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5 mai 2009 2 05 /05 /mai /2009 12:48


Ossip Mandelstam (1891-1938), Tristia et autres poèmes, choisis et traduits du russe par François Kérel (Poésie/Gallimard, (1982), 2005), est poignant de bout en bout car la plainte et l´inquiétude sont présentes à chaque instant, et ce, dès son premier recueil La Pierre alors qu´il a juste dépassé vingt ans : 

 

    Les feuilles au souffle confus,

    Le vent noir les fait frissonner
    Et l´hirondelle frémissante
    Trace un cercle dans le ciel sombre.

                                                (1911)

Tristia, en se référant à l´exil d´Ovide, l´est plus encore.

Jeté, comme une bouteille à la mer, tel Les TristesOvide alors que ce dernier gagnait, contraint, les bords de la Mer noire, la plainte d´ Ossip Mandelstam se fait angoisse. La Révolution russe n´y est pas ignorée, mais elle est surtout crainte et cruauté et non grandeur assurée. Saint Petersbourg y est certes plusieurs fois présente, mais il lui semble qu´elle vit sa fin :

    Dans le vide effrayant la flamme vagabonde.

    Une étoile peut-elle ainsi pâlir ?

    Etoile transparente, ô ! flamme vagabonde,

    Ton frère, Pétropol, va mourir.

                                            (1918)

Ossip Mandelstam, tragique ironie du sort, est comme déjà "en étrange pays dans son pays lui-même". Acméiste. il chante avec nostalgie la culture universelle, qu´elle vienne de Grèce, de Rome, de Villon ou de Racine ; ou encore, des voûtes ogivales des cathédrales gothiques 

     Du gouffre de cristal vertigineux à-pic !
    Les monts terre de Sienne intercèdent pour nous,
    Des rocs déments les cathédrales acérées
    S´accrochent dans les airs où sont laine et silence
.
                                                                        (1919)

 

Puis, plus poignant encore, le désespoir, quand Ossip Mandestam se sait isolé ; mais il ne cesse pour autant d´être novateur tout en se voulant classique. Ce sera Poèmes, 1921-1928 :

    Impossible de respirer, et le firmament grouille de vers,

    Et pas une étoile ne parle, mais Dieu m´entende,

    Il y a la musique au-dessus de nous,

    La gare frémit du chant des Aonides,

    Et l´air des violons déchiré de sifflets

    De locomotives, est à nouveau soudé.

                                               (1921)      

    
Suivront alors quelques poèmes "civiques", pour la plupart non publiés de son vivant, dont le fameux "distique sur Staline", lu à quelques uns en 1934, mais qui, remontant jusqu´au "Montagnard du Kremlin", fut la cause de sa première arrestation. On peut en lire une version en se reportant au billet que Pierre Assouline a récemment écrit pour rendre compte du dernier ouvrage de Robert Littell L´Hirondelle avant l´orage et qu´il a appelé  L´épigramme que Staline fit payer à Mandelstam.

Viendront pour finir les derniers vers avec Cahiers de Voronèje, 1935-1937. Traqué, proscrit, Ossip Mandelstam est plus que jamais un homme seul. Sa détresse, matérielle et morale, est totale. Son inspiration est cependant loin d´être amoindrie ; elle est même chant : 

    Je ne suis ni cassé, ni volé

    Mais seulement démesuré - déboussolé,

    Mes cordes sont tendues comme la Chanson d´Igor,

    Et dans ma voix, après l´asphyxie,

    Résonne la terre, ma dernière arme,

    La sèche moiteur des hectares de terre noire.

                                       (Mai-juin, 1935)

 

Ce recueil, admirable en tous points, est précédé d´une remarquble préface signée François Kérel. Le tout est à lire et relire, en ce mois où le printemps revit.

Liens complémentaires possibles :
 - Ce peu de bruits de Philippe Jaccottet 
    - Yves Bonnefoy lecteur de Paul Celan

     

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Published by Bernard Olivier Lancelot - dans Poésie
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commentaires

BOL 05/05/2009 15:15

Bonjour Claude,"Je porte à mes lèvres cette verdure,/Ce gluant serment des feuilles,/Je porte à mes lèvres cette terre parjure,/Mère des perce-neige, des chênes, des érables." Du même Mandelstam.Très bonne fin de journée.

Claude 05/05/2009 14:49

Bonjour Bernard, moi aussi depuis quelques temps je le lis souvent, c'est tellement beau, tout simplement beau...Bon début de printemps, ici les tulipes sont défleuries ;o) mais les ancolies, merveilleuses ancolies sont arrivées.... claude

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