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27 août 2008 3 27 /08 /août /2008 13:41

En 1993, Jean Galard, alors directeur des services culturels du Grand Louvre, demande au poète Yves Bonnefoy d´écrire un scénario à partir duquel un film serait tourné, et qui aurait pour but d´expliquer le musée.

 Yves Bonnefoy répondit en poète. Il ne souhaitait rien de moins que de, par "le vagabondage de l´écriture [et le] cheminement par des lieux et parmi des oeuvres qui n´étaient que parfois les salles ou les peintures du Louvre ( ... ) , [faire ressentir] le rapport d´une personne à soi-même, fût-il à travers des rêves." ( Le Grand Espace, Galilée, 2008, 64 pages, 13 € ).

Un film se fit, mais sans les conseils et avis d´Yves Bonnefoy.

C´est un peu par hasard qu´il a retrouvé le cahier où, dit-il, il n´avait cessé, en l´écrivant "de rêver au film comme tel, c´est-à-dire des relations entre texte et image ou plutôt suite d´images, celles-ci appelées, de tous les pôles et horizons de la création artistique ou de la réalité comme on peut la vivre." S´il s´est autorisé quelques corrections, elles ne sont que de forme : elles n´ont pour but que de "préciser ou rectifier les formules qui prennent quelquefois l´apparence d´une pensée."

La première de la quarantaine d´approches qu´il nous donne à lire est magnifique : c´est celle d´un enfant qui aurait aimé découvrir un lieu comme celui-ci, et se laisser troubler par les images qui se forment en lui; - et aller ainsi "là où il y a des images ( ... ) comme au devant de lui-même."

"Quelle belle intuition ce fut donc au Louvre : placer au sommet des marches d´accès la Victoire de Samothrace, ailes déployées au-dessus du monde.

Suivent la pyramide, les fondements et le bas des murs de ce qui fut un château, la Grande Galerie "qui oblige à l´éveil", les salles de l´Egypte et de la Grèce. Et La Joconde; et Les Saisons.



Et Géricault et Delacroix chez qui se rencontrent les conciliations les plus difficiles quand il compare pour nous ce qu´il considère deux chefs-d´oeuvre du pessimisme métaphysique que sont Le Radeau de la Méduse ou La Mort de Sardanapale avec La Liberté guidant le peuple où le drapeau brandi est trempé d´espérance.

Yves Bonnefoy ne se contente cependant pas de parler des oeuvres les plus connues. Il sait aussi que ce grand espace qu´est Le Louvre abrite d´autres trésors, qu´ils soient dans les cartons des cabinets des estampes et des dessins, ou dans les sous-sols et les réserves; bien que plus modestes, elles n´ont pas moins une pensée.

Il n´oublie pas non plus qu´il y a des visiteurs. Certains peuvent venir de loin, un sac sur le dos. Il a la sagesse de ne pas les faire parler quand il les met devant un portrait. Il se contente de les faire s´asseoir et reposer leurs pieds.

Les gardiens sont aussi là : ils savent renseigner ceux qui s´adressent à eux pour trouver les Botticelli ou
Georges de La Tour.

Plus philosophiquement, il se pose la question de savoir où pourrait se trouver le centre métaphysique du Louvre : un tableau peut-être, ou un aspect d´un tableau. À moins qu´il ne soit Le Char du Soleil de Delacroix où le dieu des arts, debout, essaie de "maîtriser le galop ascendant des chevaux" ( Elie Faure )

Ne reste plus qu´à sortir. Les bruits de la ville l´envahissent. Et sans guillemets il achève : les sons et les couleurs se répondent. 

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Published by Bernard Olivier Lancelot - dans Peinture
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