Présentation

Recommander

Citations

1) "Il y a plus de vérité dans les souvenirs que dans la notation quotidienne." (Roger Martin du Gard)

2) "L'enfance, c'est d'abord l'intensité." (Philippe Delerm)

3) "L'Art ne restitue pas le visible, il rend visible." (Paul Klee et Nathalie Sarraute)

4) "Il y a des jours où les citrouilles ne sont que des citrouilles." (Philippe Delerm)

Souvenirs d'adolescent

Vendredi 21 septembre 2007 5 21 /09 /2007 12:38
- Par Bernard Olivier Lancelot - Publié dans : Souvenirs d'adolescent - Voir les commentaires
Ecrire un commentaire - Recommander - Communauté : Livres et souvenirs de lecture
[ IV ] - En juillet 1957 et 1958 j´ai vécu à Stuttgart des journées ordinaires d´un touriste de 13-14 ans avec pour guide mon correspondant allemand de 16-17 ans et quelquefois sa mère. En août  des deux mêmes années les rôles étaient inversés. J´étais guide à Paris ;  ma mère et ma soeur nous accompagnaient parfois. 
ArcDeTriomphe.jpg
J´ai ainsi peu à peu compris pourquoi Paris est depuis des siècles une ville que les étrangers ou les provinciaux qui l´ont habitée ont vantée et pourquoi les  touristes du monde entier désirent la visiter.

Enfant, j´avais découvert ma rue, laplace du coin, et  plusieurs rues très proches ou un peu plus lointaines pour les avoir systématiquement explorées à pied ou à vélo, émerveillé par le travail que les commercants et les artisans effectuaient tous les jours de la semaine, y compris le dimanche pour certains. Et presque simultément, dès l´âge de 5 ans et demi, le métro de Paris, même si je savais à peine lire. Avec mon correspondant Peter, j´ai commencé à explorer systematiquement le Paris touristique.

Je me suis contenté, la première année, des monuments les plus classiques. Je suis donc monté pour la seconde fois de ma vie au sommet de la Tour Eiffel, ai contemplé pour la première fois Les Champs Elysées du haut de l´Arc de Triomphe et ainsi de suite pratiquement tous les jours. L´expression de "plus belle avenue du monde" pour qualifier Les Champs Elysées m´énerve un peu car ce sont surtout les Francais qui l´utilisent. Mais il faut avouer que du haut de l´Arche de la Défense construite beaucoup plus tard  par volonté autant politique que culturelle et architecturale de Francois Mitterrand, président de la République, la vue sur plusieurs kilomètres est exceptionnelle. On découvre, au delà de l´Avenue de la Grande Armée, l´Arc de Triomphe, les Champs Elysées, l´Obélisque de la Place de la Concorde et pour finir l´Arc de Triomphe du Carrousel. Et derrière, quelques belles collines boisées dont j´ai oublié le nom. Beaucoup de capitales européennes parlent de "Champs Elysées" pour parler de leur artère principale. J´en ai vues quelques unes. Aucune n´a la longueur et la magnificence des vrais Champs Elysées. Les quartiers Est et Nord de Paris ne sont guère attrayants, et certains ont longtemps été sordides. Mais plusieurs autres quartiers montrent clairement qu´il n´y a pas à Paris que des monuments : les urbanistes ont autant mis en valeur Paris que les architectes.  Reste que pour moi, ce qu´il y a de plus beau à Paris sont la Sainte Chapelle et la Place des Vosges.

Nous avons évidemment aussi parcouru certaines salles du Louvre que j´avais découvertes quelques années auparavant grâce à un enseignant qui avait consacré certains jeudis matins à nous montrer quelques chefs-d´oeuvre de l´art égyptien, grec et latin ainsi que d´autres du Moyen-âge francais et de la Renaisssance en rapport avec notre programme d´histoire. Mais Peter avait une meilleure connaissance des Impressionistes francais que moi. C´est donc avec lui que j´ai commencé à  mieux les connaître en arpentant le musée du Jeu de Paume et la salle circulaire où les Nymphéas de Monet sont exposés. Le Musée d´Orsay n´existait pas encore. Mais Peter savait aussi chercher à connaître ce qui n´était pas forcément décrit dans l´Officiel des spectacles. C´est donc avec lui que je suis entré pour la première fois dans une ou deux galeries de tableaux, notamment en sortant de la maison que Victor Hugo possédait sur la Place des Vosges. Je crois que c´est avec lui que j´ai retenu le nom de Kahnweiler.

La deuxième année, ma soeur, ma mère, lui et moi avons utilisé les samedis ou les dimanches, - et je crois une fois un week-end -, à visiter avec les services de cars de la RATP ( = Régie Autonome des Transports Parisiens) des lieux assez loins de Paris. Je ne me souviens que des Châteaux de la Loire ; je sais pourquoi. J´avais appris à les connaître et à les apprécier en visitant systématiquement avec ma soeur ceux qui se trouvaient à proximité de la petite ville deMer dans le Loir et Cher.  Quant aux après-midi de la semaine, j´ai cherché à faire découvrir à mon correspondant allemand des monuments, des musées et des lieux qui sortaient un peu des sentiers battus, comme par exemple le Musée Carnavalet ou les catacombes. Ce dont je me souviens le mieux reste cependant la visite des égouts des Paris. J´avais commencé à lire au mois de juillet 1958 à Stuttgart Les Misérables de Victor Hugo. Ce qui énervait beaucoup Peter, car il estimait que j´aurais dû lire des auteurs allemands. De retour à Paris, j´ai eu envie de me rendre compte de visu comment Jean Valjean pouvait traverser les eaux sales en portant sur ses épaules le corps sans vie de Marius, et échapper ainsi aux policiers et au zèle de Javert. Autant dire que je n´ai rien vu de tout ca. C´est bien plus tard que j´ai compris que la puissance des images que la lecture laissait, venait autant des mots utilisés par l´écrivain que de l´imagination du lecteur.

Les visites terminées, on se rendait de moins en moins directement chez moi. Peter reprenait l´intiative. Il choisissait une terrasse de café et commandait deux bières, deux demis, deux pressions, éventuellement deux panachés ou deux Kronembourg. Il variait les commandes autant pour enrichir son vocabulaire qu´apprécier ou critiquer les bières francaises.On donnait des notes aux femmes qui passaient. 2 sur 20 pour celle-là. 14 pour une autre. Ce n´était pas encore l´époque des mini-jupes. On ne pouvait donc voir le haut ou le milieu des cuisses. On se contentait de l´allure générale, du visage ou de la grosseur des seins. Il notait soigneusement les expressions que je connaissais. "Beau balcon. 13 ! - "Oh Non ! 8... "Quel boudin ! 4 "- "Celle-là a du chien" - "Pas tellement".

En Allemagne et en allemand, Peter aimait enjôler son monde. Il a même une fois avec un certain succès réussi à se jouer en francais de deux policiers allemands serviables. A Paris, il n´en était pas de même. De mon côté, je n´avais ni son bagou, ni son aisance. Mais je commencais à bien me débrouiller en allemand et j´aimais parler allemand avec lui aux terrasses des cafés, sans doute pour mieux faire passer mon jeune âge aux yeux du Garcon à qui nous commandions les bières. En revenant de la Place du Tertre, nous nous sommes assis à une terrasse devant laquelle passait des centaines de gens de toutes les nationalités et de toutes les couleurs. Les notes et les évaluations que nous donnions étaient en allemand. Arrive le Garcon pour encaisser les consommations.  Je n´avais pas l´appoint. Je prends les pièces de Peter et sors un gros billet de mon portefeuille. D´un geste très professionnel, le Garcon escamote le billet, jette négligeamment deux ou trois piécettes sur la table et déclare en déchirant le ticket de caisse : -"Le compte est bon !" Marchander ou embobinner mon monde n´a jamais été mon fort. Mais dès l´âge de 6-7 ans j´ai su compter la monnaie que l´on me rendait surtout si le commercant se trompait en ma faveur. Le cordonnier de la rue Beaugrennelle ou le russe épicier presqu´aveugle en savaient quelque chose. Si j´avais commandé cette bière seul, j´aurais peut-être été moins vif à réagir. Le Garcon s´est excusé en jurant de sa bonne foi ; et a rajouté aux piécettes qui se trouvaient déjà sur la table le billet manquant. J´ai alors expliqué en allemand à mon correspondant que le montant du pourboire était à l´appréciation du consommateur. J´ai senti ce jour-là que j´étais devenu un adolescent qui pouvait commencer à consommer seul autre chose qu´une menthe à l´eau. ( ... / ... . A suivre, Cf V )

Jeudi 20 septembre 2007 4 20 /09 /2007 08:39
- Par Bernard Olivier Lancelot - Publié dans : Souvenirs d'adolescent - Voir les commentaires
Ecrire un commentaire - Recommander - Communauté : Livres et souvenirs de lecture
[ Suite III ] - J´ai oublié quel métier la mère de mon corespondant allemand pouvait exercer. Mais avait-elle un métier ? Je l´ignore. Elle pouvait après tout être uniquement femme au foyer, recevoir une pension de veuve et toucher quelques dividendes. Aucune des mères de mes camarades de classe que j´avais pu rencontrer au  Lycée Janson de Sailly ne travaillait. Il pouvait en être de même pour elle. 
mini-stuttgart-neues-schloss1.jpg
Peu importe : salariée en congés annuels ou pas, cette mère allemande, durant les deux fois un mois de juillet où j´étais à Stuttgart, consacrait toutes ses journées à s´occuper de sa grande maison, de sa famille et de moi, sauf certains soirs où elle allait rejoindre une chorale pour chanter . Elle était aussi occcupée que la grand-mère du foyer, mais, dans sa maison, elle se déplacait d´une manière plus silencieuse. 

Ma mère n´aimait pas faire la cuisine. Ce qu´elle faisait le mieux, c´était d´ouvrir les huîtres. J´ignore totalement si Madame Hangleiter aimait ou non faire la cuisine, mais préparer la table était son activité tôt le matin avant notre lever, ainsi que le soir une heure ou deux avant le coucher. Je l´ai vue un soir m´ apporter une omelette, et c´était la première fois que je voyais une omelette si bien présentée. Sans le dire, je pense souvent à elle quand je m´en fais une.  

Ce que je trouvais tous les jours sur la table de la salle à manger n´avait rien à voir avec ce que j´avais l´habitude de trouver chez moi. Le ryhme comme le choix étaient totalement différents. Le petit déjeuner francais, très peu consistant, est souvent pris en quelques minutes, surtout les jours ouvrables. Ce n´est qu´en hôtels que j´ai vu des croisssants durant la semaine. Ou le dimanche en famille ; éventuellement durant des vacances les jours de semaine. Enfant, ma mère ou ma soeur m´envoyait les chercher au coin de la rue Beaugrenelle. Adulte, j´allais  les chercher sans y être prié, autant pour remercier mon ou mes hôtes de leur hospitalité, que, dans d´autres circonstances, par coquinerie.

Ce que je trouvais matin et soir à Stuttgart en ces mois de juillet 1957 et 1958, me révélait certes des habitudes alimentaires différentes ; mais au-delà, je découvrais un cérémonial familal totalement différent : chaleureux, simple, et fait pour permettre à chacun d´entamer une nouvelle journée du bon pied. Je n´ai pas une connaissance approndie de beaucoup de pays, mais ce n´est qu´en Norvège que j´ai retouvé un rythme et une chaleur analogues. La table était soigneusement garnie avec un assortiment de pains noirs plus délicieux les uns que les autres coupés en tranches fines, des tomates et des oeufs durs coupés en tranches ou pas, différentes charcuteries fines coupées en lamelles que l´on saisissait avec une petite fourchette à deux dents ; et quelquefois, divers poissons séchés. Au choix, du thé, du café, du lait froid dans un pot, du jus d´orange. Peter, mon correspondant, faisait honneur à tout, et commentait en francais ou en allemand la saveur des tomates, la manière de les disposer selon qu´elles avaient été coupées en rondelles ou en bateaux, ou le pâté surmonté d´un petit cornichon. C´était délicieux. La mère de mon correspondant ne mangeait pas beaucoup, mais dirigeait la conversation autant qu´elle y participait. La grand-mère suivait tous nos gestes et pouvait elle aussi y aller de son commentaire quand on revenait à l´allemand. La tante Lothe, du haut de son mètre trente ou quarante, droite sur sa chaise, mangeait comme quatre. La soeur aînée de mon correspondant était rarement là. L´ambiance était alors totalement différente. J´ai rapidement senti, à défaut de tout comprendre, que l´on désapprouvait autant ses absences que sa présence. Elle arrrivait souvent après les autres et quittait la table la première. Elle vit depuis plus de quarante ans en Italie et envisage depuis peu de rentrer en Allemagne. Elle n´a pas pris cette décision en toute gaieté de coeur.

L´assortiment et le cérémonial du soir étaient plus simples et plus rapides. Chose curieuse : je ne me souviens pas du repas principal, ni à quelle heure il était pris. Il faut croire que ce petit déjeuner était suffisamment consistant pour qu´il me permette de tenir toute la journée et d´oublier le déjeuner à la francaise. Il n´empêche que le soir, j´aurais aimé avoir devant moi autre chose que ce que je trouvais le matin. On a dû s´en apercevoir, car j´ai trouvé une fois un carré de camembert coulant très légèrement. On me fit comprendre que c´était spécialement pour moi ; et pour être sûr que je me serve, la mère de mon correspondant a rapproché l´assiette au camembert près de moi. Horreur ! Un ver blanc s´est mis à se tortiller quand j´ai voulu me couper un morceau. Personne n´a crié. L´effort de me servir d´autres délikatesses francaises n´a plus jamais été renouvelé. De mon côté, je n´ai plus cherché à montrer un quelconque désappointement. Je crois qu´on s´en est apercu. J´ai toujours apprécié les bonnes manières de table, tout en évitant de croire que celles que j´ai apprises enfant sont les meilleures.

En dehors des heures de repas, nous passions nos journées, mon correspondant et moi, - ainsi que quelquefois sa mère -, à visiter les monuments de la ville de Stuttgart ainsi que les environs immédiats. Je ne me souviens à vrai dire de rien. Je ne vois donc pas l´utilité de chercher artificiellement à me remémorer la facade Nord ou Sud d´un château l´autre ou le détail d´un portail d´église en ressortant un album de photos sans intérêts vieux de plus de quarante ans. Ni de, etc... . 
PeterTourTV.jpg
Deux photos en revanche m´ont permis de revivre la malice et le bagou de mon correspondant Peter.
PeterParapluie.jpg
 Dépassant les 1 mètre 80, il était charmeur et le savait. Lunettes noires cachant ses yeux rieurs et pétillants, le col de chemise ouvert sous une gabardine bien coupée qui s´arrêtait un peu au-dessous des genoux, un parapluie utilisé comme un canne à pommeau, il avait lié conversation avec deux belles jeunes filles au sommet de la Tour de Télévision de la ville de Stuttgart. Il avait 16 ou 17 ans. Je n´avais que 13 ou 14 ans. Mon âge, ma timidité, ma taille, mon allemand ne me permettaient pas de le suivre. Je ne l´ai jamais envié, mais j´ai souvent admiré sa faconde enjouée.  L´exemple suivant en est la preuve. Autant que charmeur, Peter était farceur et joyeux luron. Il me demanda un jour d´été resplendisssant de faire croire que nous étions tous les deux des Francais perdus dans la ville de Stuttgart  ne connaissant aucun mot d´allemand. Arrivent deux policiers. Il les accoste et explique d´un seul mot qu´il répète une ou deux fois le nom du monument que nous voulons visiter. Serviable, l´un des policiers sort d´une poche un plan de la ville, indique où nous sommes et explique comment s´y rendre. A pied ou en tramway ?  Mon correspondant s´amuse comme un grand fou, et moi aussi. Il fait visiblement durer le plaisir. Arrivent deux Francais parlant bien allemand désireux d´aider. Peter ne se démonte pas. Au contraire. Il se met à parler francais avec volubilité. Son accent allemand est peu prononcé, mais enfin, il a un accent. Les deux Francais  ne mettent pas longtemps à comprendre la supercherie. Ils jouent le jeu : francais avec nous, allemand pour les deux policiers ; sourires retenus tant bien que mal en direction de Peter, clins d´oeil furtifs vers moi. Je m´enhardis et dis quelques phrases. Puis, je commence à percevoir chez l´un des policiers un regard soupconneux. J´hésite un peu, hoche la tête, et, en signe d´assentiment ,répète deux ou trois fois : " Compris ! Compris !" Le monument que Peter avait choisi de visiter se trouvait à l´autre bout de la ville. Nous sommes partis dignes en remerciant et les policiers et les Francais. Quand nous nous sommes retournés, les policiers allemands avaient disparus. Peter m´a envoyé un joli coup de coude dans le bras, et ne sais aujourd´hui si ce geste signifiait qu´il était content de lui ou mécontent de moi. 

Quand deux ou trois semaines plus tard, Peter et moi, nous nous sommes trouvés à Paris et que c´était moi qui étais  guide, j´ai refusé de jouer le même jeu en allemand. Mais j´avais pris goût de boire des bières pression à la terrasse des cafés de Stuttgart.  A Paris, je pouvais moi-aussi les commander. ( ... / ...  à suivre. Cf IV )
Mardi 18 septembre 2007 2 18 /09 /2007 10:43
- Par Bernard Olivier Lancelot - Publié dans : Souvenirs d'adolescent - Voir les commentaires
Ecrire un commentaire - Recommander - Communauté : Livres et souvenirs de lecture

[ Suite II ] - Mon entourage familial francais était uniquement composé de femmes : essentiellement ma mère et  ma soeur ; quand j´étais petit, une grosse femme de ménage qui sentait le pipi, ; quelquefois une cousine Madeleine ; et pendant quelques années, une jeune locataire prénommée Huguette qui a failli brûler vive quand j´ai mis le feu à ce qui a été et restera toujours l´appartement de mon enfance.

stuttgart-schlossplatz-copie-1.jpg [ Stuttgart : Schlossplatz ]
La famille de mon correspondant allemand que j´ai connue pendant les deux fois un mois que j´ai passés chez  elle à Stuttgart, était comme la mienne : il n´y avait que des femmes.
LesHangleiter.jpg  
La mère, Margrethe ; une soeur plus âgée de trois ou quatre ans que mon correspondant Peter et prénommée Ellen ; une tante Lothe qui faisait dans les 1 mètre 30 - 1 mètre 40 et marchait un peu comme un canard ;  - et une grand-mère impressionnante de maintien digne qui ne se déplacait qu´avec sa canne, martelant le plancher quand elle devait quitter le tapis pour passer d´une pièce à l´autre. J´ai oublié si c´était la grand-mère maternelle ou la grand-mère paternelle. Mais elle régissait tout son monde avec autorité. J´avais rencontré à Paris ou en province, en fréquentant quelques camarades de classe, deux ou trois grand-mères. Toutes étaient petites et menues, plus ou moins effacées et timides, rampant en silence dans les pièces des appartements ou des maisons qu´elles occupaient avec leur petit-fils quand j´y étais, et ne disant pas grand chose. Le pas et la canne de cette grand-mère résonnaient du matin au soir ; sa voix, sans être tonitruante, était forte. Je ne me souviens pas qu´on lui ait tenu tête. Son regard inquisiteur suivait tout ce que l´on pouvait faire. Et un jour que mon correspondant Peter se plaignait du prix qu´il avait dû payer pour faire ressemeler ses chaussures, elle lui répondit : "Quelle idée aussi d´avoir de si grands pieds !"

Leur maison, accrochée au flanc d´une pente sur les hauteurs de la ville, avait deux ou trois étages. Un petit jardin tout en long, planté de quelques arbres, occupait la pente en descendant. On pouvait gagner leur maison soit par l´entrée principale qui donnait sur la rue, soit par le long jardin en pente. Pour l´entrée principale, on prenait un  tramway qui faisait un immense détour à travers les hauteurs. Pour l´entrée par le jardin, il fallait prendre un autre tramway à la fréquence plus rare et remonter tout le jardin raide et pentu. Peter ne prenait jamais le tramway du bas. Je l´ai défié un jour. Il était sûr de gagner. Je me suis mis à courir pour ne pas perdre. C´est tout essoufflé et rouge comme une pivoine que je lui ai ouvert. "Tu as triché !" Je ne lui ai jamais dit que si je m´étais mis à marcher si vite puis à courir, c´était parce qu´un besoin pressant me tenaillait le ventre. 

Stuttgart2.jpg
De la baie vitrée de la salle de séjour, on pouvait voir à travers les arbres du jardin de sa maison et ceux des maisons en contre-bas, toute une partie de la ville de Stuttgart. J´ai toujours apprécié les toits de Paris vus du haut de l´Arc de Triomphe de la Place de l´Etoile ou d´un des étages de la Tour Eiffel. Mais je ne pouvais les contempler que quelques minutes à chaque fois. Les arbres et le sommet des maisons ou des bas immeubles de la ville de Stuttgart que pouvaient contempler la mère ou la grand-mère de mon correspondant étaient peut-être plus ordinaires et moins poétiques, mais ils pouvaient êtrevus toute l´année selon les couleurs changeantes des saisons.

Ma mère ne me parlait pratiquement jamais de mon père. Durant les deux fois un mois où j´ai été à Stuttgart, personne non plus ne parlait de l´absent de la famille. Mais il était évident que sa présente hantait les murs de la maison, et que la plupart des gestes et faits de toutes les femmes révélaient qu´on ne l´avait pas oublié. La teneur de l´absence que j´ai cependant peu à peu ressentie était différence de celle qui imprégnait l´appartement de mon enfance.

La mère de mon correspondant était une femme beaucoup plus jeune que la mienne. Elle se prénommait Margrethe, mais je l´appelais Madame Hangleiter. Mince, élégante, elle était toujours très bien coiffée. Ses cheveux, ni longs ni courts, étaient blonds avec des reflets noirs qui donnaient au maintien de sa tête un air qui montrait qu´elle savait qu´on avait dû la regarder autrefois quand elle se déplacait seule, ou au bras de son mari. Ses vêtements étaient simples, mais montraient qu´elle avait du goût. Sans être recherchés, ses vêtements l´habillaient. Son regard était cependant un peu éteint. Un peu comme celui de ma mère, et pourtant, éteint différemment. Ma mère était ma mère. Je ne me posais guère de questions, et surtout pas celle de la non-présence d´un homnme à la maison. Mon père me manquait, mais le veuvage de ma mère était une évidence, une donnée immédiate de ma conscience.  Elle, comme moi-même, considérait ce point comme un acquis. Elle m´avait eu alors qu´elle n´était déjà plus très jeune. Quand j´ai eu 13-14 ans, ma mère n´était pas encore grand-mère, mais elle était une mère qui se savait depuis longtemps femme d´un certain âge. La mère de mon correspondant, au contraire, avait beau être veuve depuis quinze ou vingt ans, elle était une femme encore jeune.

J´étais à l´âge de la puberté et ma sexualité s´éveillait. Je me souviens m´être posé la question de savoir si son veuvage lui pesait. Notamment certaines fins d´après-midi ou certains soirs où elle s´habillait pour sortir et aller au concert ou gagner sa chorale. J´ignore totalement si elle sortait seule ou avec des amis. Mais la musique jouait un rôle évident dans sa vie. Ou plutôt le chant. Je ne me souviens pas l´avoir entendue souvent jouer du piano à queue qui se trouvait dans l´une des pièces de leur grande maison de deux ou trois étages. Mais elle faisait partie d´une chorale relativement renommée qui faisait des tournées à l´étranger. C´est lors d´une des tournées de sa chorale à Paris et dans diverses villes des provinces francaises qu´elle a rencontré ma mère. Celle-ci a tellement bien fait les choses que je me souviens très bien de la gêne de la mère de mon correspondant : Zizi Jeanmaire au Casino de Paris, et restaurant aux chandelles après. A moins que ce ne fût Line Renaud aux Folies Bergères. L´une ou l´autre levait la jambe en cadence en se posant et reposant sur la tête un petit chapeau claque à chaque fois que l´une de leurs jambes en bas noirs ajourés était en l´air. Cela n´avait rien de coquin. C´était pour moi ridicule. C´est la seule et unique fois de ma vie que j´ai vu des bas noirs ajourés qui moulaient cuisses et mollets. C´est dire que la culture musicale de la mère de mon correpondant allemand n´avait pas grand chose à voir avec celle que ma mère n´avait pas. Le Paris des touristes n´est pas comparable au Stuttgart des mélomanes.

L´ordinaire de mes journées en Allemagne durant mes deux séjours à Stuttgart étaient heureusement plus simples. ( ... / ... à suivre. Cf III )

  

  
 

Lundi 17 septembre 2007 1 17 /09 /2007 09:08
- Par Bernard Olivier Lancelot - Publié dans : Souvenirs d'adolescent - Voir les commentaires
Ecrire un commentaire - Recommander - Communauté : Livres et souvenirs de lecture

Stuttgart1.jpg
[ I ] - C´est à la fin de ma quatrième que je me suis rendu pour la première fois en Allemagne. Je faisais donc de l´allemand depuis un an, avec comme professeur un homme au nom qui prêtait à rire mais excellent pédagogue, M. Coquin. Il venait au Lycée Janson de Sailly à vélo, les jambes de son pantalon attachées de pinces pour éviter qu´elles ne se coincent dans la chaîne. Sa tête était inmanquablement coiffée d´un béret enfoncé suffisamment profond qu´on ne voyait que le lobe des oreilles. Les jours froids d´automne et durant tout l´hiver, - ainsi que les jours de pluie au printemps -, il était emmitouflé d´une immense garbardine sans forme qui lui descendait jusqu´aux chevilles. Il entrait par la porte principale de La Rue de la Pompe, réservée aux professeurs, aux visiteurs et aux parents convoqués ou non. J´ignore où il déposait son vélo, mais quand, sautant allègrement de sa drôle de machine, il enlevait ses pinces de cycliste et poussait l´imposant portail du Lycée,son vélo à sa droitre, les passants ne pouvaient s´empêcher d´esquisser un sourire, moi le premier. Plus tard, j´ai associé son allure à celle d´Alfred Jarry. 
[ Ci-contre : Une place du vieux Stuttgart ]

Il parlait couramment quatre ou cinq langues. Il travaillait également pour la police comme interprète. Sa voix profonde et puissante accentuait les sonorités gutturales de l´allemand. Mais il chuintait les "g". Certains mots de son vocabulaire était à la mesure de son nom et de son accoutrement : il ne parlait pas de "programme" mais de "pensum". Il nous expliquait la grammaire allemande en faisant régulièrement référence à la latine. Il ne tolérait aucun manquement à la discipline. Je me souviens notamment du cours qu´ un de mes camarades avait troublé deux ou trois fois alors qu´il avait le dos tourné. Excédé, il s´était retourné vivement pour démasquer le gêneur. Mais il n´a pu que déterminer la direction. Il a alors exigé que le coupable se dénonce lui-même. Devant notre silence il nous a expliqué que le fauteur de troubles avait pour obligation de se dénoncer et que son devoir d´enseignant était de le sanctionner. Et qu´il ne reprendrait pas son cours avant. Pour que tout soit clair, il a alors précisé ce que serait la sentence : quatre heures de retenue. Le coupable a fini par se dénoncer, sentant certains regards se tourner vers lui. La sentence annoncée  est tombée comme un couperet : quatre heures de retenue. Ce qui a suscité le murmure puis la désaprobation d´un ou deux de mes camarades capables de prendre la parole pour défendre l´un des nôtres. Il s´était dénoncé de lui-même, il méritait une clémence. Ce que notre professeur a aussitôt refusé. Je ne peux oublier sa réponse : "Que X se soit dénoncé est à mettre à son crédit, mais mon rôle de maître de discipline est de le punir. Je ne peux me dédire".

Cela dit, les cours de M. Coquin étaient d´une rigueur et d´un immense intérêt. Malgré notre très jeune âge et nos connaissances rudimentaires d´allemand, il ne se contentait pas de nous enseigner la langue. Il parlait d´histoire, de culture et de littérature. Notre manuel avait le poème fort connu du Roi des Aulnes de Goethe. Je me souviens encore avec émotion de son explication du poème et de sa scansion pour nous faire comprendre la voix venant de la forêt bruissante de vent que percoit l´enfant malade, délirant et grelottant de fièvre dans les bras du père: " Mein Vater, mein Vater, und hörest du nicht. / Was Erlenkönig mir leise verspricht ?" , - et la chute brutale du poème : " In seinen Armen das Kind war tot". (1-2/2- 2/2)

C´est pendant cette année de quatrième et dès cette première année d´allemand que j´ai souhaité aller en Allemagne. Depuis que je faisais de l´allemand, ma soeur avait cité une fois ou deux la phrase de la mère d´une de ses camarades de classe entendue enfant avant la guerre : " Il est nécessaire d´apprendre la langue de l´ennemie", sans savoir ce que ma soeur entendait en me citant cette phrase. Je n´ignorais évidemment pas que l´Allemagne et la France s´étaient livrées à des guerres sans merci. Mais ce que je découvrais aux cours de mon professeur d´allemand M. Coquin était tout autre. Je commencais par ailleurs à m´éveiller à la rumeur politique du monde. Dire que j´ai eu à partir de cet âge une conscience politique serait totalement faux, mais certains mots comme certains noms commencaient à tinter à mes oreilles comme ceux de  communiste, sale juif  ou Pierre Mendès-France. En me rendant un dimanche matin  à Versailles avec ma soeur et ma mère pour passer toute la journée chez nos meilleurs amis, Paul et Suzanne, j´avais été témoin d´une manisfestation concernant la C.E.D. ( = La Communauté Européenne de Défense). Etait-ce une manifestation en sa faveur ou au contraire contre ? Je l´ignore totalement aujourd´hui. Si elle était pour la C.E.D., elle était sans doute un soutien pour la position de Mendès-France. Si elle était contre, elle était, au choix, organisée par les communistes ou les gaullistes. Je n´avais que 12 ou 13 ans, et les subtilités politiques de l´époque m´échappaient totalement. Mais je me souviens que ma soeur, tout en marchant à mes cotés, trouvait prématurée de penser au "réarmement de l´Allemagne", pour reprendre ses mots. J´ ai ensuite entendu un second commentaire laconique, mais ne peux me souvenir s´il  émanait de ma mère ou à nouveau de ma soeur : " C´est dans l´ordre des choses". Comme d´habitude je n´ai fait aucun commentaire. Je me suis contenté d´ écouter et d´enregistrer. Mais mon désir de passer mes vacances d´été à la fin de ma quatrième était grandissant.

J´ignore ce que ma mère et mon professeur d´allemand M. Coquin ont pu se dire, mais l´été de cette année-là, j´ai passé le mois de juillet à Stuttgart, et mon correspondant Peter le mois d´août à Paris. Le résultat a suffisamment été concluant pour que l´échange ait été répété l´année suivante. Nous avons correspondu plusieurs années de suite, mais par négligeance réciproque, Peter et moi avons perdu le contact, et je n´ai guère fait effort de répondre aux lettres chaleureuses que sa mère m´envoyait de temps en temps. Mais j´ai appris depuis peu que ma soeur aînée a passé en août 2007 une semaine en Italie auprès de la soeur de mon correspondant. Il y a donc entre certains membres de nos deux familles une amitié de plus de quarante ans qui a résisté aux ans et aux différences de cultures. Les personnalités de ma soeur Claudine et d´Ellen, la soeur de mon  correspondant,  y sont sûrement pour quelque chose, Le comportement pendant la Seconde Guerre mondiale en Allemagne du père de Peter et d´Ellen n´est sans doute pas non plus à négliger quand ont connaît celui que mon père a eu avant et pendant la même guerre. Le doigté de mon professeur d´allemand qui a permis de mettre en relations nos deux familles de pays dits "ennemies"  est peut-être dû au hasard, mais le hasard fait, parfois, étrangement bien les choses.

Peter, de trois ans plus âgé que moi, était comme moi orphelin de père, - et son père, comme le mien, avait été un opposant de la première heure à l´idéologie nazie. Mon père, comme on sait, m´a vu deux mois. Le père de Peter n´a jamais vu son fils. Aviateur ( ou pilote d´essais ? ) ayant  pour mission de tester la fiabilité de nouveaux moteurs, il a recu l´orde en 1941 de continuer à voler coûte que coûte avec son seul second moteur, - le premier étant défaillant - , et en dépit de ses demandes réitérées de se poser en urgence. L´avion, faute de carburant, n´a pu se poser à temps et nulle part. Le père de mon correspondant a donc été pour l´Allemagne en guerre un opposant de moins, comme mon père avait été un résistant qu´il convenait d´arrêter. ( ... / ... à suivre, Cf II )


  

Mardi 17 juillet 2007 2 17 /07 /2007 06:12
- Par Bernard Olivier Lancelot - Publié dans : Souvenirs d'adolescent - Voir les commentaires
Ecrire un commentaire - Recommander

[ 2 ]. Parler de l´appartement de substitution du 1er étage est aussi douloureux que le déménagement lui-même. Dire que le l´ai détesté serait un grand mot, mais je ne l´ai vraiment jamais aimé. Il n´a jamais été mon appartement comme celui du haut, le seul vrai appartement de mon enfance.

Il a été acheté en viager et était destiné à ma soeur plus ãgée que moi de 12 ans, et qui s´était chargée de mon éducation à Paris pendant trois ans et demi environ alors que j´avais dix à treize ans. Ma mère a ainsi eu une promotion. Pendant ces années, je l´ai donc vue encore moins qu´avant. Ce qui est un autre ressentiment. Mon père était un manque. Irrémédiable. Je l´ai toujours su dès que j´ai été en âge de pouvoir me comparer à des petits camarades garcons et filles de mon âge. Vis-à-vis de ma mère, mes sentiments sont plus complexes et mitigés. Elle a toujours été pour moi une femme lointaine et peu expansive. Pour l´heure, elle était à plusieurs centaines de kilomètres de moi. Ma soeur faisait sans doute de son mieux pour s´occuper de moi. Le mot élever conviendrait sûrement mieux. Mais son rôle de mère ne me convenait pas. Elle n´était ni soeur ni mère, et c´est à douze ans à peu près que j´ai fait, très peu de temps après la première, ma seconde fugue pour retrouver ma mère à Chartres, un peu plus près de moi qu´à La Rochelle, - et refuser à jamais de recevoir la moindre gifle. - "Si tu frappes, je réponds !". Je n´en ai donc plus jamais recu. Répondre aux gens de la rue qui me voyaient "traîner", alors que tout petit je m´éveillais à la vie du travail des petites gens de mon quartier, en répondant : - " Moi, j´ai deux Mamans : une Maman-panpan et une Maman-gâteau" -, était révolu. Définitivement.  Je date la sortie de mon enfance à ce refus de recevoir des gifles. Je n´étais cependant pas encore vraiment entré dans l´adolescence.

Quand la vieille dame de l´étage du dessous de l´appartement de mon enfance est décédée, ma soeur s´était déjà installée ailleurs. Le propriétaire du second étage a alors pris contact avec ma mère pour lui proposer  le marché suivant : acheter l´appartement de 5 pièces d´un peu plus de 100  mètres carrés que ma mère occupait seule avec moi, ou déménager au 1er étage dans l´appartement de 40-42 mètres carrés du même immeuble. Que ce petit appartement appartenait  officiellemnet à ma soeur ne lui importait pas. L´appartement était libre et il désirait le récupérer.

Je n´ai aucune idée du prix que le propriétaire a proposé à ma mère. Agée alors de plus de 60 ans, ma mère n´a pas osé souscrire un emprunt. Je n´étais pas majeur et je savais que je serais bientôt étudiant. Etudier en France dans les années soixante allait de soi dans mon milieu. Comme il allait de soi que la famille payait. Du haut de mes seize ou dix-sept ans, je me souviens avoir avancé comme contre-arguments pour qu´elle refuse de déménager dans l´appartement destiné à ma soeur, qu´elle était veuve de guerre, que j´étais pupille de la Nation - et qui plus est  "adopté par la France" , comme le précisait son livret de famille -, suite au sacrifice de mon père pour la défense de son pays ; et qu´en  plus, j´étais mineur pour encore plusieurs années. Ce qui signifiait à mes yeux qu´elle était inexpulsable. J´ai répété plusieurs fois le mot : inexpulsable. Comme si répéter à satiété pouvait servir d´arguments. Enfant je ne savais m´exprimer. Adolescent, je ne savais argumenter. J´aurais peut-être dû parler de mon père, de son attachement pour l´appartement qu´il avait choisi et aménagé pour elle et pour moi et ma soeur. Je n´y ai pas pensé. Elle eut peur d´un procès. Elle descendit donc d´un étage avec moi.

J´ai su  plus tard en deux étapes que le propriétaire avait utilisé pour la convaincre de déménager d´un étage deux "arguments". Le premier était que l´appartement qui serait libéré était destiné à son propre fils en âge de s´établir après ses années d´éudes. Cet argument apparut de bonne foi à ma mère. Dès que l´appartement fut libre, le propriétaire entreprit de grands travaux de réfection et vendit l´appartement au plus offrant. C´est alors que j´appris l´existence d´un second "argument" : un dessous de table. Depuis ce jour, j´ai toujours pensé que ma mère s´était faite avoir. Bêtement avoir par naïveté ; et par manque d´envergure. J´ai alors parlé de leurre, d´odieux chantage. Je n´ai jamais su le montant qu´elle recut. Mais je soupconne, parce qu´elle ne me l´a jamais révélé, qu´il fut ridiculeusement petit. Le mal en tout cas était fait. Il n´était pas question de pouvoir revenir sur la rétrocession. Je ne pouvais que contenir ma rage et mes pleurs. Je crois pouvoir affirmer aujourd´hui que c´est à partir de ce moment que j´ai caressé le désir de partir : mon échec à la seconde partie de mon baccalauéat me persuada d´abord de le passer en province. C´est ainsi que j´ai goûté de l´internat au Lycée Berthollet d´Annecy. Avec très gand profit. Puis de commencer des études de Sociologie à Tours et  Poitiers. Pour finalement  quitter la France et m´établir définitivement en Norvège. Autremnet dit, suivre les traces de mon père qui avait quitté le giron familial juste après la fin de la Première Guerre mondiale et rompu les ponts pour se créer individuellement. En montant l´échelle sociale barreau après barreau, comme il acheta un à un les livres de sa bibliothèque. ( .../..3 )

Calendrier

Décembre 2009
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Qui suis-je ?

Professeur francais retraité du Secondaire dans le système scolaire norvégien qui a effectué des remplacements à l´Université d´Oslo (UiO)  comme chargé de cours à tous les niveaux. 
Attaché linguistique / Lecteur itinérant ( reiselektor ) pendant cinq ans.

Rechercher

 
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés