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25 juin 2008 3 25 /06 /juin /2008 12:33

Cher Papa,

J´ose enfin t´entretenir du dernier ouvrage de Michel Onfray Le Songe d´Eichmann, pièce en un acte d´une cinquantaine de pages, et qui est précédée d´un court article philosophique de 30 pages environ et  relativement facile à lire Un kantien chez les nazis.

Je n´ai trouvé aucun livre de philosophie dans la bibliothèque que tu as laissée rue Beaugrenelle. Je ne sais donc pas si tu as une connaissance, sommaire ou non, de Kant. Mais, pour tout un chacun, Kant a toujours été considéré comme un philosophe hautement "moral" issu du siècle des Lumières que l´histoire de la philosophie donne à lire, et que les professionnels de la philosophie du Secondaire et de l´Université expliquent à leurs élèves et leurs étudiants.

Rien de vraiment tel pour Michel Onfray qui, depuis plusieurs années déjà, explore les "angles morts" de la philosophie officielle universitaire.

Il faut que tu saches que ce n´est que depuis peu que j´ai appris l´existence de ce Michel Onfray. Honnêtement, si tu le connaissais, je doute que tu puisses l´apprécier, tant du point de vue purement philosophique que pour ses analyses métaphysiques et religieuses, et plus encore pour ses prises de positions politiques, car il est excessif. Très excessif, même. Mais, ne déplaise à certains, il n´est ni sophiste, ni falsificateur. Il n´est donc pas insignifiant. Il dérange, il irrite, il agace, cela est certain. Il est sans doute même aussi provocateur. Cela ne dispense pas de le lire, bien au contraire. 

Pour Michel Onfray, en matière d´éthique, comme en politique, - et je crois qu´il a raison sur ce point -, il manque au kantisme le droit de désobéir, le droit de résister à l´oppression, le droit de dire non à la loi inique, le droit de récuser le droit de classe ou de caste. Autrement dit, si je comprends bien - mais Michel Onfray n´utilise pas le mot - le droit de recourir à la violence.

Qu´en est-il pour toi, toi le résistant, toi le passeur d´armes aux républicains espagnols ?

Il est admis que Rousseau a profondément influencé la conception kantienne de l´autonomie avec cette formule du Contrat social : " L´obéissance à la loi qu´on s´est prescrite est liberté".

Mais qui est cet "on" ? Le législateur ? Les gouvernants ? Le Peuple souverain et Volonté générale ? Peut-il être, cet "on", le simple individu que je suis dans ma vie privée ? Peut-il l´être aussi dans ma vie de citoyen, "simple" ou non ?

C´est évidemment Diderot qui a raison :

 "La puissance qui s´acquiert par la violence n´est qu´une usurpation et ne dure qu´autant que la force de celui qui commande l´emporte sur celle de ceux qui obéissent : en sorte que, si ces derniers deviennent à nouveau plus forts, et qu´ils secouent le joug, ils le font avec autant de droit et de justice que l´autre qui le leur avait imposé. La même loi qui a fait l´autorité la défait alors : c´est la loi du plus fort".

Mais qu´en est-il chez Kant ?

Evoquer l´injonction évangélique "Aimez-vous les uns les autres" ne suffit pas, que l´on soit ou non chrétien. Pour moi, parler d´ "intériorisation de la loi civile" dans la personne et sa vie morale non plus.

As-tu une réponse à cette question que je pose ? 

J´admets que le simple individu ne puisse seul s´opposer à l´inique et l´injuste par la violence. Mais comment acquérir une légitimité ? Comment, pour à nouveau faire référence à Diderot, ceux qui subissent la loi inique du plus fort peuvent-ils "secouer le joug" sans parfois utiliser la violence ?

Quel était pour toi l´essentiel dans ta résistance au nazisme et à la collaboration ? Ton jugement ? Ta raison ? Ta conscience ?

Comme j´aurais aimé recevoir de toi ne serait-ce qu´un balbutiement de réponse. Eventuellement, un serrement infime des lèvres ou un clignement quasi imperceptible des yeux. On n´a pas toujours réponse à tout. Toi, pas plus qu´un autre. Je ne peux cependant m´imaginer que tu aurais délibérément changé de conversation comme le père dans le roman de l´écrivain allemand Bernhard Schlink Le liseur

Je serai dans une semaine deux jours à Bilbao pour voir le musée Guggenheim et parcourir ses salles. Puis 15 jours dans un gîte rural entre Biarritz et Bayonne. De là, il est possible que nous retournions en voiture, Anita et moi, en Espagne pour voir Santander, San Sebastian et même Pampelune. Mais rien n´est sûr. Puis nos gagnerons Bordeaux pour directement nous rendre à Oslo. De là, Anita continuera seule jusqu´à Bodø. Je ne manquerai pas de t´en parler dans une prochaine lettre si tu souhaites avoir quelques détails.

Je t´embrasse affectueusement,

Ton fils Bernard


        

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Published by Bernard Olivier Lancelot - dans lancelot-d-oslo
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