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11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 14:17


Scènes de la vie d´un propre-à rien
, de Joseph von Eichendorff (1788-1857) est un  beau conte romantique suranné et charmant admirablement traduit de l´allemand par Remi Laureillard et complété d´une préface, de notes et de reproductions fort intéressantes d´Yvon Girard. (Folio bilingue, 2005). Publié en 1826, il est devenu un classique du romantisme tardif allemand et je l´ai lu avec très grand plaisir.

On y voit un jeune insouciant plein d´optimisme que son père meunier chasse du logis car, à ses yeux, un vrai propre-à-rien (=Taugenichts). Mais rien ne l´assombrit. Il parcourt le monde de son Autriche natale à la Rome éternelle à la recherche de sa bien-aimée en jouant du violon. Il s´était imaginé qu´elle était comtesse. Il s´avèrera qu´elle n´était que soubrette et de surcroît orpheline. Cela n´entamera en rien son bonheur. Il finira par l´épouser dès son retour au pays natal, toujours aussi heureux de vivre, insouciant et rieur. Sans jamais cesser de jouer de son violon ... Et tout, tout était bien ! 

Ce court roman est un classique du désir du voyage (=Wanderlust) pour s´affranchir de la tutelle paternelle. Il oscille entre la quête du lointain (=Fernweh) et le mal du pays (=Heimweh). Il est d´une fraîcheur incontestable : les descriptions des monts et des vallons alternent à un rythme soutenu avec celles des châteaux forts et des villages, des moulins et des auberges, des forêts et des fleuves. Mais autant sinon plus que ces descriptions de paysages, ce qui retient surtout l´attention, c´est le bruissement que l´on semble entendre des arbres (=Rauschen) qu´évoquent la mélodie des phrases et le phrasé des chants que le propre-à-rien ne cesse d´accompagner de son violon.

Ce roman est un vrai bonheur de lecture.

On peut aussi le lire en comparaison avec ce que fera presque cent ans plus tard un autre adepte de la marche : le Suisse de langue allemande Robert Walser, dont sa nouvelle La promenade et ses autres "petites proses" et flâneries cocasses et ironiques n´auraient sans doute pas existées si Joseph von Eichendorff n´avait écrit ses Scènes de la vie d´un propre-à-rien; - et nombre de poésies lyriques que les plus grands musiciens du XIXe siècle ont repris dans - paraît-il - quelques 5000 compositions.

                                                                                
                                                                                 * * *

[Illustration : Moritz von Schwind Dans le bois (vers 1848 )] "Eh ! propre-à-rien, me dit-il, te voilà encore qui te prélasses au soleil [...] J´en ai assez de te nourrir. Le printemps est là : va-t´en donc un peu de par le monde gagner toi-même ton pain."

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Published by Bernard Olivier Lancelot - dans Romans
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