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25 août 2008 1 25 /08 /août /2008 12:51

Jacques Roubaud
est japonisant, mathématicien et poète. Il est sans doute plus connu pour ses poèmes et son appartenance à l´Oulipo ( L´Ouvroir de littérature potentielle ) que pour ses textes en prose. L´un de ses derniers est une merveille. Il a pour titre Parc sauvage ( Seuil, coll. Fiction & Cie, 2008,135 pages, 14 € ). Il se lit comme un vrai conte sorti de presque nulle part comme tout vrai conte merveilleux; - même si Jacques Roubaud sait pertinemment qu´aujourd´hui, personne ne peut écrire en oubliant la bibliothèque.

Ce Parc sauvage est un récit reconstitué à partir de notes retrouvées d´un journal intime qu´une enfant pleine de gravité et de malices prénommée Dora a écrit en 1942. Dora était une lectrice assidue de contes merveilleux. Les mots qu´elle lisait la faisait rêver, - et plus encore ceux qu´elle entendait autour d´elle dans cette France en guerre quand ils étaient murmurés, faisant allusion à une menace diffuse. Ils pouvaient aussi bien être francais, qu´espagnols, catalans, anglais ou patoisants.
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L´heure est grave malgré le temps des vacances. Dora est séparée de ses parents. Elle fuit la menace allemande avec un oncle pianiste "qui ne peut plus jouer pour le moment." Elle retrouve un petit garcon qui désormais s´appelle " Jacques-maintenant ". Lui aussi est séparé de ses parents. Il n´y a pas loin l´Espagne par laquelle on pourra gagner l´Angleterre; il y a l´anarchiste Camillou qui ne pardonne pas à la France de n´être pas intervenue en 1936 pour soutenir les Républicains espagnols. Il y a la radio en pleine nuit pendant laquelle les adultes se livrent à une tâche que ni Dora ni Jacques ne peuvent deviner.

Il y a aussi un parc sauvage, îlot de lumière et d´ombres que Dora et Jacques explorent au gré des jours d´été puis d´automne naissant. Ils s´inventent des jeux et des dangers imaginaires où règnent sauterelles, ronces sans mûres et figues pennèques. Ils ne peuvent cependant pas repousser totalement des dangers bien réels : Dora mourra en déportation.

Le journal intime de Dora, retrouvé cinquante ans plus tard en 1992, sera remis à James Goodman, sorte d´alter ego de Jacques Roubaud lui-même pour qui connaît un peu ses divers Projets, et se souvient également qu´il est fils de résistants.

Ce récit en nuances, non-dits et retenues est un magnifique témoignage ressurgi dont on ne sait où. Il est d´un prosateur-poète sensible aux mots que des enfants rêveurs et lecteurs peuvent lire et entendre autour d´eux sans toujours savoir ce qu´ils recouvrent. Il est peut-être aussi une tentative de biographie d´un être cher disparu depuis longtemps, mais resté à jamais accroché dans les méandres de sa mémoire de par la magie de quelques mots et de divers jeux d´enfants d´autrefois. Mais c´est aussi une biographie restituée en partie selon une structure hypertextuelle dans laquelle certains mots soulignés jouent un rôle : il suffit sûrement pour s´en rendre compte de cliquer sur eux, qu´ils soient aussi simples que Parc Sauvage, Vieux Bassin, LA Vigne ou un peu plus compliqués comme Ville-rouge-la-Crémade la "brûlée" ou l´Abbaye de Fontfroide

Ce récit palpite d´un émotion contenue. Il est à lire lentement. Il fait renaître au souvenir une Dora dont les mots n´auraient jamais dû être oubliés si tôt.

[ Illustration : Taxus baccata ou If commun ]



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Published by Bernard Olivier Lancelot - dans Nouvelles - Récits
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