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1) "Il y a plus de vérité dans les souvenirs que dans la notation quotidienne." (Roger Martin du Gard)

2) "L'enfance, c'est d'abord l'intensité." (Philippe Delerm)

3) "L'Art ne restitue pas le visible, il rend visible." (Paul Klee et Nathalie Sarraute)

4) "Il y a des jours où les citrouilles ne sont que des citrouilles." (Philippe Delerm)

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Contes

Mercredi 20 mai 2009
- Par Bernard Olivier Lancelot - Publié dans : Contes - Voir les 4 commentaires
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Il en est de certains films comme des romans : les avoir vus modifie à jamais le regard.

Crin-Blanc
, que j´ai vu enfant, est de ceux-là. Et quand jeune père, je lisais à mes enfants le livre qu´Albert Lamorisse a écrit après avoir tourné son film, je revivais à chaque fois, sans ne rien révéler, mon émotion première.

Dans les eaux du Rhône où le courant du fleuve se mêle aux vagues de la mer, la  Camargue est libre. Crin-Blanc s´y jeta pour échapper aux hommes. Il n´avait jamais été monté. http://www.dailymotion.com/video/x58wk7_crin-blanc_shortfilms.

Il ne le sera qu´ une fois ; mais ce sera par Folco, enfant d´autant blessé qu´on lui avait menti.

C´est pour échapper aux flammes, qui montaient du marais, qu´il se laissa monter. Des manadiers sans scrupules y avaient mis le feu. Ils se vengeaient ainsi de n´avoir pu le capturer. Folco, quant à lui, savait la fausseté de leurs promesses. Ils lui avaient fait croire que Crin-Blanc serait à lui s´il pouvait l´attraper. Mais par deux fois, ils s´étaient rétractés.

Crin-Blanc, cerné par les flammes et aveuglé par la fumée, laissa Folco monter sur son dos. Et ainsi, gagna les sables des dunes puis la mer qui montait.

Les gardians pourtant se rapprochaient. Crin-Blanc, alors, se jeta dans le tumulte des eaux.

--"Reviens, mais reviens, petit. Je te le donne, ton cheval. Il est à toi. Reviens ! mais reviens donc !..."

 

C´était trop tard. "Et Crin-Blanc, qui était doué d´une grande force, emporta Folco dans une île mystérieuse où les enfants et les chevaux sont toujours des amis."


Cette dernière phrase, au moment ou non du coucher de mes enfants pour la nuit, je l´ai bien dite au moins cent fois sans jamais, pour autant, réveler ce qu´elle cachait. Il n´est jamais très bon de chercher le fin mot d´une énigme. Il faut, au secret, laisser sa raison d´être.

Mais un soir où l´intimité, entre nous, était sans doute un peu plus vraie, je vis mon plus jeune fils bouleversé ; des larmes perlaient de ses yeux. L´ainé me regarda, interrogatif. Il voulait par des mots que je l´aide à comprendre ce qu´il ne comprenait pas. Il y a dans la vie des moments cruciaux où la terre, l´espace d´une seconde, semble s´arrêter.

Près de trente ans se sont écoulés depuis. J´ai revu ces jours-ci Crin-Blanc avec mon plus jeune fils, accompagné de ses deux petites filles. L´aînée Tiril a cinq ans et demi ; la plus jeune, Thea, a trois ans. Nous n´étions que six au cinéma : nous quatre ; plus un père et sa fille de huit ou dix ans. Thea la plus jeune suçait sa sucette et se régalait de pop-corn. Tiril l´aînée se tortillait sur son siège, posait maintes questions à son père, et qualifia les manadiers de méchants. Peut-être cherchait-elle aussi à comprendre le pourquoi de mon invitation. Elle finit par demander, peu avant le mot fin, où Crin-Blanc emmenait l´enfant. Son père me regarda et répondit en même temps que moi en direction de sa fille, un petit sourire aux lèvres : "  ... dans une île merveilleuse où les enfants et les chevaux sont toujours des amis." 

La surprise et la nouveauté sont aujourd´hui bien différentes. Elles ne sont pas moins grandes. Comment tout à la fois jeter un enfant dans les flots indomptables d´un fleuve, refuser le mensonge, et laisser en suspens une interrogation ? Et comment, en même temps, être enchanté et se vouloir enchanteur ? 

L´essentiel est du côté des mots.
 
                                                            ***
Autre lien possible : deux fugues.



   

Lundi 28 janvier 2008
- Par Bernard Olivier Lancelot - Publié dans : Contes - Voir les commentaires
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Insomnie.jpg
La femme arrive.

Il s´arrête de lire le journal qu´il a sous les yeux. Il la regarde dans sa timidité.

- " Je vous dérange ? "

La femme sourit légèrement, mais elle ne répond pas.

- " Je vous vois arriver tous les jours de la semaine. Vous vous asseyez là à ma table. Et prenez un café comme aujourd´hui. Quand vous êtes en retard, vous ne faites que passer pour gagner la salle de cours. Mais vous suivez mon regard et moi aussi.

Silence.

Elle le regarde. Ils se regardent. 

Il demande : - " Vous êtes de quel signe ? "

- " Sagittaire."

- " Moi c´est Bélier."

Il lit son horoscope. Elle rit. Il lit à son tour le sien. Il la regarde. Il sourit. D´autres stagiaires comme elle sont arrivées. L´une d´elle, sans gêne, s´installe à coté d´elle. Ils évitent de se regarder. Le trouble devient visible. Il dit, d´une voix légèrement tremblante : - " Le cours va commencer."

- " Oui. "

L´autre femme se lève.

Elle reste assise. Ils se regardent avec moins de gêne, le désir dans les yeux.

- " Il a dû pleuvoir cette nuit. "

Silence.

- " Il fait encore un peu froid."

Elle se lève en le regardant. Comment supporter tout ce trouble ?

                                                                                * * *

Voilà bien quinze ans qu´il a vécu cette scène. Pourquoi s´en souvenir ce matin plutôt qu´un autre, après une nouvelle nuit bleue d´insomnie ? Tout cela n´a que trop duré. Mais est-ce si sûr ?

Il dit à voix basse : - "Je dors mal les nuits."

Elle se tait.

- " Il m´arrive trop souvent de pécher par faiblesse. En pensant à vous."

Nouveau temps de silence. Il imagine le bleu de son regard et le lin de ses cheveux. Comment ne plus aimer ? D´aussi loin qu´il se souvienne, il a en lui cette certitude d´aimer.

- " Je ne vous crois plus. Il y a trop en moi d´incertitudes. Vous m´avez perdue."

                                                                                    * * *

Le petit jour est venu. Elle a sans doute dormi comme si de rien n´était. Il aurait voulu la voir se lever, s´émerveiller du jour qui naissait, la voir se maquiller.

Il lui faudra désormais vivre dans le continent du silence, en imaginant sans doute à tort qu´elle pense encore à lui. Comme dans un nouveau vertige.

Samedi 24 novembre 2007
- Par Bernard Olivier Lancelot - Publié dans : Contes - Voir les commentaires
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Azalea.jpg
A z ` allée place des Vosges

Sa pin Bouleau , - boulot des petites gens : choix par milliers surtout s´ils sont inconnus et de sûriît ianonymes

Fleurs

Acacia

Elaguer

Désherbés

Arial

A demain , - mais aussi à +sieur(e)s maints
cerveau.jpg


Merci

Cerise sur le ... .............................................................
Dimanche 18 novembre 2007
- Par Bernard Olivier Lancelot - Publié dans : Contes - Voir les 1 commentaires
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MonOncleTati.jpg

Dedicatio à Lart Holger Koefoed? / - ou bien Tommy Sæbø ?

PS1. Le vrai plaisir a toujours été pour moi jusqu´à présent de retrouver les citations passées.

PS2. Le plaisir a aussi longtemps été celui de découvrir moi-même, - comme un grand.

PS3. Le plaisir est maintenant de retrouver les allusions qui vous forcent à acheter avec goinfrerie les livres publiés, mais aussi les plus subtiles. Hé hé...

PS4. Petits, petits, petits. - Venez mes petits.

ps5 @:  très simple en effet, - comme les 5 doigts d´une main non digitale ou numérique. Au choix, - c selon c + on. Cul sec ou sucez donc Marion.

ps6 : j´aurais pu être plus, - peu importe aujourd´hui. C´est désormais un vrai plaisir d´écrire,---- mais aussi de Lire, ceux en particulier qui donnent envie à l´envi, l´en verss et à l´endroit de faire connaître Paris, - et Anvers pour tous les autres, quels qu´ils soient et d´où qu´ils viennent.

Pie VII sur le Pot etc.  

Nouveau PS : merci Tommy, Sebastion ou... Otto Ferdinand ? ou même ... Allez-y voir

Et à demain, sI voius le vous  le voulez  bien ( * )

Samedi 28 octobre 2006
- Par Bernard Olivier Lancelot - Publié dans : Contes - Voir les 1 commentaires
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Il est évident que si j´écris aujourd´hui sur le cormoran, c´est parce que j´ai écrit hier sur le "lusekofte" (= tricot jacquard norvégien). J´ai retrouvé dans ma bibliothèque un petit livre illustré par le peintre norvégien du Nord, Karl Erik Harr, Skarvene fra Ut-Røst, autrement dit  "Les Cormorans de Ut-Røst", conte recueilli et écrit par Peter Chr. Asbjørnsen et Jørgen Moe. Je ne crois pas que ce conte soit traduit en francais.

[ Hans Gerhard Sørensen, Cormorans sur un récif, gravure sur bois ]

"De retour chez eux, il peut arriver que des pêcheurs du Nordland trouvent accroché à la barre un brin de blé ou une touffe d´orge dans le ventre d´un poisson. Ils savent alors qu´ils sont allés jusqu´à l´au-delà de Ut-Røst, jusqu´au pays des Huldres, comme il se dit dans les légendes du Nordland. Mais le pays ne se montre qu´à ceux qui sont pieux et prévoyants, qui sont en danger en mer et qui parviennent là où par ailleurs ne se trouve aucun pays"

(...) "Sur l´île de Værøy, au large des Lofoten, vivait un pauvre pêcheur qui ne possédait rien d´autres que son bateau et quelques chèvres que sa femme nourrissait de vidures de poissons ou de brins d´herbes qu´elle pouvait ramasser à la hâte sur la montagne; mais la maisonnée était pleine d´enfants qui avaient faim. Il se contentait pourtant de ce peu, puisque c´était ainsi que le Seigneur l´avait voulu pour lui. Isak ne se plaignait que de son voisin qui estimait qu´il devait avoir en toutes choses meilleur que ce que cette vermine d´Isak avait."

(...) "Un jour qu´Isak était sorti  loin en mer, le brouillard se leva, et la tempête était si violente qu´il dut jeter par dessus bord tout le poisson pêché pour alléger le bateau et sauver sa vie. Après avoir résisté au vent et à la tempête cinq ou six heures, il pensa qu´il devait rencontrer le bout du monde. Mais il essuya un nouveau paquet d´eau; la tempête et les ténèbes du brouillard étaient pires que jamais. Il résistait comme il pouvait, suivait le sens des vagues et tournait au vent tournant, et finit par comprendre qu´il devait en être ainsi car il n´était que ballotté et n´atteignait aucun pays. Et voilà qu´il entendit un horrible bruit devant l´étrave, et il crut aussitôt que c´était le spectre de la mort qui poussait son cri. Il pria le Seigneur de prendre soin de sa femme et de ses enfants car il comprenait que sa dernière heure avait sonné; mais alors qu´il priait, il vit que quelque chose de noir brillait et quand il s´approcha il vit que ce n´était que trois cormorans posés sur une planche de bois, et zoup ! il les avait dépassés. Ce fut long et pénible, et il eut soif, et il eut si faim et fut si épuisé qu´il ne savait que faire et restait ainsi à moitié endormi, la main sur la barre; quand soudain le bateau s´échoua sur des galets et s´immobilisa. Il se peut qu´Isak leva les yeux. Le soleil transpercait le brouillard et brillait sur un beau pays verdoyant; les côteaux et les collines étaient verts de la base au sommet, et il sentait une senteur de germes et de  fleurs qui était si douce que jamais auparavant il ne pouvait se souvenir d´en avoir senti de si douce. -"Dieu soit loué, j´suis sauvé; j´suis sûr´ment à Ut-Røst".

(...) "un petit homme habillé de bleu était assis sur un tabouret, sucant une bouffarde; sa barbe était si grosse et si longue qu´elle lui couvrait la poitrine. - "Bienvenu à Ut-Røst" dit le bonhomme. -"Que Dieu bénisse notre rencontre, père", répondit Isak. -"C´est-y pas que vous m´connaissez ?". -"Ca se peut" dit le bonhomme. Tu veux p´t-être un toit pour la nuit ?" -" Moui ! Ca serait rud´ment bien ! Ca s´rait pour le mieux" dit Isak. -"Mes fils sont tous un peu toqués, ils ne supportent pas l´odeur du chrétien" dit le bonhomme. Tu n´les a pas rencontrés ?". -"Non. J´ai pas rencontré d´autres que trois cormorans posés sur une planche de bois et qui criaient." répondit Isak. -"Ouais, c´était mes fils, ca." dit le bonhomme, et tout en frappant sa pipe pour en jeter la cendre, il dit à Isak :-"Tu peux toujours entrer. T´as sûr´ment faim et soif, à c´t´heure."

Isak trouva tout ce qu´un pêcheur du Nordland peut trouver. "Du lait caillé avec de la crème, des dorades, du rôti de renne, de la farine de foie avec du sirop et du fromage dessus, des piles de craquelins de Bergen, de l´eau-de-vie, et de la bière, et de l´hydromel, et tout ce qui peut être bon. Le Isak mangea et but autant qu´il pouvait, et rien n´était jamais vide. Et il avait beau boire, le verre était tojours aussi plein".

(...) Les cormorans s´installèrent près de lui et ils firent bon ménage. Encore à Ut-Røst, Isak se remit à pêcher, les cormorans l´accompagnèrent, "l´un tenait la barre, l´autre tendait la voile en raidissant l´amure, le troisième était second, et lui, l´Isak, devait se servir de la grande écope et suait sang et eau."

(...) Il fit des pêches miraculeuses, alla jusqu´à Bergen pour vendre son poisson et s´acheta un nouveau cotre flambant neuf. Puis il décida de rentrer chez lui. La veille du départ, le bonhomme du pays de Ut-Røst "monta à bord et le pria de ne pas les oublier, eux qui vivaient comme son voisin, car lui-même en était devenu un, et il prédit au Isak chance et bonheur avec le cotre".

(...) "Depuis ce temps, Isak avait rencontré le bonheur. Il savait d´où il venait (...) et chaque soir de Noël, c´était illuminé, le cotre était éclairé, et ils entendaient des violons, et des rires, et de l´animation, et sur le cotre il y avait danse à bord".

                                                                 

Je ne sais si je fais bien d´ajouter quelque chose à ce conte norvégien que j´ai en partie traduit, en partie raccourci. J´ai moi aussi recu une main tendue après avoir erré et rencontré un cormoran solitaire. A part une petite tache de couleur près du bec, il était noir. Je ne pouvais soupconner son corps allongé car son corps était enfoncé dans l´eau. Mais je voyais distinctement son long cou flexible et son bec puissant et crochu. Je le suivais des yeux alors que je marchais sur la plage. Il plongeait parfois la tête, puis la relevait, ayant sans doute attrapé quelque proie. Il était seul, tout noir, et dodelinait de la tête et du cou en avancant, majestueux. Il ne criait pas. Ce devait être en janvier ou en février et j´étais seul comme ce cormoran solitaire sur l´eau. Il n´y avait pas grand monde sur la plage ce jour-là. C´était un jour d´hiver et le ciel était bas mais relativement dégagé. Je vois aujourd´hui en ce cormoran comme un signe. 

 

 

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Qui suis-je ?

Professeur francais retraité du Secondaire dans le système scolaire norvégien qui a effectué des remplacements à l´Université d´Oslo (UiO)  comme chargé de cours à tous les niveaux. 
Attaché linguistique / Lecteur itinérant ( reiselektor ) pendant cinq ans.

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