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Citations

1) "Il y a plus de vérité dans les souvenirs que dans la notation quotidienne." (Roger Martin du Gard)

2) "L'enfance, c'est d'abord l'intensité." (Philippe Delerm)

3) "L'Art ne restitue pas le visible, il rend visible." (Paul Klee et Nathalie Sarraute)

4) "Il y a des jours où les citrouilles ne sont que des citrouilles." (Philippe Delerm)

Critique littéraire

Dimanche 25 octobre 2009 7 25 /10 /2009 11:55
- Par Bernard Olivier Lancelot - Publié dans : Critique littéraire - Voir les commentaires
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La critique génétique a pour ambition de comprendre ce qu´est l´écriture littéraire. Elle s´appuie sur tous les avant-textes : manuscrits, brouillons, carnets de notes, carnets de voyages, carnets de travail, fiches de lectures, écrits de jeunesse, etc, etc,. Pierre-Marc de Biasi est certainement aujourd´hui son meilleur représentant. Sa connaissance de Gustave Flaubert est immense. 

 Mais il y a plus : il débusque aussi les clichés de notre époque. Le premier volume de son Lexique de actuel, sous-titré "Quelques idées reçues de notre temps", (Calmann-Lévy, 2005, 351 pages, 19,50 €) concilie modernité et érudition. Cet ouvrage mériterait d´être plus connu. C´est dire ce que cet  immense spécialiste de Flaubert ,  également chercheur au CNRS et producteur à France Culture, peut nous apporter sur Flaubert. Depuis une vingtaine d´années, il lui a consacré une bonne dizaine d´ouvrages, dont, de Gustave Flaubert, le prodigieux Voyage en Egypte (Grasset, 1991, 462 pages, 23 €), qui est la transcription intégrale du manuscrit original de Flaubert, et qu´il a établie et présentée de manière magistrale.

Son dernier essai, qui a pour titre Gustave Flaubert. Une manière spéciale de vivre (Grasset, 2009, 492 pages, 21,50 €) est à lire d´urgence, car il ne fait pas que dénoncer les pires clichés que la critique la plus éculée traîne derrière elle ; il renouvelle aussi considérablement notre connaissance que l´on peut avoir, et de l´homme, et de l´oeuvre ... Surtout, il met en évidence l´écrivain au travail, c´est-à-dire l´homme-plume qui sans cesse ni fin rature, et qui crypte dans ses phrases, non seulement ses lectures, mais aussi sa vie pour en faire les textes que l´on sait.

Je n´en dirai pas plus. À vous de lire et de prendre des notes. Puis de relire ce que vous avez sûrement déjà lu de Flaubert ou d´aborder ensuite d´un oeil nouveau ce que la connaissance érudite et intime de Pierre-Marc de Biasi permet de mieux cerner à défaut de totalement expliquer : que le sujet qui écrit est semblable à Janus. Il est double. Il ressent et ose être ce que sent son personnage. C´est l´instance dionysiaque de l´écriture. Et simultanément, il y a l´autre qui le regarde, le manipule et le régit pour maintenir la cohérence du texte. C´est l´instance apollinienne de l´écriture.

Il y aurait certes beaucoup plus à dire sur cet essai foisonnant et maîtrisé. Mais je préfère volontairement m´arrêter ici ; et me mettre à rêvasser ...

 

Ce sera tout pour aujourd´hui.

 

 



Mardi 20 octobre 2009 2 20 /10 /2009 13:28
- Par Bernard Olivier Lancelot - Publié dans : Critique littéraire - Voir les 4 commentaires
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Comme l´indique le titre, Deux Scènes et notes conjointes, d`Yves Bonnefoy (Galilée 2009, 88 pages, 17 €) a deux parties. "Deux Scènes", qui n´a que 7 pages, est le récit poétique d´un voyageur qui "se risque dans les vieux quartiers, de Turin peut-être ou de Gênes". Apercevant des personnes qui surgissent à deux reprises sur des balcons différents, il se doute, qu´au-delà de l´enfance, elles lui viennent de l´inconscient ; d´où ce cri qu´il se lance, alors qu´il a plus de 85 ans : "Ah, souvenirs, souvenirs, que me voulez-vous, à ce moment de ma vie ?". Ecrites, "les yeux en somme fermés", elles côtoient donc l´intime, mais il tient à mieux comprendre, d´où les deux notes coinjointes qui cherchent, en un peu plus de 60 pages, d´élucider ce qu´ il y avait de sous-jacent.

La première de ces notes renvoie à la petite enfance, puis à des réminiscences de textes qui ne cessent de le hanter, notamment de Baudelaire et plus encore de Rimbaud avec "Royauté" des Illuminations.

La seconde note conjointe, beaucoup plus courte, est surtout analytique, mais tout aussi éclairante. Deux certitudes y sont affirmées. La première est "générale : c´est que dans l´existence, l´enfance ne finit pas". La seconde est plus personnelle : "c´est que l´enfance que j´eus ne prit fin, et ce fut alors très rapide, que lorsqu´elle déboucha dans le vaste espace de la civilisation italienne". Ou plutôt, car il ne se contredit pas, que c´est en Italie qu´elle s´est "reconnue, qu´elle y a consenti à soi, qu´elle y a accédé à sa condition d´adulte mais sans rien perdre de ses questions en suspens, de ses expériences, de sa mémoire".

Ces réflexions sont admirables. Elles affleurent, sans s´y complaire, l´intime le plus secret de la mémoire enfantine, rejetant "la distraction que nous nommons l´inconscient"  au profit des "vraies présences qui parlent". Elles rendent ensuite hommage à la terre d´Italie, et à tous ses " grands artistes [qui] ont conçu des oeuvres posant d´emblée la question de la présence, l´agrégeant à des statues, à des tableaux, à des fresques". C´est dire enfin toute la subtilité de cette écriture, "seul lieu possible de la conscience de soi".

Admirable Bonnefoy, que les ans n´altèrent pas.

Autres liens :- Que saisir sinon qui s´échappe
 - Le Louvre d´Yves Bonnefoy

Jeudi 27 août 2009 4 27 /08 /2009 12:49
- Par Bernard Olivier Lancelot - Publié dans : Critique littéraire - Voir les commentaires
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De Montaigne, qu´il soit en sa "maison", en voyage en Italie ou ailleurs, je n ´en aurai jamais fini. Arrivé à Lorette, "petit village clos de murailles et fortifié pour l´incursion des Turcs" sur la Mer Adriatique, Montaigne dépose par dévotion un ex-voto (ci-contre), tableau sur lequel se trouvent "quatre figures d´argent attachées" : la Vierge Marie, lui-même, sa femme et sa dernière fille, seule survivante de ses enfants ; - "et sont toutes de rang à genoux dans ce tableau, et la Notre-Dame en haut, au devant". Faut-il parler de bondieuserie ? Peut-être pas, mais il est certain que ce tableau et cet agenouillement dérangent quelque peu. On n´imaginait pas Montaigne si pieux. Meunier de Querlon, son premier commentateur, s´en étonne dès 1774. Philippe Sollers est plus critique encore. Mais ce qui, à mon sens, est le plus surprenant est l´escamotage qu´en fait l´historienne Fausta Garavini. Elle note bien que le Montaigne décrit par le "secrétaire" est soucieux de s´informer sur les pratiques et les rites des diverses religions qu´il rencontre pendant son voyage ; ce qui confirme ce qu´il dit par ailleurs et à plusieurs reprises dans les Essais. Mais ...  "quant au problème largement débattu de la foi de Montaigne (...) , on ne peut rien conclure". C´est me semble aller un peu vite.

Jean Lacouture, dans son Album Montaigne, distribué gratuitement lors de la dernière parution en 2007 des Essais de la Pléiade, joue moins rapidement en touche. Mais il n´aborde pas vraiment non plus le problème. Il en parle deux fois : la première, en moins d´une phrase, pour noter que Montaigne, avec cet ex-voto, "se comporte en pieux catholique". La seconde est pleine de malice et d´esprit. Il reprend ce que dit le "secrétaire" qui rapporte le récit que fit plus tard Montaigne de sa visite au pape Grégoire XIII, en précisant bien qu´alors Montaigne est plus écrivain que catholique. Sans doute. Mais la patte du "secrétaire" n´est pas non plus à négliger ; - ce que ne relève pas Lacouture. Voilà ce que dit le roué "secrétaire" : "Ceux qui sont à genoux se tiennent en cette assiette jusqu´à son pied et se penchent à leur tour pour le baiser. M. de Montaigne disait qu´il avait, pour lui, haussé un peu le bout du pied ..." Ce qui permet à Jean Lacouture, alors franchement narquois et plein de verve, d´ajouter entre parenthèses " ( de Voltaire, ne dirait-on pas, ou d´André Gide ? )". Montaigne se serait-il donc un peu moins incliné que l´ambassadeur de haut rang qui lui avait permis d`être reçu par la pape ? L´histoire ne le dit pas. Mais le récit le laisse supposer. Il faut sans doute attribuer à Montaigne la priorité du récit, mais la manière du "secrétaire" de le rapporter est bien celle d´un authentique écrivain.
.
Il n´empêche. Sur le tableau devenu ex-voto, Montaigne n´est pas seul. Outre la Vierge et lui-même se trouvent son épouse et sa fille. Ne pourrait-on donc pas dire que l´acte de dévotion que Montaigne fait seul à Notre-Dame de Lorette engage davantage les siens que lui-même ?

Je m´étonne que personne jusqu`à présent n´ait émis cette hypothèse. Elle n´engage évidemment que moi. Mais j´ose espérer que cette "gaillarde pensée" n´est pas si hasardeuse.

J´aimerais, modestement, que l´on m´en fasse part.

On peut toujours rêver.





Mardi 25 août 2009 2 25 /08 /2009 14:36
- Par Bernard Olivier Lancelot - Publié dans : Critique littéraire - Voir les commentaires
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Le Journal de voyage de Montaigne, présenté, établi et annoté par Fausta Garavini est passionnant (Folio n.1473, 500 pages). Il couvre les années 1580-1581. Montaigne traverse alors la Suisse, l´Allemagne, l´Autriche puis l´Italie, but ultime de son voyage, avec, pour objectif avoué : Rome. On peut relire ce qu´en dit Philippe Sollers, en retournant à l´un de mes billets précédents intitulé "Rome - avec en tête Montaigne", mais l´appareil critique de Fausta Garavini est supérieur car il va beaucoup plus loin, reprenant le dossier depuis que ce texte fut retrouvé en 1770 et présenté pour la première fois en 1774 par Meunier de Querlon.
Ce journal est à deux mains et comporte trois parties. La première est rédigée par un "secrétaire" qui note tous les faits et gestes du grand homme qui voyage et qui cherche plus ou moins à passer inaperçu, désirant aller là où son humeur le porte. C´est de loin la partie la plus intéressante. Il ne faut cependant pas conclure que les deux autres - d´abord en français, puis en italien retraduit en français du XVIe siècle - sont sans intérêt. Mais elles montrent un Montaigne plus soucieux de sa santé et de son corps que désireux de se draper dans l´image qu´on a de lui : un sceptique qui devise de tout. C´est un Montaigne plus modeste, plus près du quotidien ; il n´en est pas moins toujours curieux de tout, sachant que "l´ocassion et l´opportunité ont leurs privilèges, et offrent souvent au peuple ce qu´elles refusent aux rois".

Il n´empêche : ce qui rend la première partie si passionnante, c´est au secrétaire qu´on le doit. Le rabaisser au rang de "domestique" qui note simplement ce que le maître lui dit est lui faire outrage. Son regard et sa plume révèlent un incontestable talent : celui d´un voyageur-écrivain qui garde son jugement bien à lui et qui observe avec verve et malice ce que voit, dit et ressent le grand écrivain-voyageur qu´est devenu Montaigne depuis que les deux premiers Livres des Essais ont été publiés. Il faut donc rejeter l´assertion qui affirme que cette première partie du texte ait été écrite sous la seule dictée de Montaigne. Le "je" du "secrétaire" n´est jamais absent. Mais derrière le Montaigne des Essais qui se regarde et s´analyse sans cesse, se trouve un autre Montaigne, qui, observé de l´extérieur, confirme le Montaigne que Montaigne voulait donner de lui : un être ouvert à tout. Prodigieux jeu de miroir ! Être autre-soi-même sans pour autant être différent. C´est dire que le Montaigne que nous, lecteur, nous nous étions imaginé être, est bien celui que nous décrit le "secrétaire", mais un Montaigne libéré du désir de paraître, détaché du souci permanent de s´analyser à tout prix et de laisser à la postérité un homme sans cesse sujet à l´introspection. C´est dire le côté attachant de ce Montaigne-là. Il a moins de pauses, moins de regards sur lui-même. Ce n´est pas le Montaigne se regardant écrire et désireux de laisser à la postérité et à ses "parents et amis" l´image de fin connaisseur des hommes et de lui-même, mais au contraire un homme heureux de se laisser guider par l´humeur du moment, les surprises de l´imprévu et le plaisir de causer de tout avec tout le monde, quel que soit le rang, le titre ou la place dans la société des personnes rencontrées. D´où notre amusement de le voir autant apprécier sa rencontre avec un jésuite disert que celles qu´il a pu avoir avec des courtisanes désireuses de se faire payer pour les seules conversations qu´elles donnaient ou encore celles avec les gens du peuple..

C´est dire l´intérêt de ce Journal de voyage. Ce qui retient l´attention du "secrétaire" et attise la nôtre, c´est non seulement le détail quotidien du "maître", mais aussi et surtout ses réactions les plus spontanées comme peuvent l´être, au sens premier du terme, les propos de tables qu´il pouvait avoir quand il se laissait aller au plaisir de la simple conversation qu´il a toujours tant aimée.

La suite que Montaigne écrit seul après avoir donné congé à son "secrétaire" est d´une tonalité légèrement différente. Le regard malicieux du "secrétaire-écrivain" est absent.. Montaigne, par ailleurs, est loin de sa table et de sa "librairie" : il écrit désormais au jour le jour. Mais aussi, me semble-t-il, il cherche en partie à rendre hommage à son "secrétaire" dont le travail l´étonne, car il était loin de soupçonner que ce journal qu´il lui avait commandé était si conséquent et si précis. D´où sa résolution de continuer lui-même la "belle besogne" : "Ayant donné congé à celui de mes gens qui conduisait cette belle besogne, et la voyant si avancée, quelque incommodité que ce me soit, il faut que je la continue moi-même". Mais il le fera en toute modestie, davantage diariste soucieux de sa santé et des remèdes qu´il prend pour soigner sa gravelle qu´en écrivain se regardant écrire. Il n´empêche : tout en étant surtout attentif à son corps malade, c´est bien toujours le Montaigne que l´on connait qui s´exprime. Il donne ainsi raison autant au Montaigne des Essais qui philosophe qu´au Montaigne du Journal brossé par la plume alerte et bienveillante d´un "secrétaire" qui débusque son Montaigne. Et ce dernier n´est pas moins heureux de reconnaître que sous le gentilhomme qui cherchait à voyager incognito on reconnait le Montaigne des Essais écrivain et bon vivant.

Prodigieux Montaigne que nous donne ce journal.

Mercredi 1 juillet 2009 3 01 /07 /2009 12:45
- Par Bernard Olivier Lancelot - Publié dans : Critique littéraire - Voir les commentaires
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Vivre dans le feu
de Marina Tsvetaeva (1892-1941), est un montage de textes de prose ordonné par Tzvetan Todorov (Biblio roman, 2008, 732 pages, 8 €). Il est essentiellement constitué d´extraits écrits au jour le jour et de lettres envoyées ou non à une multitude de correspondants poètes et écrivains auxquels elle déclare son amour après les avoir lus. On apprend ainsi beaucoup sur elle-même, sur ses "engouements" de toutes sortes, ses "idylles cérébrales", notamment Boris Pasternak ou Rainer Maria Rilke. C´est certes très bien fait. Mais ce montage autobiographique ne dit à peu près rien de l´importance que représente pour elle la seule poésie : elle ne fait que se raconter. C´est dire le côté décevant de l´entreprise..

On apprend tout ou presque de son existence quotidienne : son amour immodéré pour les mots dès sa plus tendre enfance, sa difficulté de vivre après la révolution d´Octobre, ses sympathies pour la contre-révolution, son engagement du côté des "Blancs", une fille morte de faim, ses exils à Prague puis en France, l´indifférence des écrivains français, l´hostilité des écrivains russes de l´émigration, la méfiance des écrivains soviétiques qui l´ignorent ou la dénigrent. Puis, après un premier refus de rentrer en Union soviétique, sa craintre de s´y rendre ; et pour finir, la vie sordide qui sera la sienne quand elle sera sur place dans la bourgade d´Elabouga. Ne restera alors pour elle qu´une issue : le suicide après une dernière lettre destinée à son fils Mour.

Cette autobiographie reconstituée par Tzvetan Todorov à partir des carnets et lettres de Marina Tsvetaeva est certes poignante, mais à aucun moment elle ne permet de soupçonner ce que peut être la fulgurance de sa poésie. Rien ne permet de vraiment comprendre ce qu´elle appelle l´être en opposition avec l´existence. Il faut donc prendre cette reconstitution uniquement pour ce qu´elle : l´hommage que Tzvetan Todorov rend à une exilée comme lui, et qui n´aimait la vie qu´a partir du moment où la création poétique lui permettait de la transfigurer.  

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Qui suis-je ?

Professeur francais retraité du Secondaire dans le système scolaire norvégien qui a effectué des remplacements à l´Université d´Oslo (UiO)  comme chargé de cours à tous les niveaux. 
Attaché linguistique / Lecteur itinérant ( reiselektor ) pendant cinq ans.

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