. Il l´est à plus d´un titre, autant par le thème de la prostitution de luxe proprement dit que dans la forme de démonstration que Joseph Kessel a donnée au roman, soutenant que l´assouvissement le plus cru des sens chez la femme peut parfaitement s´accompagner du désir d´ amour le plus tendre ; - et que cette tension, aussi exacerbée soit-elle, est loin d´être une aberration pathologique. La manière de le traiter, tout en nuances, doit sans doute beaucoup au style pudique et retenu de Joseph Kessel, mais peut-être aussi à l´époque où il a été écrit, contemporaine de L´Amant de Lady Chatterley de D.H. Lawrence et de La garçonne de Victor Marguerite.

Dans le très court prologue du roman, une enfant de huit ans, du nom de Séverine, dans le couloir de l´appartement de ses parents, est prise de force par un plombier venu réparer la salle de bains. "Elle se débattit". (...) Puis, "soudain, Séverine ne se défendit plus. Elle était toute raide, blanche. L´homme la déposa sur le parquet, s´éloigna sans bruit.
    Sa gouvernante trouva Séverine étendue. On crut qu´elle avait glissée. Elle le crut aussi".

À la page suivante, on retrouve Séverine dans une station de sport d´hiver en Suisse. Belle, avenante, dévouée à son mari Pierre, jeune chirurgien prévenant, elle coule des jours heureux. À les voir jouer dans la neige devant la terrasse d´une auberge et le regard amusé de la propriétaire, on les croirait en voyages de noces, alors qu´ils sont mariés depuis deux ans déjà. Elle ne peut cependant supporter le regard froid et perçant d´un ami de son mari, Henri Husson, qui montre sans ambages l´évident désir qu´elle éveille en lui. Sans fasse honte elle en parle à son mari.

De retour à Paris, ayant pris froid, une terrible congestion pulmonaire la terrasse. Mais, la convalescence passée, sans pour autant cesser d´aimer tendrement son mari, Séverine fera  comprendre à Pierre qu´elle n´a pas besoin de lui. Bien que peiné,  Pierre respectera le souhait de sa femme. Curieusement, de son côté, Henri Husson ne cesse d´envoyer des fleurs à Séverine. Malgré le peu de sympathie qu´il lui inspire, elle consentira à le revoir, et découvrira qu´il l´importune moins. C´est alors qu´elle apprendra qu´une amie commune, par besoin d´argent, se livre à la prostitution en fréquentant une maison de rendez-vous. Dès lors, ayant appris de la bouche de Husson l´adresse d´une maison similaire où il se rendait autrefois, Séverine n´a plus qu´une obsession : s´y rendre. Et à son tour, craintive mais désireuse de comprendre ce que son corps lui commande, se livrera à la prostitution, d´abord occasionnellement, puis régulièrement tous les jours sous le nom de"Belle de Jour", ne se rendant dans la maison de rendez-vous qu´entre quatorze et dix-sept heures, soucieuse de retrouver tous les soirs son mari chirurgien. BelleDeJour2.jpgElle  découvrira alors, sous les étreintes les plus brutales des hommes de toutes conditions qui la paye pour la posséder sans ménagements, que ce qu´elle apprécie le plus, c´est de lire dans leurs yeux la joie du plaisir que son corps suscite en eux.

Mais la terreur l´envahit quand une après-midi, découverte par Henri Husson, elle comprend que celui-ci est résolu à tout dévoiler à son mari. Elle demandera alors à l´un de ses clients, fortement épris d´elle et de plus en plus exigeant, de tuer Husson avant qu´il ne parle. Au moment où Husson et Pierre allaient se rencontrer, c´est en fait Pierre qui sera touché.  Paralysé à vie à partir du bassin, Pierre ne pourra plus jamais marcher, comme Clifford, le mari malheureux et infirme de Lady Chatterley. Dévouée à le soigner, Séverine ne peut cependant supporter "
les mains mal soumises essayer de caresser ses cheveux. Ces mains d´infirmes intolérablement confiantes décidèrent de son débat. Séverine avait pu tout endurer. Cela, c´était impossible. Elle parla.

Non pour être pardonnée. Pas davantage par besoin de la confession. Mais par impossibilité de maquiller en vertu l´opposition entre l´assouvissement cru de ses sens et le désir le plus tendre de son coeur.

Quand on connaît un peu le cinéma de Luis Buñuel, il n´est guère étonnant qu´il se soit emparé d´un tel sujet.

Autre lien :
  - Lourdes, lentes ...André Hardellet
Repost 0
Published by Bernard Olivier Lancelot - dans Romans
commenter cet article
30 janvier 2010 6 30 /01 /janvier /2010 12:19
Je viens de lire d´un trait Belle de Jour, ce court roman de Joseph Kessel à partir duquel Luis Buñuel a tiré le film avec la grande Catherine Deneuve et le troublant Michel Piccoli. Je ne citerai aujourd´hui que ces deux brefs passages, extraits de la même page du chapitreVII :
Belle de jour
Quand il la prit dans ses bras, elle sentit, à une imperceptible vigilance de ses muscles, qu´il avait peur de lui faire du mal et prenait souci de son plaisir. Elle en eut moins qu´à l´ordinaire. Et il diminua sans cesse à mesure que Séverine prenait conscience d´un pouvoir qui n´était plus seulement sensuel.
( ...)
De son côté, Séverine obéissait à la loi fatale du plaisir sans spiritualité qui, s´émoussant, pousse toujours plus avant à sa recherche par des moyens factices".

Autres liens :
 - L´art et la vie avec Louis Calaferte
  - Corps, langage et désir avec Hans Bellmer
   - L´Art d´aimerOvide 
Repost 0
Published by Bernard Olivier Lancelot - dans Romans
commenter cet article
29 janvier 2010 5 29 /01 /janvier /2010 13:11

Salinger1L´écrivain américain J.D. Salinger n´est plus (1919-2010). Fuyant comme la peste les médias et la notoriété depuis quarante ans, il n´a pourtant jamais été oublié, tant son premier roman Catcher in the rye (1951), traduit en français en 1953 sous le titre L´Attrape-coeur, était  devenu le livre-culte de plusieurs générations sur plusieurs continents.

Je devais avoir à peu près le même âge que son héros quand j´ai découvert ce roman. C´est dire le sérieux avec lequel je l´ai lu, ayant à peu près dix-sept ans. Dès sa lecture, j´ai vibré aux désarrois de l´élève Caulfield, expulsé de son collège pour indiscipline, errant deux jours dans les rues de New York, SalingerBaseball2hanté par le souvenir d´une Princey Prep qui l´a rejeté, - et tenté par des expériences sexuelles ambiguës que lui offre la grande ville.  Mais aussi, par le style oral et très travaillé de son héros, notamment son inventivité verbale, la verve de son langage et ces jeux incessants avec les mots d´argot ou non ; - sans savoir alors qu´en français, ces trouvailles étaient dues à son traducteur Jean-Baptiste Rossi, plus connu sous son pseudonyme Sébastien Japrisot, auteur de romans policiers et scénariste. C´est dire l´importante qu´est la traduction pour faire connaître les grands textes étrangers. Ma fascination a été telle pour ce texte que j´ai fait l´effort de lire plusieurs chapitres en anglais, et tenté de retraduire pour mon bien certains passages et m´approprier encore davantage les tics de cet adolescent mal dans sa peau.

C´est dire avec quelle avidité j´attendais tous les nouveaux titres de cet écrivain. Ce fut d´abord le recueil de neuf nouvelles Pour Esme, avec amour et abjection (1953), dont le troublant conte-récit "Un jour rêvé pour le poisson-banane"; puis Fanny et Zooey en 1961; - et pour finir Dressez haut la poutre-maîtresse, charpentiers ! (1963).

Par la suite, il a bien fallu accepter le refus de l´auteur de ne répondre à aucune interview, ainsi que son désir de réclusion, et sa décision de ne plus rien publier. Mais dès le milieu des années soixante-dix, comme son silence pesait à ceux et celles qui l´avait lu !

Il ne faut espérer qu´une chose : que sa disparition donne à nouveau envie de le lire et relire, tant il a su traduire avec force et verve les difficultés de l´adolescent à rencontrer le monde des adultes et entrer dans la vie.

Liens possibles :
 - L´entrée dans la vie. Essai sur l´inachèvement de l´homme de Georges Lapassade
   - Deux fugues
   

Repost 0
Published by Bernard Olivier Lancelot - dans Romans
commenter cet article

Présentation

  • : Souvenirs et impressions littéraires
  • Souvenirs et impressions littéraires
  • : Souvenirs et impressions littéraires (d´un professeur retraité expatrié en Norvège)
  • Contact

Recherche