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15 juin 2008 7 15 /06 /juin /2008 10:53


Les Elégies de Duino
de Rainer Maria Rilke viennent d´êtres publiées dans une magnifique traduction accompagnée d´une éclairante postface, toutes deux signées du poète et traducteur Philippe Jaccottet ( La Dagona, Genève, 2007, 115 pages, € ). La postface est indispensable pour qui veut appécier à leur juste valeur ces dix élégies écrites sur une période de dix ans.

Philippe Jaccottet, - différemment de Paul Celan qui considère la traduction "un dialogue qui chemine"-, nous explique en poète-traducteur la "cosmogonie" de Rilke.

Au premier étage se trouvent les "choses" comme les arbres et les fleurs, ainsi que les objets manufacturés comme la cruche, le pont, la fenêtre, la fontaine. Rilke préfère d´ailleurs les nommer "choses d´art" ( Kunstdinge ) plutôt qu´"oeuvres d´art" ( Kunstwerke ), en référence à Auguste Rodin qu´il a bien connu. À l´étage au-dessus se trouvent les "bêtes" - la "créature" ; ainsi l´oiseau qui habite l´"Ouvert", "cet espace idéal (...) où, sans doute, la mort serait comprise et qui ne connaîtrait ni murs, ni fontières". L´étage suivant est celui des humains. Il y aurait les "saints" et les "héros", comme le danseur de la Quatrième élégie qui n´est plus qu´un bourgeois déguisé, ou l´acrobate de la Cinquième, virtuose douloureusement vide; mais aussi les "délaissées" avec lesquelles Rilke a tant correspondu, qu´il nomme les "Liebende", et que Philippe Jaccottet, en scrupuleux traducteur, ne sait s´il doit les nommer "amoureuses", "amantes" et même "aimantes". L´étage le plus élevé est "celui où l´on aurait jadis logé Dieu ou les dieux" et dans lequel Rilke se contente d´imaginer ses "anges"

Au fil des élégies, Rilke chante sa plainte, posant maintes et maintes questions dont la première d´entre elles est le premier vers de la Première Elégie :

     Qui, si je criais, m´entendrait donc, d´entre /
     les ordres des anges ?
     Wer, wenn ich schriee, hørte mich denn aus den Engel /
     Ordnungen ?

Seul un poète comme Philippe Jaccottet peut traduire un autre poète :

     Nous apprenons à fleurir et faner en même temps.
     Blühm und verdorrn ist uns zugleich bewusst.

La question essentielle est de savoir comment échapper à la "facticité" de notre condition. La Septième et la Neuvième Elégie semblent nous donner une réponse : c´est en trouvant le chemin des choses simples en ce monde : 

     le simple, tout ce qui, modelé d´âge en âge,
     vit comme nôtre, à portée de la main et dans nos yeux.

Mais c´est peut-être dans la Deuxième Elégie, - et non dans la Neuvième, un peu trop éloquente selon Philippe Jaccottet -, que Rilke a le mieux dit le "simple", le "tout proche" et le "terrestre", rejoignant presqu´ainsi "à sa facon le voeu qui avait été celui d´Hölderlin de s´élever de l´élégie jusqu´à l´hymne, de la plainte isolée jusqu´à la célébration chorale " :

     Réussites premières, favoris de l´univers,
     chaînes d´alpes, crêtes roses d´aurore
     de toute Création - pollen de la divinité en fleurs,
     attaches de lumières, couloirs, degrés, trônes,
     espaces faits d´essence, pavois de plaisirs, tumulte
     de tempétueuse extase et soudain, isolés,
    
miroirs : où la beauté qui d´eux ruisselle
     est puisée et rendue à leur propre face.

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Published by Bernard Olivier Lancelot - dans Poésie
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