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1 août 2008 5 01 /08 /août /2008 13:27

On ne peut ignorer ce qu´ Yves Bonnefoy a récemment écrit sur "l´affaire" Paul Celan, accusé bassement deux fois de plagiat par Claire Goll en 1953 puis en 1960. Dans Ce qui alarma Paul Celan ( Galilée, 2007, 43 pages, 11 € ), Yves Bonnefoy ne prend pas seulement la défense de Paul Celan calomnié, il entend préciser ce qu´est l´enjeu de l´expérience poétique.

En plus de plagiat, les accusations perfides d´esthétisme, d´ hermétisme, de poésie obscure et donc de "trop d´art" ont été légion. Elles sont loin d´être éteintes. Et plus sournoises encore, ont été les ignobles insinuations antisémites.

 Mais pour Yves Bonnefoy, ce qui a le plus affecté Paul Celan jusqu´à sa fin tragique en 1970, c´est la non-reconnaissance de sa singularité de poète, investi totalement dans l´écriture poétique.

La poésie n´est par fioriture du langage, belles métaphores et montages de figures de style. Elle est parole, et elle ressort de la réflexion sur le matériau que constituent les mots. Elle procède du désir de dénoncer le piège que peut constituer une parole qui croit en la force de la formulation conceptuelle; - et qui, par là, masque ce qui devrait être irréductiblement premier dans la perception du spectacle du monde : la présence de l´éphémère. Là était le déchirement que Paul Celan n´a jamais surmonté : que pratiquement personne, de son vivant, n´ait compris que sa poésie, loin d´être de la rhétorique, était souffrance, mémoire et témoignage, c´est-à-dire préservation et "foi dans cette parole qu´avait persécutée le nazisme."

Trop parler de plagiat à son égard, c´est finalement privilégier ce qui aurait dû rester secondaire. Pour la simple raison, selon Yves Bonnefoy, qu´on ne peut parler de plagiat en poésie. Si "emprunts" il y a, le poète les "transform[e] sur le champ en un signifiant de lui-même." Ainsi de Shakespeare; ainsi de Baudelaire.

Ce qui donc déstabilisait Paul Celan, en l´accusant de plagiat, ce n´est pas tant d´être mal reconnu, que le fait qu´on ait tenté "de le dépouiller devant ses lecteurs d´un rapport à soi qui était ( ... ) sa vie même"; qu´on lui ait refusé le droit d´affirmer que ce qui donne sens à la vie, c´est le sentiment de notre finitude; que ce sont les hasards - et eux seuls - qui sont le réel; - et que les rencontres, avec qui que ce soit ou où que cela soit, constituent "un absolu ( ... ) que l´on ne peut régenter."

Refouler le sentiment de finitude, croire que l´universel se trouve davantage dans la formulation conceptuelle que dans les purs hasards du réel, sont des leurres que la poésie de Paul Celan dément et qu´ Yves Bonnefoy ne cesse d´affirmer depuis qu´il écrit. Pour l´un comme pour l´autre, pour reprendre ce qu´affirme Jean-Michel MaulpoixYves Bonnefoy, "le concept est la notion pure, coupée de la réalité." La poésie, au contraire, au plus profond d´elle-même, est ce qui permet de rendre par des mots la présence immédiate et durable du monde. Par là, dans le rapport que Paul Celan pouvait avoir avec de simples fleurs des prairies ou des montagnes, "se jouait non seulement sa destinée d´homme et de poète, mais [ peut-être aussi ] un peu du salut de l´humanité".

[ Photo du milieu : Paul Celan. Photo du bas : Yves Bonnefoy ]

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Published by Bernard Olivier Lancelot - dans Poésie
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