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26 avril 2010 1 26 /04 /avril /2010 12:51

 

Promenade-au-phare.jpg

La Promenade au phare de Virginia Woolf est un immense chef-d´oeuvre (1927), mais difficile d´en bien parler tant il est subtil et complexe (Traduit de l´anglais par M. Lanoire (1929), et préfacé  par Monique Nathan. 278 pages, Biblio roman). L´intrigue - si intrigue il y a - est clairement indiquée par son titre et la question posée dès la  première phrase : fera-t-il beau demain pour aller jusqu´au phare ? La réponse planera tout au long du roman.

 

Composé de trois inégales parties, ce roman est un flux continu de conscience de tous les personnages, secondaires ou centraux, dont, pour commencer, Mrs. Ramsay, mère, épouse et maîtresse de maison, qui, assise près de la fenêtre, lit pour son petit garçon de six ans James,  "Le conte du pêcheur et de sa femme " des frères Grimm. Pour le père, s´arrêtant devant la fenêtre du salon, il ne fera pas beau. "Si James avait eu à sa portée une hache (...)  pour fendre la poitrine de son père (...),  là, d´un seul coup, il s´en serait emparé". Et pendant qu´elle lit et que le soir tombe, Mrs Ramsay voit passer, outre son mari, - le sourire sarcastique, toujours près "à désillusionner [ses enfants ] et son fils et de ridiculiser sa femme" -, tous ceux et toutes celles qui l´entourent : les invitiés de ce soir de septembre dans cette maison d´été des Hébrides, face au phare ; tous ses enfants, - "pourquoi faudrait-il qu´ils grandissent ?" ; le jeune poète Carmichaël ; le vieux Charles Tansley, un livre toujours sous le bras, et que les enfants, pour se moquer, appellent "l´athée"  ; - et, présente, du début à la fin, Lily Briscoe, peintre vieille fille qui tente désespérement de fixer sur sa toile le tableau de famille qu´elle a sous les yeux : une mère de famille lisant près de la fenêtre une histoire à son petit garçon tandis que passent au-dessus d´elle des nuages et que s´approche le jeune Carmichaël, qui la dérange, car elle n´aime pas qu´on la regarde peindre. Cette première partie, intitulée "La Fenêtre", aura près de 170 pages.

 

Au delà de cette pseudo-intrigue de la promenade au phare, le thème essentiel n´est autre que le temps, mais assez différemment de Proust, car pour Virginia Woolf, la vraie certitude n´est pas tant de vouloir retrouver le temps perdu, mais, simplement, pour chacun de nous, d´accepter que le temps passe. Tel est le thème, étonnamment maitrisé, de cette deuxième partie du roman, qui ne fait que vingt pages mais couvre dix ans. La maison, abandonnée, désertée, n´est plus que désordre et ruine. Le silence et la poussière se sont emparés de la maison. Les livres et les autres choses que la maison contenait sont moisis. Les hirondelles nichaient dans le salon ; le plancher était joinché de paille, le plâtre tombait à pelletées.... Et, entre ces longs paragraphes qui décrivent l´épreuve du temps sur la maison, le jardin et ses plantes envahissantes, on apprend, incidemment, dans des parenthèses très courtes, la mort de Mrs. Ramsay ; de sa fille Prue ; et celle d´Andrew, en France, dans l´explosion d´un obus pendant la guerre. Mrs. MacNab ne peut suffire à tout nettoyer. Cela dépasse les moyens d´une femme. Seul, au loin, le Phare continue à envoyer ses rayons.

 

Le phare, justement. Plus que jamais omniprésent, PhareHebridesileSkye-copie-1.jpgil occupera toute la troisième partie, longue de quatre-vingt pages. Mr. Ramsay et James, âgé de 16 ans, finiront par y aller. "Il se dressait là, tout nu et tout droit, éclatant de blancheur et de noirceur, et l´on pouvait apercevoir les vagues qui se brisaient sur les rochers en blancs éclats semblables à des morceaux de verre."

 

Lily Briscoe, achevant son tableau mais persuaduée qu´il finira accroché au mur d´une mansarde, se posera la question, avec une lassitude extrême, mais heureuse d´avoir eu sa "vision" : "Quel est le sens de la vie ? (...) La grande révélation ne vient peut-être jamais. Elle est remplacée par de petits miracles quotidiens, des révélations, des allumettes inopinément frottées dans le noir... ou comme les feux alternatifs d´un phare.

 

Ce qui renvoie, comme en abyme, au conte du pêcheur et de sa femme de Grimm lu au début de roman par la mère de James : "Dans un instant il allait lui demander : "Est-ce que nous allons au Phare ?" Et il lui faudrait répondre : "Non, pas demain ; votre père dit que non:" Heureusement Mildred vint chercher les enfants et ils furent distraits par le remue-ménage qui suivit. Mais James continuait à regarder par-dessus son épaule pendant que Mildred le portait et sa mère était certaine qu´il se disait : Nous n´irons pas au Phare demain ; et songeait qu´il s´en souviendrait toute sa vie".

 


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Published by Bernard Olivier Lancelot - dans Romans
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commentaires

BOL 28/04/2010 04:59



Dominique : plus modestement, pour y trouver du nouveau



Dominique 27/04/2010 10:21



Je partage totalement votre enthousiasme, ce sont les livres rares que l'on peut lire et relire et y trouver encore de l'inconnu



BOL 27/04/2010 06:08



Chère Colo : À lire lentement, comme pour ralentir le temps.


Bonne lecture



colo 26/04/2010 22:40



D'un phare à l'autre...Merci Bernard.


Les phares, témoins muets du temps qui passe.


Je n'ai pas lu ce chef d'oeuvre...lacune que je vais vite combler. Bonne nuit.



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