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7 octobre 2008 2 07 /10 /octobre /2008 09:13

Pour tout un chacun ou presque l´accès à Internet permet de prendre connaissance de tout et n´importe quoi en cliquant quelques mots sur n´importe quel moteur de recherche, qu´on le nomme bouscateur , ou qu´on s´amuse à zyeuter autrement sur la Toile.

Il s´avère qu´ayant "hérité" de la bibliothèque de mon père, - même si je l´ai beaucoup désherbée  ( la trouvant tout compte fait -  et après avoir pesé le pour et le contre - de plus en plus un fardeau ) , je possède cependant encore quelques joyaux. L´un d´eux est l´édition princeps du seul livre que Robert Antelme ait écrit  : L´espèce humaine des Editions de la Cité Universelle, 1947. Cet ouvrage est plus qu´unique : il m´est cher car il est dédicacé de la main de Robert Antelme au nom de ma mère en souvenir de mon père, cité deux fois au coeur de l´ouvrage. Je ne tiens pas aujourd´hui à faire lire cette dédicace.
Il me semble que depuis quelque temps, mon père est un peu moins cet inconnu qu´il a longtemps été pour moi.  Il me semble même que père et mère ne sont plus tellement éloignés l´un de l´autre, les ayant rapprochés de deux facons au moins, l´une par la stèle que La FNDIRP ( = La Fédération Nationale des Déportés et Internés Résistants et Patriotes )a érigé au Cimetière du Père Lachaise à Paris, mais aussi en citant la fin d´une des plus belles métamorphoses d´Ovide : Philémon et Baucis

Ayant suffisamment de fois fait allusion dans ce blog à L´espèce humaine de Robert Antelme, je tiens aujourd´hui à en faire un résumé rapide. Je n´exclue pas d´y revenir.

Comme tout le monde, j´ai aussi lu la page que l´on peut trouver sur Robert Antelme  en consultant  l´encyclopédie libre Wikipédia. Je n´ai pas grand chose à en dire.  J´ai aussi lu ce que plusieurs lecteurs ont écrit sur divers librairies en ligne comme par exemple amazon.fr. Là non plus, rien  à ajouter.
Depuis très longtemps déjà, et même beaucoup plus qu´on ne croie, personne ne peut écrire en oubliant la bibliothèque. Si c´est un ouvrage critique, historique et donc plus ou moins scentifique, la moindre des choses est de donner ses sources. Pour un roman, c´est un peu plus compliqué; les avis sont partagés.

J´ai publié en son temps quelques articles de critiques littéraires dans diverses revues assez confidentielles, dont une ou deux sur Georges Perec après avoir publié en 1978 un mémoire de maîtrise intitulé Lire Perec - Espace et Ecriture. ( Université d´Oslo ) .
 Je renie d´autant moins ce travail universitaire que c´était le tout premier. Dans tous les sens du terme. Il va sans dire que je donnais alors mes sources. 

Pour la présentation-résumé de L´espèce humaine qui va suivre, je m´appuie bien 
évidemment  sur l´édition princeps que je possède. Je ne fais pas grand cas de ce que j´ai lu sur Internet,  mais je ne peux passer sous silence l´article que Pierre Lepage a écrit dans le Journal Le Monde du  30 Octobre 1990 lors de la mort de l´écrivain Robert Antelme. Plus, de mémoire, ce qu´en avait dit Malraux. Je leur dois une reconnaissance de dettes.

Ce qui fait la force et l´originalité de L´espèce humaine de Robert Antelme, c´est que ce n´est ni un témoignage ( un de plus ), ni des mémoires. Ce n´est en rien non plus un récit comparable à ce que sera plus tard Une journée d´Ivan Denissovitch du Prix Nobel de Littérature 1971 Alexandre Soljenitsyne. Même s´il aborde, apparemment le même sujet.

L´espèce humaine est une analyse implacable qui démontre que les SS cherchaient à prouver qu´il y avait des dégénérés et des sous-hommes que les Aryens avaient pour mission d´éliminer. Cette analyse implacable est celle d´un anthropologue de formation. Cet anthropologue de formation est aussi un très grand écrivain.

Robert Antelme ne fait rien de moins que de décortiquer sans aucune concession le système d´internement concu en toutes connaissances de causes par les idéologues nazis et leurs acolytes, et qui consistait à vouloir éradiquer à jamais tous ceux qui ne pensaient pas comme eux. Son but d´écrivain anthropologue : faire comprendre le mécanisme méthodique d´avilissement que les Nazis avaient mis au point pour empêcher que les détenus de tous les camps de concentration d´Allemagne et d´ailleurs puissent survivre ; montrer pourquoi les tentatives de solidarité et d´entraide parmi les prisonniers étaient systématiquement contrecarrées ; expliquer pourquoi la moindre "addition de forces", comme celle qui consistait à retrouver, par le souvenir, des poèmes entiers, était une victoire quand les détenus arrivaient à organiser une soirée poétique en récitant des poèmes appris par coeur ( Cf pages 290-291-292-293-294 des Editions de la Cité Universelle, 1947 ). Cf aussi ce qu´en dit  Catherine Henri dans son magnifique livre De Marivaux et du Loft, P.O.L. , 2003, page 142, sur l´enseignenement de la littérature au lycée. Cf aussi dans mon blog : Devinettes : lettre 11.

Ce qui compte pour Robert Antelme dans L´espèce humaine, ce n´est pas tant dire comment survivre, mais écrire comment résister. Autrement dit, décrire par le menu comment résister efficacement aux bourreaux nazis, en développant la solidarité et l´entraide entre les détenus malgré toutes les dissensions politiques, idéologiques, religieuses, sociales, culturelles et bien sûr aussi sexuelles qui pouvaient surgir entre eux, sachant que la promiscuité qui régnait dans le camp, les conditions épouvantables d´hygiène et de nourriture infecte qu´on leur donnait étaient inhumaines. Seul un anthropologue et militant communiste aguerri à la clandestinité pouvait organiser une résistance de ce type en déjouant les provocations des kapos. La répartition de la nourriture était essentielle.

Il y a dans L´espèce humaine deux parties. La première a pour titre Gandersheim, du nom du petit village bien tranquille Bad-Gandersheim juste à coté du camp, avec son église désaffectée et sa petite usine.

La seconde s´appelle La Route. Cette seconde partie est plus terrible encore , - mais c´est la plus belle. Elle montre que les bourreaux, les kapos et les SS qui forcent les survivants décharnés à marcher pour fuir le camp de Gandersheim qui va bientôt être libéré, ont la même peur au ventre que ceux qu´ils considèrent des sous-hommes, parce qu´au-dessous de leur tête tombent les bombes lâchées par les avions alliés, et que dans la forêt où ils désirent se réfugier, attendent à l´affût les chars soviétiques. Cf la photo que j´ai utilisée pour "illustrer" une contribution que j´ai écrite il y a déjà quelque temps sur  Paul Celan.

Seul Claude Simon ensuite, grand prix Nobel de Littérature 1985, sera capable par l´écriture de reprendre certaines de ces données, notamment L´herbe et L´acacia dont j´ai rendu compte il y a déjà quelque temps. Mais il ne faut oublier La Route des FlandresLes Géorgiques et encore moins Le Jardin des Plantes.


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Published by Bernard Olivier Lancelot - dans lancelot-d-oslo
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