Depuis dix jours au moins j´ai commencé plusieurs livres dont on fait grand cas ; ils me tombent tous des mains ; ce qui me désole, sans savoir à quoi attribuer ce manque d´intérêt :
l´indigence de ceux qui ont signé ces livres, le laxisme des éditeurs ou mon humeur du moment, morose et chagrine.
On connait peut-être cet objet insolite qu´a défini un jour Lichtenberg, écrivain allemand lucide et caustique (1742-1799) que prisait Nietzsche et dont les
Aphorismes ont été commentés par Marthe Robert (psychanalyste ayant aussi traduit Kafka ) : "couteau sans lame, auquel manque le
manche".
Le dessinateur humoriste Jacques Faizant (1918-2006) a merveilleusement repris cette idée quand, dans un malicieux dessin paru il y a vingt ou trente ans (et que je n´arrive pas à retrouver), il a mis entre les mains d´un politique en quête d´électeurs "un rateau sans dents pour ratisser large".
Il y a plus qu´un bon mot, il y a là une vérité insondable qui, par une sorte de fatalité, revient périodiquement, que ce soit ou non lors de certaines élections ou du
succès de best-sellers à
l´approche de l´été : le vide de la pensée.
[Illustration couleur : Shadocks]