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11 mai 2010 2 11 /05 /mai /2010 13:04

GideImmoraliste-copie-1.jpg

J´ai relu récermment L´immoraliste de Gide. C´est à quatorze ans environ que je l´ai lu la première fois. Je crois bien ne l´avoir jamais relu depuis. J´ai retrouvé l´oxymoron qui m´avait alors ébloui ; mais ma mémoire m´avait trompé : Gide n´a jamais parlé de la "douce acidité des oranges", comme je le croyais, mais de "citrons [qui] ont l´acide douceur des oranges". Etrange inversion ; difficile d´expliquer pourquoi.

 

J´ai aussi retrouvé un autre passage qui m´avait tout autant frappé. Il concerne un échange entre les deux principaux personnages du récit ; l´un refuse les liqueurs qu´on lui offre :

 - Craindriez-vous de vous griser ?

 - Oh ! au contraire ! Mais je tiens la sobriété pour une plus puissance ivresse ; j´y garde ma lucidité.

 

Cette prose lyrique est particulièrement retorse ; et le thème - ou le propos - délicat pour l´époque. Le charme est pourtant indéniable.  C´est une longue confession de près de deux cents pages faite à trois amis qui n´interromperont pas une seule fois celui qui se livre à eux : un jeune érudit d´un peu moins de 30 ans, spécialiste d´histoire ancienne et de philologie. De santé fragile, marié à une jeune femme qu´il a épousé pour complaire à son père, il tombe gravement malade lors d´un voyage d´études en Afrique du Nord ; il s´agit de la tuberculose. Sa femme, Marcelline, fera tout pour le sauver. En pleine convalescence, il découvre qu´il y a autre chose que les ruines et les livres : il découvre la vie. GideImmoraliste2-copie-1.jpgEt s´accepte tel qu´il est.  Lors d´une promenade qu´il a entrepris seul, touchant de la main l´écorce d´un arbre dont la consistance lui semblait bizarre, il déclare, conscient de son pouvoir de conteur sur ceux qu´il a fait venir : "Je la touchai comme on caresse ; j´y trouvais un ravissement. Je me souviens ... Était-ce enfin ce matin-là que j´allais naître ? ... J´oubliai l´heure. Il me semblait avoir jusqu´à ce jour si peu senti pour tant penser, que je m´étonnais à la fin de ceci : ma sensation devenait aussi forte qu´une pensée." Et d´analyses en découvertes, causant par égoisme et indifférence la mort de sa femme toute dévouée, - d´où le titre du livre, L´immoraliste , - il acceptera ce qui est l´objet de sa confession : son attirance pour les jeunes et beaux garçons arabes.

 


Étrange récit, dont la langue, maniérée, désuète et incroyablement sinueuse, ne laisse pourtant pas indifférent ; elle est celle d´un écrivain qui sait, comme personne d´autre que lui, maîtriser sa phrase, et par métaphores filées et litotes confondues, faire comprendre sans le dire ce qu´il s´efforce de cacher.

 


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Published by Bernard Olivier Lancelot - dans Romans
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commentaires

BOL 12/05/2010 03:02



Colo : J´aurais bien aimé voir voir la photo de votre olivier millénaire. Merci par ailleurs d´avoir aimé mon billet sur l´immoraliste de Gide. Ecrire sur ce livre
n´était pas si simple. Je crois ne pas m´en être trop mal sorti.


À bientôt



colo 11/05/2010 21:10



Bonsoir Bernard,


J'ai relu ce livre l'été dernier, vous en dites bien ce que tout bas j'ai pensé, oui, oui.


J'aurais voulu vous envoyer, pour votre billet-arbres témoins, une photo de l'olivier millénaire qui se trouve sur notre terrain. Mais j'y suis pas arrivée. Il en a vu des invasions, la guerre
civile aussi.... Un jour ou l'autre je mettrai sa photo sur un billet de mon blog donc.


Bonne soirée à vous.



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