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22 décembre 2008 1 22 /12 /décembre /2008 12:13


Du cristal à la fumée
de Jacques Attali (Fayard, 2008, 186 p. 15,- €) laisse perplexe pour au moins deux raisons : sa vérité historique est contestable ; sa qualité littéraire est d´une grande faiblesse.

L´ouvrage soutient, documents à l´appui, que la décision de la solution finale n´a pas été prise le 20 janvier 1942 dans une villa du lac de Wannsee, comme le retient Jonathan Littell dans son roman Les Bienveillantes dont j´ai rendu compte trois fois en son temps dans ce blog, mais le surlendemain de la Nuit de cristal, soit le 12 novembre 1938 à Berlin. D´après les spécialistes les plus attentifs du IIIe Reich, la date fatidique ne serait ni l´une ni l´autre. Plusieurs sont avancées. N´étant pas historien, je leur laisse le soin d´en décider.

Je suis plus à l´aise sur le plan littéraire. Ma déception, sans être totale, est immense. Jacques Attali a sans doute des talents de sténographe que ses divers Verbatim ont prouvés, mais ses qualités d´homme de théâtre sont quasiment nulles. Goering et ses acolytes Goebels, Himmler, Heydrich et les autres ne font que hurler du début à la fin de la pièce. C´est totalement inconcevable. Le mot juif apparaît à toutes les pages ou presque. Ce n´est pas tenable ; même médiocre, un écrivain un peu attentif aurait su varier la manière de les désigner. Un seul personnage est à mes yeux crédible ; il est le seul à ne pas vociférer : le directeur général de la compagnie Allianz et président de la Fédération des compagnies d´assurances allemandes. Il est plein d´onctuosité. Des juifs, il se fout complètement. Seules compte à ses yeux sa respectabilité d´assureur et la confiance qu´il cherche à sauvegarder auprès de ses clients, qu´ils soitent juifs ou pas. Effrayant. La pièce est médiocre, mais pour ce personnage, elle mérite d´être lue. En note, Attali nous apprend que ce haut fonctionnaire prendra sa retraite en 1946. Jugé en 1949, il sera condamné à 1000 Marks d´amende. Il mourra dans son lit à l´âge de 98 ans en 1982. On n´aurait pu s´attendre à moins de mansuétude. 

Tout compte fait, j´ai préféré la pièce Le Songe d´Eichmann de l´irritant Michel Onfray dans laquelle la philosophie de Kant en prend un coup. Sur ce plan, il n´est pas sûr que Michel Onfray ait entièrement tort.

Reste que mes vraies préférences vont du côté de l´imagination romanesque avec par exemple Le liseur de Bernhard Schlink qui pose la responsabilité de tout le peuple allemand qui s´est tu devant les exactions et crimes des fonctionnaires nazis; mais aussi le problème du pardon et de la réconciliation pour ceux qui sont nés après la seconde guerre mondiale. Ou encore La cliente de Pierre Assouline qui aborde la question de la délation en France ; - puis à nouveau le pardon.

Etant donnée l´actualité politique de ces dix à vingt derniers années, les fonctionnaires de très hauts rangs pourront encore longtemps tuer un stylo à la main . Il y a peu de chance qu´ils soient vraiment inquiétés.

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Published by Bernard Olivier Lancelot - dans Théâtre
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