Partager l'article ! Lire et écrire - ou "une manière spéciale de vivre", dernier essai de P.-M. de Biasi sur Flaubert: La critique génétique a pour ambition de ...
1) "Il y a plus de vérité dans les souvenirs que dans la notation quotidienne." (Roger Martin du Gard)
2) "L´enfance, c´est d´abord l´intensité." (Philippe Delerm)
3) "L´art ne restitue pas le visible, il rend visible." (Paul Klee et Nathalie Sarraute)
4) "Il y a des jours où les citrouilles ne sont que des citrouilles." (Philippe Delerm)
La critique génétique a pour ambition de comprendre ce qu´est l´écriture littéraire. Elle s´appuie sur tous les avant-textes : manuscrits, brouillons, carnets de
notes, carnets de voyages, carnets de travail, fiches de lectures, écrits de jeunesse, etc, etc,. Pierre-Marc de Biasi est certainement aujourd´hui son meilleur
représentant. Sa connaissance de Gustave Flaubert est immense.
Mais il y a plus : il débusque aussi les clichés de notre époque. Le premier volume de son Lexique de actuel, sous-titré "Quelques idées reçues de notre
temps", (Calmann-Lévy, 2005, 351 pages, 19,50 €) concilie modernité et érudition. Cet ouvrage mériterait d´être plus connu. C´est dire ce que cet immense spécialiste de
Flaubert , également chercheur au CNRS et producteur à France Culture, peut nous apporter sur Flaubert. Depuis une vingtaine d´années, il
lui a consacré une bonne dizaine d´ouvrages, dont, de Gustave Flaubert, le prodigieux Voyage en
Egypte (Grasset, 1991, 462 pages, 23 €), qui est la transcription intégrale du manuscrit original de Flaubert, et qu´il a établie et présentée de manière
magistrale.
Son dernier essai, qui a pour titre Gustave Flaubert. Une manière spéciale de vivre (Grasset, 2009, 492 pages, 21,50 €) est à lire d´urgence, car il ne
fait pas que dénoncer les pires clichés que la critique la plus éculée traîne derrière elle ; il renouvelle aussi considérablement notre connaissance que l´on peut avoir,
et de l´homme, et de l´oeuvre ... Surtout, il met en évidence l´écrivain au travail, c´est-à-dire l´homme-plume qui sans cesse ni fin
rature, et qui crypte dans ses phrases, non seulement ses lectures, mais aussi sa vie pour en faire les textes que l´on sait.
Je n´en dirai pas plus. À vous de lire et de prendre des notes. Puis de relire ce que vous avez sûrement déjà lu de Flaubert ou d´aborder ensuite d´un oeil
nouveau ce que la connaissance érudite et intime de Pierre-Marc de Biasi permet de mieux cerner à défaut de totalement expliquer : que le sujet qui écrit est semblable
à Janus. Il est double. Il ressent et ose être ce que sent son personnage. C´est l´instance dionysiaque de l´écriture. Et simultanément, il y a
l´autre qui le regarde, le manipule et le régit pour maintenir la cohérence du texte. C´est l´instance apollinienne de l´écriture.
Il y aurait certes beaucoup plus à dire sur cet essai foisonnant et maîtrisé. Mais je préfère volontairement m´arrêter ici ; et me mettre à rêvasser ...
Ce sera tout pour aujourd´hui.