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24 janvier 2008 4 24 /01 /janvier /2008 09:38
Kautokeino.opproret.jpg
Nils Gaup
, le réalisateur norvégien d´origine laponne, est de retour sur les écrans du monde entier avec Rébellion à Kautokeino. La première a eu lieu simultanément dans plusieurs villes de Norvège le 18 janvier 2008.

En 1987, il avait réalisé Le Passeur. Nominé aux Oscars du festival de Cannes, ce film a sans doute été le premier grand succès du cinéma norvégien. Le fim reprenait une légende dont l´action se passait vers l´an mille de notre ère dans la Norvège du Nord. Les prises de vues étaient grandioses, et il est évident qu´elles ont largement contribué au succès mondial du film.

Rébellion à Kautokeino s´appuie sur un fait d´histoire sanglant honteux qui remonte moins loin que la légende de l´an mille du Passeur puisqu´il a eu lieu en 1852. Mais il se passe dans cette même Norvège du Nord où le réalisateur Nils Gaup est né : le comté du  Finmark et la petite ville commerciale au nom évocateur de Kautokeino.

Le réalisateur Nils Gaup est l´un des descendants des rebelles de 1852. Il reprend sans concession le point de vue des rebelles. L´enchaînement des événements est sordide et la conclusion est atroce : la mort violente de plusieurs représentants du gouvernement norvégien et la décapitation de deux des leaders des rebelles-

Les plateaux neigeux et balayés par les vents froids du Grand Nord n´ont été occcupés pendant des siècles que par quelques dizaines de milliers de Lapons nomades qui survivaient grâce à leurs troupeaux de rennes. Ils les déplacaient hiver comme été à travers de vastes territoires à cheval sur des frontières relativement mal définies allant  d´Ouest en Est de la Norvège à la Russie en passant par la Suède et la Finlande. Jusqu´au jour où des traités sont signés et que les frontières se fixent. Des commercants alors peu scrupuleux, cyniques et arrogants s´installent donc, - et cherchent éhontément à s´enrichir en vendant à crédit des marchandises hors de prix et de l´alcool bon marché, alors inconnu des Lapons. Les dettes s´accumulent, les hommes fréquentent la taverne et s´enivrent, les troupeaux sont laissés sans surveillance, les femmes ne peuvent à elles seules rassembler les troupeaux. L´une d´elle, plus déterminée que les autres, refuse un beau jour de payer ses dettes. Sans procès, le riche et influent marchand convainc les représentants du gouvernement et de l´Eglise d´arrêter les meneurs. Avec l´aide des siens, la femme de l´un des meneurs emprisonnés, arrive de son côté à ce qu´un procès ait lieu. Les hommes sont alors libérés, mais pour couvrir les frais du procès, le riche marchand s´empare des troupeaux. Privée de sa seule source de revenus, la communauté laponne n´a aucune possibilité de survie. L´affrontement est inévitable. L´enchaînement des événements est tragique : il conduit à l´une des fins les plus dramatiques de l´histoire de La Norvège du Nord du milieu du XIXe siècle : le mépris d´un côté, la haine de l´autre, le meutre par désespoir et pour finir une honteuse décapitation de deux des meneurs meurtriers qui refusent l´absolution et le pardon car aucun regret ne les étreint.

On ne peut rendre compte d´un film sans parler de prises de vues ; elles sont magnifiques et l´enchaînement des séquences fort bien venu. Les scènes d´hiver sont beaucoup plus nombreuses que les scènes d´été, sans doute par souci de faire connaître à un public peu averti la rigueur de cette contrée du monde. On peut le regretter. La lumière du Nord et les nuits blanches sont sans pareil. Qu´il suffise de se reporter aux descriptions du romancier Knut Hamsun, aux tableaux d´Edvard Munch ou Nicolai Astrup ou aux descriptions scéniques d´Henrik Ibsen.

Les déplacements en traîneaux tirés l´hiver par des rennes aux naseaux fumant et à la pelisse poivre et sel ne manquent pas de charme pour les spectateurs que nous sommes, même si dans la réalité, il devait en être tout autrement. Le réalisateur Nils Gaup a incontestablement un savoir-faire hollywoodien. Les gros plans qui scrutent les principaux protagonistes en sont une preuve supplémentaire. La moustache en désordre du négociant cynique, la barbe rêche du corpulent pasteur inféodé aux représentants obséquieux de l´Etat et qui ne parle qu´en citations du Livre Saint qu´est la Bible, les têtes hirsurtes et les regards effarés de haine des Lapons qui se savent méprisés, la lèvre charnue de l´héroîne qui refuse d´abdiquer, sont des plans de première qualité. Ils contribuent sans conteste à donner au film sa crédibilité. 

Reste, pour revenir au fait historique, que le film révèle au grand jour un côté peu glorieux de l´histoire de la Norvège du Nord au milieu du XIXe siècle. C´est sans doute une raison supplémentaire qui explique son inconstestable succès auprès du public norvégien. Difficile de savoir s´il en sera de même pour le public international. Que la Norvège ait passé sous silence cet acte de barbarie aussi longtemps, en dit long sur son sentiment de culpabilité. 

Une précision écrite horrible défile après la dernière image et avant le générique : ce n´est qu´en 1998 que l´Etat norvégien a consenti à restituer les deux têtes aux familles des deux meneurs injustement décapités. Les têtes se trouvaient dans une salle de la capitale. La connaissance sans complaisance du passé est à la fois constitutive de l´identité individuelle que de l´identité collective dans laquelle aucune minorité ne doit être exclue.  



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Published by Bernard Olivier Lancelot - dans Cinéma
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