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24 mai 2008 6 24 /05 /mai /2008 17:37

Le Silence de la mer
du cinéaste Pierre Boutron se veut un beau et poignant téléfilm. Il date de 2004 et a récemment été diffusé sur TV5. Il ne m´a pas laissé indifférent. Mais sa fin est désastreuse car elle dénature totalement la nouvelle de Vercors que j´ai relue après avoir vu le film.

Ce téléfilm combine deux nouvelles : Le Silence de la mer proprement dit et Ce jour-là ( Le Livre de poche no 25, 3,50 € ). Il restitue assez bien en son début ce qu´était l´univers de la France occupée de 1941 dans une petite ville de province près de la mer. Même s´il se laisse voir, il n´a pas la grandeur noire et tragique du film de Jean-Pierre Melville tourné sans grands moyens en 1948. Sa fin, par contre, est déplorable. Elle détruit totalement ce que Vercors donnait à lire et que Melville réussissait à transmettre : le refus de laisser transparaître le moindre sentiment malgré une certaine empathie éprouvée.

La tension dramatique est palpable dès les premières séquences. Un pot de géranium à la fenêtre d´une cuisine est placée comme un signe quand un père et son fils sortent d´une maison. Un peu plus tard, le village sera comme écrasé de silence quand ses habitants feront la queue sans rien dire devant une boulangerie à l´étalage vide. Et plus encore, vers la fin du téléfilm, quand des badauds, rassemblés sans un mot devant la Kommandantur après l´arrestation de résistants suite à un attentat meurtrier, devront s´éloigner quand les soldats allemands en armes recevront l´ordre de les disperser. Mais, " - comme sous la calme surface des eaux, la mêlée des bêtes de la mer, - [ le narateur-témoin ne sentira jamais vraiment ] bien grouiller la vie sous-marine des sentiments cachés, des désirs et des pensées qui se nient et qui luttent"  comme l´avait réussi Jean-Pierre Melville en donnant une version cinématographique de l´oeuvre de Vercors.

Jeanne Larosière ( Julie Delarme ), vit seule avec son grand-père André Larosière ( Michel Galabru ) dans la vieille ferme familiale beaucoup trop grande désormais pour eux. Musicienne, Jeanne donne pour gagner sa vie quelques lecons de piano au village. Sa vie et celle de son grand-père seront bouleversées le jour où leur maison sera réquisitionnée pour loger un jeune officier allemand, Werner von Ebrennac ( Thomas Jouannet ).

Le jour où il prendra possession de sa chambre, Jeanne joue un prélude de Bach. Subjugué par le jeu de la jeune femme, il s´arrête net sur le seuil et se laisse pénétrer le plus longtemps possible par la musique. Cet instant est magnifique et digne de Sonate d´automne de Bergman.

Il s´avèrera que ce jeune officier est un mélomane averti, compositeur, de surcroît sensible et sincèrement amoureux de la culture francaise grâce à l´éducation qu´il a recu de son père, dont des ancêtres étaient d´origine francaise. Mais Jeanne, aussi longtemps que l´Allemand occupera la chambre qu´elle a dû lui donner, refusera le moindre compromis : non seulement elle ne lui adressera jamais la parole, mais elle s´abstiendra de jouer un quelconque air de musique, La grandeur du texte de Vercors est dans ce silence.

L´officier allemand, toujours bien mis, courtois, raffiné, s´efforcera de susciter la sympathie de ses hôtes. Le grand-père, quelque peu agacé par l´entêtement silencieux et de plus en plus fébrile de sa petite-fille, serait prêt à y répondre, car il arrive à distinguer l´homme de culture derrière l´officier en uniforme. Pas Jeanne.

Dans la nouvelle, Werner von Ebrennac est assez disert, volubile même, surtout après avoir pris l´habitude de descendre quasiment tous les soirs en tenue de ville pour se réchauffer les mains auprès du feu de la cheminée. Il abreuve ses hôtes de naïves envolées idéologiques sur son espoir de voir la France et l´Allemagne nazie se réconcilier après la guerre. Cet aspect est largement édulcoré dans le film. À mon humble avis avec raison.

La fin, brusque, semble respecter la nouvelle. Werner von Ebrennac, après six mois passés chez les Larosière, se rend à  Paris pour y rencontrer des amis et officiers comme lui. Il revient atterré car il comprend que son rêve de voir un jour la France rejoindre le camp allemand est une chimère : les Nazis n´ont que mépris pour la France. Il s´enferme dans sa chambre durant une huitaine de jours. Puis descend en uniforme pour annoncer son départ sur le front de l´Est.

À partir de ce moment, le téléfilm prend une toute autre direction. Une voiture et deux officiers allemands l´attendent. Jeanne est témoin de la pose d´une charge de dynamite sous la voiture. Ses yeux se dessillent; elle laisse apparaître ce qu´elle a toujours refusé d´admettre. Puis, fébrile, elle se dirige vers son piano et joue le prélude de Bach. Interloqué, l´Allemand retarde sa montée dans la voiture, ce qui le sauvera.

Un second ajout dénaturera encore davantage la nouvelle écrite par Vercors. Au moment où l´officier allemand prend définitivement congé, Jeanne ne peut retenir une larme.

La nouvelle de Vercors se voulait un texte dans lequel le personnage de Jeanne représentait l´absolu de la Résistance qui commencait à s´affermir face à l´occupant allemand. Le mot "Adieu" qu´elle finira par prononcer en réponse à celui de Werner ne permet en aucun cas de soupconner ses sentiments les plus intimes. Cette larme est plus qu´un contre-sens ; c´est un outrage au texte de Vercors. Elle anéantit et annihile d´un trait ce qu´affirmera le Tchèque et poète Vladimir Holan : " Le silence lui-même a quelque chose à taire." Affirmation que ni le poète francais René Char ni le poète de langue allemande devenu Francais Paul Celan n´auraient reniée.

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Published by Bernard Olivier Lancelot - dans Cinéma
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commentaires

LOULOU 13/01/2016 03:51

Histoire ridicule. ¨Pauvre VERCORS. Dans la réalité, les femmes ont fait moins d'histoire (par dizaines, voire des centaines de milliers) pour aimer les "occupants"

rodo 04/04/2012 12:11


Le problème principal est probablement le manque de respect pour l'Histoire de France :  des allusions sont faites à Pétain qui n'avait aucun controle sur la zone occupée par les allemands.
Soit les protagonistes se trouvent en France libre (impossible en habitant sur le littoral breton ou atlantique !!) et donc sous juridiction pétainiste soit en France occupée et donc sous la
lourde férule nazie.


L'allusion aux lois anti-juives (nous sommes ici en décembre 1941) semblent aussi un peu fort de café... Sans mentionner évidemment la résistance active quasi inexistante avant que le STO ne soit
mis en place.


 

werner VE 21/05/2017 20:11

30 juillet 1940 Zone libre. Loi excluant de l'enseignement les professeurs et les instituteurs juifs.
et d'autres catégories d'emplois......revois ton histoire de FRANCE, comment peut -on être autant à côté de la plaque et se permettre de sortir des critiques cinématographiques quand on n' arrive pas à la cheville du réalisateur....

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