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6 janvier 2009 2 06 /01 /janvier /2009 12:59


Suite à une remarque d´un Pierre républicain et d´une reine Claude lectrice et conseillère, j´ai lu La promenade de Robert Walser ( L´imaginaire/Gallimard no 451 ). Ce texte court est difficile à classer. Plus qu´une nouvelle ou simple récit d´une journée de marche, j´y vois une confession; et comme un art poétique. C´est aussi une désillusion non cachée : celle de n´avoir aucun lecteur.

Le narrateur est devant sa page blanche. Rien ne venant, il décide de sortir. Il se met le chapeau sur la tête, empoigne aussi son parapluie, et décide de passer sa journée à marcher devant lui, là où ses pas le portent. Entre ville et campagne, il note ainsi pour nous, lecteur pour toujours inconnu, ses impressions digressives ; - et maintes répliques imaginaires, tantôt acerbes, tantôt naïves, toujours prenantes ...  selon les êtres rencontrés et les lieux parcourus. Ainsi passe le jour; ainsi vient le soir.

Eloge de la rêverie vagabonde dans une ville sans histoire, ce récit est d´une tristesse sans bornes : celle d´un écrivain se sentant propre-à-rien comme le Taugenitchs de von Eichendorff l´avait senti bien avant lui. Mais personne, que je sache,  n´a mis cet impromptu en musique... Il est vrai que cette promenade, aussi bien écrite soit-elle, n´est en rien un voyage vers de vastes horizons : elle n´est qu´une promenade d´un jour, même si la fin est poignante dans sa prémonition, sachant la mort qu´a été celle de Walser lui-même le jour de Noël 1956, suite à une marche sans retour dans la neige. En fin de promenade, le narrateur repense à un pauvre homme rencontré quelques jours plus tôt, et si pitoyable, si pâle, si tourmenté, si épuisé, si lamentablement proche de la mort que ce spectacle poignant [ l´] avait profondément effrayé. Cet homme fatigué, je le regardais à présent en imagination, et j´en eus presque la nausée.
   Comme je voulais m´étendre quelque part et que, par hasard, il se trouva tout près de là un petit emplacement tranquille sur la rive, je m´installai aussi confortablement que possible, épuisé comme je me sentais, sur le sol doux, sous les braves grosses branches d´un arbre accueillant.
   Considérant la terre, l´air et le ciel, je fus saisi de l´idée morose, irrésistible, qui me contraignit à me dire qu´entre ciel et terre j´étais un pauvre prisonnier, que tous nous étions lamentablement enfermés de la sorte, que pour nous tous il n´y avait nulle part un chemin menant dans l´autre monde, sinon ce chemin unique qui nous conduit à descendre dans le trou sombre, dans le sol, dans la tombe."

    ( ... )
"Ai-je cueilli des fleurs pour les déposer sur mon malheur?" me demandai-je, et le bouquet tomba de ma main. Je m´étais levé pour rentrer chez moi, car il était tard et tout était sombre.





Digression pour digression, je vous laisse rêver dans cette autre digression de mauves et de roses parsemée de verts, de jaunes et de bleus de Barbara Reid : Digression.


Le bonheur serait-il donc si désuet ?


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Published by Bernard Olivier Lancelot - dans Nouvelles - Récits
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commentaires

Bernard 08/01/2009 14:30

Disons faussement naïves ...

Claude 08/01/2009 12:45

Bonjour Bernard, hahahah bon trève de plaisanterie, je n'avais pas ressenti "la promenade" comme un livre triste, quand j'y pense, il me vient toujours un sourire. Je le dirai ironique par endroit plus que triste. Naïf, je ne sais pas, au début de mes lectures c'est l'adjectif que j'attribuai à walser, mais naïf sous entend un peu niais et cette oeuvre est toute sauf niaise. Je suis en train de lire dans le train  (nos routes françaises étant immobilisées par la neige ce qui doit vous faire rire vous dans votre pays) "promenades avec Walser"  de Seeling, c'est très intéressant. Il est dit ou plutôt rapporté que Walser s'il avait "a rembobiner le temps" ne se permettrait plus d'écrire dans le vague, en suivant sa propre musique et en niant la société. "Voilà le défaut de mes romans disait-il". Vous parliez de digression ;o)bon, je ne vais pas m'étendre plus sur le sujet j'en parlerai dans un commentaire.bonne journéeClaude

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