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7 octobre 2011 5 07 /10 /octobre /2011 10:41

Le poète suédois Tomas Tranströmer, prix Nobel de littérature 2011, est un modeste. Son premier recueil, publié en 1954 à 23 ans est simplement intitué 17 poèmes. La Suède, sa lumière et les impressions sensorielles qu´elles laissent sont déjà son lot :
LarsLerin3
La Suède est un bateau qu´on a tiré

à terre, dégréé. Ses mâts se dessinent âprement

sur le ciel crépusculaire. Et le crépuscule dure plus longtemps

que le jour - le chemin qui y mène est caillouteux :

ce n´est que vers midi que la lumière arrive

et le colisée de l´hiver se dresse alors

dans la lumière de nuages fabuleux.

 

Son second recueil Secrets en chemin (1958) confirme ce choix. Tomas Tranströmer a déjà son rythme ; ses images et métaphores, simples et très visuelles, n´en sont que plus belles :

 

L´océan d´octobre scintille froidement       img029

avec la nageoire dorsale des chimères.

 

Il n´y a plus rien qui rappelle

le vertige blanc des régates.

 

Une lueur ambrée sur le village.

Et tous les bruits en fuite lente.

 

Les hiéroglyphes d´un aboiement ont été dessinés

dans l´air au-dessus des jardins

 

où un fruit jaune a rusé

avec l´arbre et s´est laissé tomber.

 

Diplômé de psychologie, il côtoie les délaissés, assiste les défavorisés, défend les handicapés, visite les prisons. En témoigne un très mince recueil de 9 haïkus intitulé Prison (1959) où fleure une tendre ironie :

 

Ils jouent au football

soudaine confusion - la balle

a fait le mur.

 

Il ne faut pas se leurrer ; ses images et métaphores cherchent l´essentiel d´un siècle bien présent ; celui d´un quotidien fait de villes et de banlieues : une nuit à l´hôtel, une voiture qui dérape, un motel sous la lune, un arrêt dans le métro, une autoroute sous la pluie, une usine en banlieue, l´écoute d´un disque. C´est dire l´acuité de ce voyant tout au long de ses principaux recueils, dont Ciel à moitié achevé (1962), Visions nocturnes (1970), Baltiques (1974), Pour les vivants et les morts (1989).

 

En 1990, Tomas Tranströmer est victime d´un attaque d´apoplexie. Son rythme est ralenti mais son trait est aussi vif, fait de mordants haïkus, comme en témoigne son dernier recueil intitulé La Grande Énigme (2004), dont voici deux exemples :

 

Döden lutar sig                          La mort se penche

och skriver på havsytan.          et écrit à la surface de la mer.

Kyrkan andas guld.                  L´église respire de l´or.

 

 

Scen på perrongen.                 Scène sur le quai.

Vilken egendomlig ro -            Quel calme étonnant -

den inre rösten.                         la voix intérieure.

 

Bibliographie :

- Tomas Tranströmer Baltiques Oeuvres complètes 1954-2004. Traduit du suédoiis et préfacé par Jacques Outin Poésie / Gallimard (2004)

- Tomas Tranströmer La Grande Énigme 45 haïkus. Adapté du suédois par Jacques Outin. Préface de Petr Král Le Castor Astral 2004

 

[illustrations 1et 2 : Lars Lerin  La dernière lumière (2006) ; Le pont (1996)]

 

Lien :

 - Tranströmer le voyant 

 

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Published by Bernard Olivier Lancelot - dans Poésie
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commentaires

BOL 09/10/2011 18:58



Chère Tania :


le Nobel Brodsky (1987) - autre voyant aux images fulgurantes- a avoué sans fausses hontes : "Je lui ai volé plus d´une métaphore." C´est dire son
importance. Mais comme tout vrai poète, il faut le lire lentement.


Excellent lecture.


Bernard



Tania 09/10/2011 16:02



Merci de nous le faire connaître un peu, son nom m'était inconnu.



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