Lundi 26 octobre 2009
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Par Bernard Olivier Lancelot
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Publié dans : Humeurs d'un ronchonneur
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Le pastiche a sa tradition. Les Morot-Chandonneur de Philippe Jullian et Bernard Minoret la continue (Grasset/Les Cahiers Rouges, 2009, 292 pages, 9,80
€). Ce volume est certes plaisant, mais est loin de valoir ceux que les siècles passés nous ont laissés. Pastiches et Mélanges de Proust est sans conteste
supérieur. Pour Proust, ces pastiches et mélanges ont été ce que les gammes sont pour le pianiste : un galop d´essai pour écrire. Pour les lecteurs que nous
sommes : apprendre à lire ; et mieux comprendre ce que les plus grands auteurs ont de meilleur. À la manière de ... du couple Riboux et Müller est différent
car il cherche à faire rire en reprenant les tics des écrivains les plus connus. De tous les recueils de pastiches que je connais, le plus subtil est celui de Georges
Fourest Le géranium ovipare. Pourquoi géranium ? Pourquoi ovipare ? Allez savoir. Il aime la difficulté et moi ses vers :
Et je lirai ( trouvant Hegel et Kant arides )
Les beaux récits d´amour poivrés de cantharides.
Les Morot-Chandonneur est plus facile à lire. Il va du Marquis de Sade à Ionesco en passant par les plus grands, soit les Hugo, Flaubert,
Zola, mais aussi Gide, Barrès et Sartre. Il contient de belles perles, mais le brillant est souvent terne et les contemporains sont
absents. C´est dire que ce volume, au titre aguichant de morts aux champs d´honneur est un peu décevant, pour ne pas dire clinquant et tape-à-l´oeil. Mais le rouge de la
couverture est alléchant. Il va fort bien avec le style souvent pompier de l´ensemble
Il y a pour l´été des lectures de plage. Pourquoi pas pour l´hiver des lectures en pantoufles ?
On peut aussi lire, sans déroger ni déchoir :
- Immortel demain ?
...
- Lecture de plage
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Traces
Jeudi 18 juin 2009
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Par Bernard Olivier Lancelot
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Publié dans : Humeurs d'un ronchonneur
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J´oscille d´un extrême à l´autre :
hier Holan Vladimír,
aujourd´hui Pessoa-Caeiro Caeiro-Pessoa
qui se disait personne
et ne voulait exister
que par les mots
de son oeuvre.
Je n´ai rien
sinon que des rêves.
J´enfile
les jours et les nuits,
l´entonnoir des saisons,
sans savoir
où elles mènent,
ne pouvant oublier
ce que d´autres
que
moi
laissent
sans raison.
Rien de rectiligne,
et pourtant si --
la sinuosité
a un fil.
Il faudra bien
un jour
s´y mettre
sans pour autant croire
que quelque part
je puisse
un jour
devenir entier.
Samedi 13 décembre 2008
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Par Bernard Olivier Lancelot
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Relire par moments quelques pages des grands classiques et découvrir des beautés insoupçonnées est un plaisir dont je ne me lasserai jamais. Ainsi de La Fontaine et
de sa fable L´âne et le chien ( VIII, xvii ). S´y trouvent avec bonheur ellipses et oppositions qui montrent à l´évidence que La Fontaine s´amuse en maître qu´il est. Ce qui
lui permet, comme quelques autres, d´accélérer le récit en disant moins pour faire comprendre plus.
L´âne se met à paître. Le chien veut de l´aide. Point de réponse ; mot. À vous de lire.
Je ne connais de ce mot qu´un seul autre exemple pour signifier silence de manière si cinglante. Il est d´un maître du rythme et des mots les plus rares : le
Châteaubriand des Mémoires d´Outre-Tombe que De Gaulle admirait tant : "Je n´eus garde de parler d´autre chose. Des journées de Juillet,
de la chute d´un empire, de l´avenir de la monarchie, mot. Quoi de plus hautain pour signifier refus.
Enfant puis
adolescent, j´ai connu quelques refus presqu´aussi beaux. Ils n´étaient pas si cinglants mais signifaient tout autant. C´est dire à nouveau mon dédain
pour l´expression lire entre
les lignes. L´écrivain qui sait dire sous-entend, se retient, dit moins, mais il dit. À nous, humblement, de lire ce qui, réellement, est écrit. Les
exemples, heureusement, sont relativement nombreux.
* * *
[ Ilustration : Jean-Baptiste Oudry]
Mardi 6 mai 2008
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Par Bernard Olivier Lancelot
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Publié dans : Humeurs d'un ronchonneur
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Citant en traduisant Cicéron dans la première phrase suivante sans mentionner ses sources,
Descartes écrit dans son Discours de la Méthode ( Deuxième partie ) :
"
Mais ayant appris, dès le collège, qu´on ne saurait rien imaginer de
si étrange et si peu croyable, qu´il n´ait été dit par quelqu´un des philosophes (*) ; et depuis, en voyageant, ayant reconnu que tous ceux qui ont des
sentiments forts contraires aux nôtres, ne sont pas pour cela barbares, ni sauvages, mais que plusieurs usent, autant ou plus que nous, de raison ; et ayant considéré combien un même homme, avec
son même esprit, étant nourri dès son enfance entre des Francais ou des Allemands, devient différent de ce qu´il serait, s´il avait toujours vécu entre des Chinois ou des Cannibales ; et comment
jusques aux modes de nos habits, la même chose qui nous a plu il y dix ans, nous semble maintenant extravagante et ridicule : en sorte que c´est bien la coutume et l´exemple qui nous persuadent
qu´aucune connaissance certaine, et que néanmoins la pluralité des voix n´est pas une preuve qui vaille rien pour les vérités un peu malaisées à découvrir, à cause qu´il est bien plus vraisemblable
qu´un homme seul les ait rencontrées que tout un peuple : je ne pouvais choisir personne dont les opinions me semblassent devoir être préférées à celles des autres, et je me trouvai comme contraint
d´entreprendre moi-même de me conduire." Il a 41 ans ; - et dans la force de l´âge.
Montaigne n´écrivait pas vraiment autre chose quand il avait piéca 40 ans. " Il se faut garder de s´attacher aux opinions vulgaires, et les faut juger par la voye de la raison, non par la voye commune." ( Les
Essais, "Des Cannibales", I, 30 ).
Les deux, à environ soixante ans de distance, affirment au même âge sensiblement la même chose : la nécessité, - puisque tout est fluctuant et changeant en ce monde -, de recourir à
sa seule raison.
Je connais peu Descartes. on jugera sans doute impudent que je prétende connaître mieux Montaigne.
Au terme de sa vie, je n´arrive pas à me souvenir que Descartes ait beaucoup changé. Il me semble au contraire qu´il pensait toujours que la raison était le
souverain bien ; - et qu´elle seule pouvait écarter les flatteries et les tromperies d´un mauvais génie.
Montaigne au contraire est plus prudent. L´âge venu, il ne se renie en rien : j´adjouste, mais je ne corrige pas ( "De la vanité", III,9 ). Mais l´expérience est
plutôt devenue sa référence. Toute la différence est là. Montaigne vit dans une époque trouble et pleine d´incertitudes.
Descartes appartient au début de l´absolutisme triomphant qui se
voudra absolu pour longtemps ; - même si son époque, différemment de celle de Montaigne, est tout autant troublée politiquement, socialement et parlementairement.
Mais si, philosophiquement, il fait table rase du savoir précédent et récuse toutes les doctrines philosophiques du passé, c´est pour mettre en avant sa propre doctrine fondée sur la
raison.
Montaigne, âgé, est plus humble : il se contente, plus simplement, du bien-fondé de quelques expériences.
Et ajoute, pied de nez inattendu aux termes de ses Essais : rien ne sert de " monter sur des eschasses, car sur des eschasses encores faut-il marcher sur nos jambes. Et au plus
eslevé throne du monde, si (**) ne sommes nous assis, que sus nostre cul." ( "De l´Expérience", III, 13 )
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(*) Sed nescio quomodo nihil tam absurde dici potest, quod non dicatur ab aliquo philosophorum. De divinatione,
II,58,119.
(**) Pourtant