Ecrire un commentaire - Recommander - Communauté : Livres et souvenirs de lecture
Ce brin de sorbier rouge

Ravive l´amour
- Neige de janvier
- Sorbiers épanouis

Face à la neige qui tombe aujourd´hui en silence et emmitoufle peu à peu le ciel devant moi, voici trois réflexions en forme de maximes dont deux sur les livres et la
lecture. Elles sont extraites du dernier essai de Christian Bobin Les ruines du ciel (Gallimard, 2009, 182 pages, 15,50 €). Il traite de la destruction de
Port-Royal par Louis XIV et mêle à cette évocation "les signes de vie heureuse" quand par-dessus la page il lève les yeux :
"L´odeur de la jacinthe -- si forte qu´elle m´arrache au sortilège de ma lecture pour me faire admirer la grâce de son agonie".
"Les livres sont des cloîtres de papier. On peut s´y promener jour et nuit".
Qui ne connaît Littré ? Sa photo le montre en homme austère et raide, assis bien droit dans un fauteuil au dossier ovale, la main cachée sous un gilet, les yeux cerclés de petites lunettes rondes. Un homme de sciences, donc. Lexicographe, philologue, grammairien, et vers la fin de sa vie, Académicien et homme politique. Avant tout et de tous temps, positiviste. Et aussi, non pas selon Taine mais Pasteur interposé, Saint laïc. Mais quid de l´homme ?
Alain Rey, l´homme du Grand et Petit Robert, vient d´ajouter à la biographie de l´homme Littré un récent chapitre. Bernard Pivot, à l´affût de tout ce qui concerne les bons mots, en a rendu compte dans une chronique plaisante. La voici rapportée. "Littré se livre à des débats indécents avec une domestique, qu´on imagine jeune et accorte. Sa sérieuse épouse s´en avise et, choquée, mais sans perdre son sang-froid : "Monsieur, je suis surprise". À quoi le philologue réplique : "Non, madame. Vous êtes étonnée. C´est nous qui sommes surpris."
Le plus étonnant à mes yeux, - sinon à mes oreilles - , n´est pas tant l´anecdote elle-même que le moment où on la rapporte, à savoir 2008. Le XVIIIe était plus leste : Pangloss ne dédaignait pas de donner une leçon de physique expérimentale à la femme de chambre ( ... ), petite brune très jolie et très docile. Fallait-il donc attendre si longtemps pour dévoiler un bon mot du grand homme ? Il avait certes raison de refuser de suivre l´Académie qui faisait à ses yeux trop grand cas de "la politesse de la langue", mais il me semble qu´il aurait pu aussi, comme Furetière "en faire voir l´abondance", et donc introduire dans le dictionnaire l´expression amours ancillaires que l´on trouve dès 1855 dans les Causeries du Lundi de Sainte Beuve.
Peut-être par pudeur et retenue cherchait-il à mettre une distance entre la chose et les mots. Felix culpa. Sans doute aussi une manière de s´adapter aux moeurs et aux circonstances : Tempori servire.
Mais il paraît que c´était aussi un bout-en-train farfelu et excentrique. N´était-il pas l´inventeur du gadget qui, placé dans la paume de la main et retenu par une bague passée à l´annulaire, faisait bzzz quand on pressait la main pour dire bonjour ?