Ecrire un commentaire - Recommander - Communauté : Livres et souvenirs de lecture
La Collection Découvertes/Gallimard s´adresse autant aux adultes qu´aux adolescents. L´illustration est privilégiée, mais le texte n´est pas oublié, bien au contraire.
Court et précis, il met remarquablement en valeur le document sélectionné. La vie culturelle dans la France occupée, d´Olivier Barrot et Raymond Chirat (2009,
160 pages, 14,50 €) est a cet égard admirable. Il ne contient pas moins de 175 documents. Mais l´ouvrage montre aussi à l´évidence que pour être véritablement compris, le document doit être
commenté et replacé dans son contexte, ce que font à merveille Olivier Barrot et Raymond Chirat. C´est dire que l´illustration ne prend son sens que grâce au
texte qui l´accompagne. C´est aussi, en conséquence, une belle leçon qu´ils donnent à ceux et celles qui croient que d´être entré dans la civilisation de l´image dispenserait de lire.
Contrairement à ce que l´on croit savoir de cette époque qui s´efface inexorablement de la mémoire mais que l´Histoire n´a pas encore totalement digérée tant les zones d´ombres sont nombreuses,
la France de 1940 à 45 n´était pas coupée en deux, avec d´un côté ceux qui collaboraient et de l´autre ceux qui résistaient, mais bien plutôt en trois, avec au milieu l´immense
majorité qui, aux côtés de l´occupant, s´accomodait et composait ; - et qui, pour survivre, oublier et se distraire, fréquentait cinémas, théâtres et salles de concerts ; - ou dévorait ce que la
presse et les maisons d´édition laissaient paraître, ou que les ondes diffusaient.
Ce petit volume sans prétention est salutaire. Il replace dans son contexte ce que la plupart des jeunes ont sûrement du mal aujourd´hui à imaginer, et ce que les anciens cherchent sans doute à
ne pas trop rappeler.
À lire donc, pour mieux comprendre cette époque douloureuse, et garder en mémoire cette terrible dernière phrase de La Peste de Camus alors que la foule en
allégresse célèbre la victoire : Car [Rieux] savait ce que cette foule en joie ignorait, et que l´on peut lire dans les livres, que le bacille de la peste ne meurt ni ne
disparaît jamais, qu´il peut rester pendant des dizaines d´années endormi dans les meubles et le linge, qu´il attend patiemment dans les chambres, les caves, les malles, les mouchoirs et les
paperasses, et que, peut-être, le jour viendrait où, pour le malheur et l´enseignement des hommes, la peste réveilleraiet ses rats et les enverrait mourir dans une cité
heureuse".
Autre lien : - Le journal d´Hélène Berr
- Le liseur
- Feuillets d´Hypnos