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20 novembre 2008 4 20 /11 /novembre /2008 09:34


Les amateurs d´oeuvres rares peuvent être heureux. La collection de pochePoésie /  Gallimard vient en effet de ré-éditer Lettera amorosa de René Char illustré par Georges Braque, suivi de Guirlande terrestre illustré par Jean Arp. L´oeuvre est préfacée brièvement mais avec intelligence par Marie-Claude Char. ( 2007, 70 pages, 6,40 € ).

La première édition de Lettera amorosa, en 1963, était plus que confidentielle. L´éditeur suisse Engelberts de Genève  n´avait en effet tiré l´oeuvre, illustrée de 27 lithographies de Braque, qu´à 200 exemplaires.

L´originalité de cette ré-édition de 2007 est plurielle : elle permet non seulement à tout le monde de prendre connaissance des 27 lithographies de Braque, mais aussi de donner à voir ce qu´il convient d´appeler la première ébauche. Elle est en effet suivie de la reproduction manuscrite de Guirlande terrestre que Jean Arp avait illustré à sa manière en 1952 par 16 oeuvres originales : des papiers de couleur découpés et collés, dont certains, précise Marie-Claude Char, peints à la gouache.

Le texte manuscrit de Guirlande terrestre comporte plusieurs ratures. Il révèle donc l´oeuvre en train de se faire, faite de remords et d´hésitations. Reste que la seconde version, datant de 1953, et illustrée dix ans plus tard par Georges Braque est beaucoup plus forte. Intitulée avec bonheur Lettera amorosa, par allusion à un madrigal de Monteverdi,  (et non plus Guirlande terrestre ), elle montre à la fois le travail et du temps et du plein de l´été, fait de fulgurances et de mûrissements des nuits de feu. Pour preuve cet extrait, sans ébauche aucune :

Chant d´insomnie
                                             

Amour hélant, l´Amoureuse viendra,
Gloria de l´été, ô fruits !
La flèche du soleil traversera ses lèvres,
Le trèfle nu sur sa chair bouclera,
Miniature semblable à l´iris, l´orchidée,
Cadeau le plus ancien des prairies au plaisir
Que la cascade instille, que la bouche délivre.

Et un peu plus tard, dans le texte et le temps, cette autre impatience, adressée à l´Absente par l´Amant :

Quel mouvement hostile t´accapare ? Ta personne se hâte, ton baiser disparaît. L´un avec les inventions de l´autre, sans départ, multipliait les sillages.

René Char n´a peut-être jamais aussi bien mis en lumière qu´ici, dans cette oeuvre qu´un Braque inspiré a illustré par amitié au cours de plusieurs années par touches et retouches successives, ce qu´il a affirmé par ailleurs : à l´origine du poème il y a "le bien-être d´avoir entrevu scintiller la matière-émotion instantanément reine."

[ Illustation 1 : Georges BraqueLe Trèfle (1963 ) ; illustration 2 : Georges Braque : Oiseaux fulgurants (1963) ] - Lien : Galerie Michel Fillon.


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Published by Bernard Olivier Lancelot - dans Poésie
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