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7 mai 2009 4 07 /05 /mai /2009 14:04


L´instinct
de Charles Darwin (L´Esprit du temps, Textes essentiels, 2009, 109 pages, 9,50€), n´est pas vraiment un "inédit" mais un texte "oublié"; - en tout cas méconnu. Il ne mérite pas de l´être, car il est passionnant et facile à lire. L´éditeur, en le publiant, rend un grand service : elle permet de se rendre compte de ce qu´est la pensée d´un grand savant pour qui l´observation et l´argumentation rigoureuse sont essentielles à toute nouvelle théorie.

L´ouvrage est précédé d´une excellente préface. Due au paléoanthropologue Pascal Picq, du Collège de France, elle met clairement en évidence, sans être pédante, la probité du grand savant, prudent dans ses conclusions. Elle montre aussi que Darwin - précurseur sans vraiment le savoir de l´éthologie et de l´écologie - était en revanche parfaitement conscient que le plus grand prédateur de l´animalité était l´homme.

L´idée généralement admise est que l´instinct est immuable, non susceptible de changements. Rien n´est plus faux, tant du point de vue phylogénétique que géographique. Ce que Darwin cherche à démontrer à partir d´exemples très concrets au sein de quatre courts chapitres intitulés avec sobriété Migration, Peur instinctive, Nidification et habitation, Quelques instincts étonnants. J´en donnerai trois exemples.

 


Le premier concerne une oie bernache. Blessée, elle a été retenue prisonnière dix neuf ans. Durant douze ans, au moment de la migration de ses congénères, elle devenait inquiète et cherchait autant que possible à gagner le nord. Mais après cette période, son comportement fut apaisé. C´est dire qu´elle avait compris que son instinct migratoire n´avait plus de raison d´être.

Pour la nidation, l´instinct peut varier selon que l´oiseau est soumis ou non à de nouvelles conditions. Par la suite, ces variations se transmettent héréditairement.

Le dernier exemple est plus étonnant encore : estropiée, une araignée a tout simplement cessé de tisser sa toile pour devenir chasseresse.

Darwin, dans ce texte, est modeste. Il ne sait si les observations sur lesquelles il s´appuie renforcent ou non sa théorie de l´évolution. Il évite le terme. Il ne fait cependant pas qu´accumuler les observations. Il fait aussi part de sa prudence sur le rôle supposé de l´instinct, tant les adaptations des animaux peuvent être multiples d´une espèce à l´autre, et, au sein d´une même espèce, entre divers individus.

Ce livre est vraiment admirable. Je vous le recommande chaudement en ce 150e anniversaire de la parution de L´Origine des espèces ; - que vous soyez scientifique endurci(e) ou non.


[Illustration : Georges Braque Oiseau et son ombre]

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Published by Bernard Olivier Lancelot - dans Politique-actualités
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