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2 avril 2009 4 02 /04 /avril /2009 13:45

En ce début de printemps où la lumière des jours, des nuits et des crépuscules du soir ou du matin exaspère l´attente de jours vraiment plus chauds, je me dois, tant pour moi-même que pour autrui, de revenir sur ce qu´est l´impressionnisme dans son essence et sa manière,
car il permet de mieux faire comprendre toute la grâce qui rayonne de la lumière quand un Renoir ou un Monet réussissent à la capter dans une harmonie générale de vert tendre et de gris bleu, délicieusement rompue par quelques touches de couleurs plus vives.

Ainsi La Grenouillère que chacun d´eux a peinte en 1869. La révolution que les impressionnistes déclenchent est double. Ils abandonnent le sujet, - historique, mythologique ou biblique -, pour s´adonner au motif ; ils écartent l´idée pour retenir la sensation et sa touche. Le peintre-écrivain Adalbert Stifter l´a fort bien exprimé dans un passage de son roman Descendances (récemment cité).

Ce qui intéresse les pionniers de l´impressionnisme, de Manet à Pissarro en passant par Monet, Boudin, Renoir et quelques autres, c´est d´abord le souci de rendre compte de la clarté du plein air ; c´est ensuite la volonté de donner une représentation "réelle"  du monde ; ou plutôt, d´en donner une vision la plus naturelle possible en s´efforçant d´être de leur temps. Ce que Baudelaire appelle modernité. Cette représentation est largement fondée sur la spontanéité essentielle de la sensation. Mais ce qu´il convient aussi de comprendre, c´est que cette nouvelle manière impressionniste de peindre doit beaucoup aux maîtres de Barbizon et au grand Courbet, notamment son fameux Un enterrement à Ornans, immense tableau s´il en est, tant par sa dimension exceptionnelle ( 7 mètres de long ) que par sa belle ordonnance non conventionnelle de ses personnages, issus du peuple et de notables qu´un chien blanc crémeux sale accompagne, - et qui tourne dédaigneusement la tête vers la droite. Mais en même temps que l´impressionnisme renouvelle notre vision du monde, il porte en lui sa propre destruction. Cézanne, Seurat, van Gogh, et puis Matisse, - ainsi que beaucoup d´autres -, ne sauraient se comprendre sans l´impressionnisme, car ils l´accomplissent autant qu´ils le nient, annonçant donc par leur maniement de la couleur pure l´avènement de l´art moderne.
 
Seul Gauguin, par son recours au symbole, au décor et à l´abstraction, sera totalement hostile aux vertus de la sensation.  

Il n´empêche. Ce que peignent les impressionnistes est d´une belle tenue ; ils nous donnent l´image simple du bonheur et de la poésie du quotidien.

Gauguin aussi. Mais avec d´autres moyens.

 
                                                                                              * * *
[Illustration 1 : Renoir La Grenouillère 1869 ; Illustration 2 : Monet La Grenouillère 1869 ;
Illustration 3 : Gauguin L´esprit des morts veille 1892 ]

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Published by Bernard Olivier Lancelot - dans Peinture
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