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Citations

1) "Il y a plus de vérité dans les souvenirs que dans la notation quotidienne." (Roger Martin du Gard)

2) "L'enfance, c'est d'abord l'intensité." (Philippe Delerm)

3) "L'Art ne restitue pas le visible, il rend visible." (Paul Klee et Nathalie Sarraute)

4) "Il y a des jours où les citrouilles ne sont que des citrouilles." (Philippe Delerm)

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Politique/actualités

Samedi 6 juin 2009
- Par Bernard Olivier Lancelot - Publié dans : Politique/actualités - Voir les commentaires
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En ce 65e anniversaire du débarquement des forces alliées sur les plages de Normandie, je me permettrai ce petit exercice de mémoire :

citer l´un des Trente-trois sonnets composés au secret que Jean Cassou a composé sans papier ni crayon, et faisant ainsi de la poésie une résistance face à l´aliénation et la mort.

Ces sonnets, pour l´essentiel, évoquent les rues de Paris, une amie trop tôt perdue, une Alice-Enfant ; mais l´Histoire va donner à ces poèmes une envergure civique comme l´ont été ceux d´Ossip Mandelstam, d´Anna Akhmatova ou, plus près de nous, Liberté de Paul Eluard.

Je ne peux non plus, sur un plan plus personnel, oublier certains "petits bouts de carton" sur lesquels mon père au camp de concentration de Gandersheim écrivait de mémoire des poèmes entiers grâce à "l´addition de forces" de ses co-détenus que cite
Robert Antelme dans L´espèce humaine et que mentionne aussi en notes
Catherine Henri dans son très beau petit livre sur l´enseignement de la littérature au Lycée : De Marivaux et du loft.

     Les poètes, un jour, reviendront sur la terre.

     Ils reverront le lac et la grotte enchantée,

     les jeux d´enfants dans les bocages de Cythère,

     le vallon des aveux, la maison des péchés,

    
     et toutes les amies perdues dans la pensée,

     les soeurs plaintives et les femmes étrangères,

     le bonheur féerique et la douce fierté

     qui posait des baisers à leur front solitaire.

     
 
     Et ils reconnaîtront, sous des masques des folles,

     à travers Carnaval, dansant la farandole,

     leurs plus beaux vers enfin délivrés du sanglot

    
     qui les fit naître. Alors, satisfait, dans le soir,

     ils s´en retourneront en bénissant la gloire,
     l´amour perpétuel, le vent, le sang, les flots.

                           Jean Cassou Trente-trois sonnets composés au secret

Il est heureux que chacun puisse aujourd´hui, davantage qu´en juin 1944, apprécier qu´au matin "l´aiguail brille au soleil comme un vitrail brisé" et, devant le soir qui tombe, 
"À jamais, la lumière" (Xavier Bordes)

    

Jeudi 4 juin 2009
- Par Bernard Olivier Lancelot - Publié dans : Politique/actualités - Voir les 3 commentaires
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Je lis actuellement, de Marina Tsvetaeva, Vivre dans le feu qu´a composé pour nous, lecteurs français, Tzvetan Todorov.

Je ne peux, par ailleurs, oublier l´actualité et donc le vingtième anniversaire de la terrible répression policière qu´ont connue les étudiants contestataires chinois dans la nuit du 3 au 4 juin 1989 sur la place Tian An Men à Peking.



En solidarité avec tous les dissidents,  quels qu´ils soient et d´oú qu´ils viennent, emprisonnés ou en exil, qui luttent pour la démocratie ou les droits de l´Homme, et qui refusent, plus que jamais, leur mise à l´écart, je leur dédie ce modeste haïku :

              
              Harmonie en Chine
              Ne fait ni ombre ni vagues
              Mais crabes en rivière

J´ose espérer qu´il permettra, à plus qualifiés que moi, de redonner à l´art sa possibilité d´être dangeureux.

                                                             * * *

[Illustration : Caonima]
Mardi 2 juin 2009
- Par Bernard Olivier Lancelot - Publié dans : Politique/actualités - Voir les 2 commentaires
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Ida
est un squelette de lémurien vieux de 47 millions d´années. C´est une créature transitoire entre le groupe des grands singes et les humains et celui des primates primitifs. Ce serait donc, pour les paléontologues Jens Lorenz Franzen, Allemand, et Jørn Hurum, Norvégien (du Musée d´histoire naturelle de l´Université d´Oslo), un primate qui pourrait être notre ancêtre. C´est aller un peu vite en besogne. Ce pourrait même être de la poudre aux yeux ...

Jørn Hurum, grand communicateur en son pays et partout ailleurs dans le monde, a parlé, pour présenter Ida, de "chaînon manquant". Belle formule médiatique ; mais cette expression est honnie des paléontologues, car tout fossile, par définition, est un chaînon manquant. Elle frappe cependant l´imagination, car pour un non-spécialiste (que je suis), elle permet de placer ce fossile Ida sur la chaîne de l´évolution des espèces. Le New York Times a pourtant été prudent dans son titre : "Un squelette jette une lumière sur l´évolution des primates". C´est sur le site canadien suivant que je tiens ces informations :
http://www.sciencepresse.qc.ca/node/23742  À vous de vous y reporter.


Ida
n´est en fait qu´une arrière-grande-tante de l´homme. Deux de ses caractéristiques ne sont certes pas négligeables : 
- la présence d´ongles et non de griffes aux doigts (utilisées par les lémuriens pour se nettoyer le pelage);
- un pouce opposable aux autres doigts.
Mais est-ce bien nouveau ?

Pour d´autres paléontologues, dont Elwyn Simons de l´Université Duke, la réponse est non. 

La vraie question, si j´ai bien compris, porte en fait  sur l´origine des anthropoïdes, - et donc sur les primates supérieurs, dont l´homme. En d´autres termes : les anthropoïdes primitifs descendent-ils ou non d´un groupe de primates primitifs appelés adapides ? (Cf. le site canadien). Pour Jørn Hurum., ce fait est acquis.  Pour d´autres, c´est à démontrer. Seuls les scientifiques pourront trancher.

La vraie sensation est en réalité ailleurs : dans l´état de conservation du fossile, qui est exceptionnel car il est complet à 95%. Il contient en plus les traces de son dernier repas.

Dernière précision qui ne manque pas de faire sourire. Ida (d´après le prénom de la fille de 6 ans de Jørn Hurum) a reçu le nom scientifique de Darwinius masillae. Beau nouveau tir de fumée. On intronise ainsi - outre Darwin qui n´en peut mais - le site allemand Messel, près de Darmstadt, où le fossile a été trouvé. C´est en fait ne pas dire grand chose : ce fossile, dans tous les sens du terme, est unique.

Affaire à suivre.
                                                        ***

Lien complémentaire possible : - le langage des abeilles
Jeudi 7 mai 2009
- Par Bernard Olivier Lancelot - Publié dans : Politique/actualités - Voir les commentaires
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L´instinct
de Charles Darwin (L´Esprit du temps, Textes essentiels, 2009, 109 pages, 9,50€), n´est pas vraiment un "inédit" mais un texte "oublié"; - en tout cas méconnu. Il ne mérite pas de l´être, car il est passionnant et facile à lire. L´éditeur, en le publiant, rend un grand service : elle permet de se rendre compte de ce qu´est la pensée d´un grand savant pour qui l´observation et l´argumentation rigoureuse sont essentielles à toute nouvelle théorie.

L´ouvrage est précédé d´une excellente préface. Due au paléoanthropologue Pascal Picq, du Collège de France, elle met clairement en évidence, sans être pédante, la probité du grand savant, prudent dans ses conclusions. Elle montre aussi que Darwin - précurseur sans vraiment le savoir de l´éthologie et de l´écologie - était en revanche parfaitement conscient que le plus grand prédateur de l´animalité était l´homme.

L´idée généralement admise est que l´instinct est immuable, non susceptible de changements. Rien n´est plus faux, tant du point de vue phylogénétique que géographique. Ce que Darwin cherche à démontrer à partir d´exemples très concrets au sein de quatre courts chapitres intitulés avec sobriété Migration, Peur instinctive, Nidification et habitation, Quelques instincts étonnants. J´en donnerai trois exemples.

 


Le premier concerne une oie bernache. Blessée, elle a été retenue prisonnière dix neuf ans. Durant douze ans, au moment de la migration de ses congénères, elle devenait inquiète et cherchait autant que possible à gagner le nord. Mais après cette période, son comportement fut apaisé. C´est dire qu´elle avait compris que son instinct migratoire n´avait plus de raison d´être.

Pour la nidation, l´instinct peut varier selon que l´oiseau est soumis ou non à de nouvelles conditions. Par la suite, ces variations se transmettent héréditairement.

Le dernier exemple est plus étonnant encore : estropiée, une araignée a tout simplement cessé de tisser sa toile pour devenir chasseresse.

Darwin, dans ce texte, est modeste. Il ne sait si les observations sur lesquelles il s´appuie renforcent ou non sa théorie de l´évolution. Il évite le terme. Il ne fait cependant pas qu´accumuler les observations. Il fait aussi part de sa prudence sur le rôle supposé de l´instinct, tant les adaptations des animaux peuvent être multiples d´une espèce à l´autre, et, au sein d´une même espèce, entre divers individus.

Ce livre est vraiment admirable. Je vous le recommande chaudement en ce 150e anniversaire de la parution de L´Origine des espèces ; - que vous soyez scientifique endurci(e) ou non.


[Illustration : Georges Braque Oiseau et son ombre]

Mercredi 18 mars 2009
- Par Bernard Olivier Lancelot - Publié dans : Politique/actualités - Voir les commentaires
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La Marche consulaire
Alain Duhamel (Plon, 2009, 260 pages, 20 €) est un ouvrage très oral. On imagine fort bien en le lisant Alain Duhamel lui-même, présent sur un plateau de télévision et se frottant les mains de satisfaction face au Président en personne. Sa thèse est simple : sans être Bonaparte, Nicolas Sarkozy a tout d´un bonapartiste du temps du Consulat  : il bouscule, il est autoritaire, il croit en son étoile, il réforme à tous crins, et piaffe d´impatience ; c´est un Bonaparte en frac, - et comme lui, il mène de front l´ordre et le mouvement, la rupture et la tradition. C´est sous cet angle qu´Alain Duhamel passe en revue les aspects de la politique tous azimuts du Président élu depuis bientôt deux ans, - et il est convainquant, même s´il se répète beaucoup trop dans sa démontration de faire de Nicolas Sarkozy un bonapartiste grand teint.   

Il commence avec raison par la réforme des institutions : loin d´accentuer la présidentialisation de la Ve République, il montre avec justesse que les droits du Parlement ont été élargis, n´en déplaise aux opposants de toujours ; c´est dire que les pouvoirs présidentiels sont désormais mieux encadrés.

Il passe ensuite à l´analyse de ce qu´il appelle son idéologie libérale. Alain Duhamel ne fait certes pas de Nicolas Sarkozy un idéologue, mais il voit en lui un ferme partisan du capitalsme renové et moral dans lequel la valeur travail est au premier plan. Les crises financière puis économique semblent avoir ruinées pour longtemps cette ambition. Nicolas Sarkozy ne reste pas moins volontariste ; la globalisation est inéluctable ; la France a la capacité d´y faire face ; il n´en reste pas moins que certaines de ses diatribes inconsidérées l´exposent à trois dangers : la contradiction, le nationalisme et le populisme.

Alain Duhamel
aborde ensuite la place que Nicolas Sarkozy assigne aux religions dans la société française : loin d´être périphériques dans sa pensée, elles sont depuis longtemps au centre de son action. Son livre consacré à La République, les religions, l´espérance en témoigne. Son engagement pour la naissance du CFCM (Conseil Français du Culte Musulman) aussi : c´est bien grâce à lui que ce Conseil a vu le jour. Dire qu´il met en cause les principes de la laïcité est lui faire un procès d´intention. Ce qu´il croit, c´est à la fonction intégratice des religions dans la société. Il parle donc davantage de religions que de la foi.

Viennent ensuite son volontarisme pour contrôler l´immigration ; ses efforts pour relancer le pouvoir d´achat ; l´assouplissement du contrat de travail afin de faciliter l´embauche ; l´encouragement fiscal aux heures supplémentaires ; sa volonté de doter la France d´une politique extérieure digne de son rang ; sa décision de replacer la France dans le commandemant intégré de l´OTAN. Mais Alain Duhamel n´est pas aveugle ; il voit nettement le défauts du personnage :l´étalage de sa vie privée, le goût du luxe, la dérive vers le populisme, la mise en scène de ses multiples descentes sur le terrain, les promesses inconsidérées, les formules grossières genre casse-toi pauv´ con ... Il n´oublie pas non plus ses maladresses dans l´affaire de l´Union pour la Méditerranée ou ses relations avec Angela Merkel.

Alain Duhamel se veut tout à la fois simple et exhaustif. Il ne cache pas son agacement   pour le personnage. Il ne passe pas non plus sous silence sa fascination. Il souhaite visiblement le voir réussir dans son désir désordonné de réformer tous azimuts la France qui en a bien besoin. C´est l´espoir d´un bon nombre de Français, qu´ils aient ou non voté pour lui. Manque cependant un chapitre. Il n´y a pas un mot sur la politique culturelle. On ne peut en vouloir au journaliste et éditioraliste Alain Duhamel ; en ce domaine, contrairement à tous ces prédécesseurs à la Présidence de la Ve République, Nicolas Sarkozy est quasi inaudible. L´ronie serait que Carla sa femme, devenue comme on dit "Première dame de France", lui donne le vernis nécessaire.

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Professeur francais retraité du Secondaire dans le système scolaire norvégien qui a effectué des remplacements à l´Université d´Oslo (UiO)  comme chargé de cours à tous les niveaux. 
Attaché linguistique / Lecteur itinérant ( reiselektor ) pendant cinq ans.

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