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19 novembre 2010 5 19 /11 /novembre /2010 13:32

LEnfantEternel

Pauline a trois ans. Comme tous les enfants, elle aime les contes et se fourrer sous les draps de Papa et Maman pour se cacher dans leur lit. Mais Pauline a mal à un bras ; et son mal s´avèrera avoir un très vilain nom : ostéosarcome, autrement dit cancer des os. Pauline n´y échappera pas : elle mourra à peine âgée de quatre ans.

 

C´est le récit de cette maladie et de ce décès que nous conte son Papa Philippe Forest dans L´enfant éternel (Gallimard, Coll. L´Infini, 1997, 380 pages ; également en poche Folio). Pour ce faire, Philippe Forest s´est fait écrivain. C´est dire que ce récit est beaucoup plus qu´un témoignage : c´est un véritable roman. Les joies de l´enfance, l´enchantement des jours et l´émerveillement à la vie alternent avec bonheur sur la dure réalité des traitements médicaux, des diagnostics incertains et des séjours de plus en plus fréquents dans divers hôpitaux.

 

Mais Philippe Forest n´oublie pas qu´il est aussi universitaire, qu´il enseigne la littérature comparée et qu´il est l´auteur de plusieurs ouvrages sur la littérature d´hier et d´aujourd´hui, d´ailleurs ou d´ici. Il mêle donc à ses réflexions sur la douleur, la vie et la mort, des remarques passionnantes sur la fonction que le besoin d´écrire peut avoir dans le travail du deuil. Certaines sont personnelles ; mais d´autres, toutes aussi passionnantes, reprennent ce que Victor Hugo et Stéphane Mallarmé ont écrit après la mort accidentelle de Léopoldine Hugo à Villequier ou la mort du fils de Mallarmé emporté par la maladie. C´est dire la force de ce roman pas vraiment comme les autres. Pour preuve ce passage, où Philippe Forest mêle à ses réflexions personnelles celles peu connues de Mallarmé.  "L´enfant qui meurt est éternel, le chagrin de la pensée infinitise le bref espace de jours qui annonce la fin. La poésie de la maladie allonge cette durée de peine puisque tout se réduit à elle : "l´on profite de ces heures, où mort - frappé - il vit - encore, et - est encore en nous". Ou :  "maladìe à laquelle on se rattache, désirant qu´elle dure, pour l´avoir, lui plus longtemps". L´enfant est proche encore mais déjà il jouit du prestige de distance qui n´appartient qu´aux morts. Il est lui et, déjà, n´est plus lui. Le deuil le transforme qui, paradoxalement, précède la mise en bière effective. L´amour qu´on lui porte va à un vivant, à un corps tendre répondant aux caresses mais ce corps est chéri dans l´éloignement imminent que le sort lui prépare."  

 

Surmontez vos craintes, et lisez ce roman magnifique.

 

Liens :

 - Vivre sa journée   

   - Angoisse mallarméenne    

      - Faire son deuil

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Published by Bernard Olivier Lancelot - dans Romans
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commentaires

BOL 20/11/2010 18:10



Dominique :


J´hésite pour son dernier roman car pour certains il est long et touffu.


Bonne soirée



Dominique 20/11/2010 09:46



Lu il y a quelques années ce livre est toujours présent, un roman magnifique et éprouvant, il m'a permis de connaitre Philppe Forest et j'ai lu depuis ses essais sur la poésie japonaise, essais
difficiles d'accès mais passionnants, je n'ai pas lu le dernier roman publié qui semble excellent



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