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1) "Il y a plus de vérité dans les souvenirs que dans la notation quotidienne." (Roger Martin du Gard)

2) "L'enfance, c'est d'abord l'intensité." (Philippe Delerm)

3) "L'Art ne restitue pas le visible, il rend visible." (Paul Klee et Nathalie Sarraute)

4) "Il y a des jours où les citrouilles ne sont que des citrouilles." (Philippe Delerm)

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Nouvelles / Récits

Jeudi 17 septembre 2009
- Par Bernard Olivier Lancelot - Publié dans : Nouvelles / Récits - Voir les 2 commentaires
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Le Condor
, de l´Autrichien Adalbert Stifter (1805-1868), est sa première oeuvre. Elle date de 1841 (Edition Jacqueline Chambon, 1998, Traduction de J. Chambon, 47 pages, 5,20 €). C´est une courte nouvelle dans laquelle on trouve déjà, pour ceux qui connaissent un peu cet écrivain hors normes, tous les thèmes qu´il ne fera que reprendre et développer de livres en livres : le goût des espaces infinis, la rêverie face à la nuit, l´amour de la peinture, la place de l´Art dans l´épanouissement de l´individu, l´importance de fonder une famille et de laisser derrière soi une descendance, quelles qu´elles soient  : picturale, littéraire ou de leçons d´éducation comme dans L´homme sans postérité et plus encore dans L´Arrière-saison.


La nouvelle Le Condor a quatre chapitres intitulés chacun : Premier tableau - La nuit ; Deuxième tableau - Le jour ; Troisième tableau - Les fleurs ; Quatrième tableau - Les fruits. Ces titres sont hautement symboliques, ainsi que le titre de toute la nouvelle : le Condor est un aéronef qui s´élève dans les airs. À son bord, deux hommes et une femme, Cornelia, qui cherche, dans tous les sens du terme, à s´élever au dessus de sa condition de femme "sans renoncer pour autant à la vertu et à la féminité". À terre, un très jeune peintre amoureux d´elle, anxieux de la savoir dans l´aéronef.

La femme sera comme châtiée d´avoir voulu aveuglément "s´élever au-dessus de son sexe". Quant au peintre Gustav, il finira par être reconnu. Avoir sacrifié son amour pour sa seule peinture n´a donc pas été vain.

Autre lien : le site consacré à l´auteur.

Dimanche 23 août 2009
- Par Bernard Olivier Lancelot - Publié dans : Nouvelles / Récits - Voir les commentaires
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Je ne cherche plus vraiment à suivre l´actualité littéraire. C´est simple : l´attirance du vide ne m´attire plus. Mais je peux faire des exceptions. Je viens de terminer Les plaisirs difficiles de Mark Greene. (Seuil, 176 pages, 2009, 16 €). Je m´en félicite car ce recueil de huit nouvelles est celui d´un  véritable écrivain. Je ne peux que louer le jugement sain et convaincant
Olivier Barrot de l´émission "Un livre, un jour" de France 3, que diffuse depuis longtemps TV5Monde, et que je regarde pratiquement tous les jours

Les plaisirs difficiles est le troisième livre de Mark Greene. J´espère que d´autres suivront. Les narrateurs de chaque nouvelle ont en commun plusieurs traits ; - ce qui donne au recueil une évidente unité : la solitude, le désenchantement, voire une fêlure qui les empêchent de vivre pleinement le présent. L´atmosphère n´est cependant pas mortifère ; c´est dire que Mark Greene maîtrise son sujet.

À quelques exceptions près, les narrateurs sont dans la quarantaine et de la bonne bourgeoisie : avocat, journaliste, expert en systèmes de sécurité, juriste patenté, cadre que tout le monde considère et apprécie, joueur de tennis de circuits secondaires. N´empêche : une faille les habite. Tous, sans exception, errent à la recherche d´un passé révolu, d´un bonheur, - non pas tellement perdu -, mais qu´ils ont laissé échapper sans qu´ils arrivent à savoir pourquoi. Ce qu´exprime fort bien le narrateur de la nouvelle Comme beaucoup d´hommes avant lui :  " le sens de sa vie, ses propres motivations lui échapp[aient].


La fin de chaque nouvelle est toujours inattendue, abrupte à souhait. Je ne sais ce qu´il faut en penser. J´y vois autant du négatif que du positif, c´est-à-dire de l´inachevé non maîtrisé comme du désir de laisser au lecteur le soin d´imaginer une suite, ce qui est louable. Ce qui, en tout cas est patent, c´est le souci qu´a Mark Greene de conduire une intrigue bien ficelée. L´ombre de Siménon n´est pas loin. Peut-être même celle d´Emmanuel Bove dont les anti-héros, ratés de l´existence et divers laissés-pour-compte de la société sont toujours plus ou moins à la recherche d´amis qu´ils n´ont plus. À cela, s´ajoute la réussite de quelques belles formules de style. Je vous laisse juge de préférer les vôtres aux miennes.

Il y a, par ailleurs dans ces nouvelles, un fil rouge non négligeable qu´il me plaît de révéler ici :  celui d´explorer les temps morts de la vie. Le narrateur de la dernière nouvelle Tour Total l´exprime ainsi : "J´ai toujours aimé les intermèdes, les minutes consacrées au transport ou à l´attente (dans les cabinets d´un médecin, par exemple, ou, il y a longtemps - si longtemps que cela semble une autre vie - dans le car de ramassage du collège Guynemer, à Senlis ), ces moments où, débarrassé de sa mauvaise conscience, l´esprit à tout loisir de s´absenter, où l´imagination divague sans demander son reste".

Mark Greene a bien du talent. Il mérite d´avoir de fidèles et nombreux lecteurs. 

Dimanche 14 juin 2009
- Par Bernard Olivier Lancelot - Publié dans : Nouvelles / Récits - Voir les 1 commentaires
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J´attendais beaucoup de Courlande, le dernier Jean-Paul Kauffmann (Fayard, 2009, 300 pages, 19,50 €). La Maison du retour, publié en 2007, avait été un vrai bonheur, car les souvenirs et les impressions, évoqués avec pudeur et retenue, loin de paralyser l´ancien otage du Djihad islamique au Liban, nous faisait au contraire comprendre l´importance qu´il convient d´apporter à chaque instant du présent. Courlande exploite un peu la même veine. L´intensité est cependant moindre.

Les premières pages sont pourtant remarquables. Limpides et aérées, elles nous font palper sans réserve les sentations que les êtres, les paysages et les choses qu´il rencontre lui ont laissées : des êtres venus d´ailleurs, des ciels infinis, des paysages improbables, des châteaux en ruines, des conversations suspendues, des silences voulus ; bref, des riens qui sont essentiels, des éblouissements de détails, comme ceux que cherche à retenir le Stendhal des voyages en Italie.

Ce livre, en effet, est un voyage, ou plutôt la recherche d´une Mara canadienne originaire d´une Courlande mythique. Elle n´y a jamais mis les pieds. Mais tout, en elle, laisse entendre des secrets. C´est dire que ce livre est aussi une quête, celle d´un territoire longtemps impénétrable. Les Suédois, les Prussiens, les Nazis, les Soviétiques l´ont tour à tour occupé. Et avant eux, des nobles germano-baltes qui descendaient des chevaliers teutoniques, batisseurs de milliers de châteaux aujourd´hui presque tous en ruines. C´est aussi la recherche des traces du futur Louis XVIII qui y a séjourné à deux reprises alors qu´il était en exil.

 

Ce livre est curieux car il mélange des données historiques incontestables à des impressions les plus impalpables et des traces que plus personne ne cherche vraiment à retrouver, un peu comme ces "malgré-nous" alsaciens enrôlés de force dans la Wehrmacht et envoyés dans "la poche de Courlande", et dont les restes, disséminés un peu partout sur le sol de Courlande, sont recherchés par un insaisissable chercheur de tombes peu désireux d´étre retrouvé.

"Courlande n´est pas trop sûre de son existence"  remarque Kauffmann. Et il ajoute : "Vaguement consciente de la singularité de son passé, elle se contente de survivre à travers une identité, la Lettonie." Reste, en été, la blancheur des nuits, quand "le jour refuse (...) de s´incliner." Et la limpidité du style à la Stendhal, qui plane sur maintes pages. Ce n´est pas là son moindre mérite.

Lien complémentaire : - La Maison du retour du même Jean-Paul Kauffmann

Dimanche 31 mai 2009
- Par Bernard Olivier Lancelot - Publié dans : Nouvelles / Récits - Voir les 1 commentaires
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L´homme qui plantait des arbres
, de Jean Giono, est autant un conte qu´une nouvelle. Il date de 1953. On le trouve toujours chez Gallimard (2008 (1986), 34 pages, 8,50€). C´est une réussite totale qui allie le meilleur style qui soit, la maîtrise d´une pensée ample et généreuse et le plaisir le plus pur de conter. Cette histoire est d´autant plus prenante qu´elle aurait pu être vraie. Elle est celle d´un vrai conteur. En rendre compte juste après avoir présenté L´Eveil de la glèbe du Norvégien Knut Hamsun ne peut mieux tomber car Giono connaissait Hamsun l´écrivain. Il avait fort admiré L´Eveil de la glèbe, et n´avait pas manqué de souligner que le thème était identique à celui de Regain, paru en 1930 en France par la revue Commerce et traduit dès 1933 en norvégien par une grande dame de la littérature norvégienne, Cora Sandel (1880-1974).

Commandé pour la rubrique "Le personnage le plus extraordinaire que j´aie jamais rencontré" du magazine américain The Reader´s Digest, ce texte fait revivre les faits et gestes d´un berger de Provence, dans "cette région délimitée au sud-est et au sud par le cours moyen de la Durance, entre Sisteron et Mirabeau". L´homme de cette nouvelle est en fait sorti de la seule imagination de Giono. Mais il est si vrai qu´il est inimaginable qu´il n´ait pas existé. Et Giono lui-même dira de lui : "c´est un des mes textes dont je suis le plus fier".

Le narrateur, au début du récit, est un promeneur de vingt ans qui, un beau jour de juin 1913, fait "une longue course à pied (...) sur ces terres sans abri et hautes dans le ciel [où] le vent soufflait avec une brutalité insupportable".  Il y rencontre un berger solitaire qui l´héberge pour la nuit. Âgé de cinquante-cinq ans, il avait perdu son fils et sa femme. "Retiré dans la solitude (...), il prenait plaisir à vivre lentement, avec ses brebis et son chien. Il avait jugé que ce pays mourait par manque d´arbres. N´ayant pas d´occupations importantes, il avait résolu d´[y] remédier".

À défaut de bâtir, il plantait donc. Sans être pour autant vieillard octogénaire ...

Il s´appelait Elzéard Bouffier. Il commença par des chênes. C´était en 1910. Quand le narrateur le retrouve, deux ans après la fin de la guerre de 14 "il avait changé de métier. Il ne possédait plus que quatre brebis mais, par contre, une centaine de ruches. (...) Il ne s´était pas du tout soucié de la guerre. Il avait imperturbablement continué à planter".

Il ne se contentait plus de planter des chênes, il plantait aussi des hêtres, des bouleaux. Il se risqua même à planter des érables, mais ils moururent tous. Il revint donc "aux hêtres qui réussirent encore mieux que les chênes".

Miracle de la nature, l´eau se remit à couler. De nouveaux habitants s´installèrent. Des experts eurent vent de l´affaire. Une délégation administrative vint sur place. On fit des discours et l´un des personnages invités, sûrement plus important qu´expert, ne manqua pas de déclarer cette forêt naturelle. Goguenard, Giono ajoute :"On décida de faire quelque chose, et heureusement, on ne fit rien, sinon la seule chose utile : mettre la forêt sous la sauvegarde de l´Etat et interdire qu´on vienne y charbonner".

Giono fait mourir Elzéart Bouffier paisiblement en 1947 à l´hospice de Banon à quatre-vingt-neuf ans. Il "ignora[a] la guerre 39 comme il ignora la guerre de 14". Pour qui connaît un peu Giono, il y a dans ce planteur imaginaire et solitaire comme un air de Déserteur avant la lettre.

En 1913, le hameau près duquel Elzéart Bouffier plantait n´avait que dix à douze maisons et comptait trois habitants. En juin 1945, il en avait vingt-huit. Aujourd´hui, Vergons est un village qui en compte un peu plus de cent. Une de ses rues a pour nom Elzéart Bouffier.

"Quand on se souv[ient] que tout était sorti des mains et de l´âme de cet homme - sans moyens techniques - on compren[d] que des hommes peuv[ent] être aussi efficaces que Dieu dans d´autres domaines que la destruction". On peut aussi imaginer que pour laisser aux hommes une telle réussite - tant pour le personnage Elzéart Bouffier que pour Giono lui-même - il leur "a fallu vaincre l´adversité".



                                                             ***

Liens complémentaires possibles :

 - La Maison du retour de Jean-Paul Kauffmann
   - L´Acacia de Claude Simon

     - L´Herbe du même Claude Simon 
       - Et même : Un octogénaire plantait ... de Jean de la Fontaine

Lundi 11 mai 2009
- Par Bernard Olivier Lancelot - Publié dans : Nouvelles / Récits - Voir les commentaires
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Le bruit du temps
, d´Ossip Mandelstam (Bourgois, coll. Titres, 2006, 156 pages, 6 €) est un recueil de quatorze esquisses autobiographiques écrites entre 1922 et 1925 alors que le poète, supportant mal la Révolution - et délaissant provisoirement la poésie - se sentait vieux, bien que seulement dans la trentaine.

Ce n´est pas tant l´enfant et le jeune adolescent qu´il cherche à retrouver, mais la ville de Saint Petersbourg fin de siècle au tournant des années 1900. Sont donc scrutés ce qu´il estime était la raison d´être de la ville : des concerts provinciaux, des bibliothèques petites-bourgeoises, des promenades dans le jardin d´Eté, les nurses françaises d´un autre âge, le chaos judaïque du quartier juif, l´institut Ténichev célébrant avec cérémonie des gloires littéraires éteintes depuis longtemps ... ;  
et d´autres lieux ;  et diverses célébrités de la vie musicale, artistique et littéraire de l´époque, largement oubliées aujourd´hui, mais qui ont fait la renommée de Saint Petersbourg, de ses environs immédiats comme Pavlovsk ; - ou un peu plus lointains comme Vyborg. La part personnelle est réduite au maximun. Ce qui intéresse Ossip Mandelstam n´est visiblement pas lui-même, mais "le bruit du temps" qui rendait la ville universelle, et que la Révolution est en train d´anéantir au moment où il écrit. La nostagie est cependant absente ; - ce qui rend ce recueil si poignant de tristesse et de rage contenues.

Comme il l´écrira plus tard dans Le Siècle, après avoir retrouvé la veine poétique :

    Les bourgeons vont s´enfler encore,

    Les jeunes pousses jailliront.

    Hélas ! on t´a rompu l´échine,
    Mon beau, mon pitoyable siècle.
                Poèmes 1921-1928 in Tristia et autres poèmes, Poésie/Gallimard

Une belle préface ouvre l´ouvrage ; elle est signée Nikita Struve. Suivent, de la traductrice Edith Scherrer, de très nombreuses notes, plus savantes les unes que les autres. 

Ces esquisses autobiographiques sont émouvantes : ce sont celles d´un poète écartelé entre deux siècles que rien ne pourra ressouder :

     Siècle mien, brute mienne, qui saura

     Plonger les yeux dans tes prunelles

     Et ressouder avec son sang

     Les vertèbres des deux siècles ?

              ibid., Le Siècle

[Illustration : La Néva à Saint Petersbourg]

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Qui suis-je ?

Professeur francais retraité du Secondaire dans le système scolaire norvégien qui a effectué des remplacements à l´Université d´Oslo (UiO)  comme chargé de cours à tous les niveaux. 
Attaché linguistique / Lecteur itinérant ( reiselektor ) pendant cinq ans.

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