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21 janvier 2008 1 21 /01 /janvier /2008 09:35

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Paul Léautaud
(1872-1956)
 est essentiellement connu aujourd´hui pour une seule oeuvre : Journal littéraire, tenu quotidiennement de 1893 à sa mort. Sans aucune méthode, il égrène librement propos acerbes, notes désabusées, remarques peu amènes sur le monde, sur lui-même et sur tous ceux qu´il côtoit. Son journal fait aujourd´hui dix-neuf volumes. Loin de moi d´avoir tout lu. Loin de moi de chercher à tout lire. Mais l´envie d´en savoir un peu plus m´a porté à acquérir, après le délicieux et enjoué Maintenant, foutez-moi la paix ! ( Mercure de France, 2006 ) d´un Philippe Delerm au mieux de sa forme, le petit Paul Léautaud préfacé par Hubert Juin dans la collection en verve des éditions Horay (2003). Son journal est la source essentielle, mais on y trouve aussi d´adondantes pensées extraites de sa correspondance, de ses Amours avec ou sans s, et de notes retrouvées.

Anarchiste aristocrate, misanthrope à tous crins mais bourgeois dans l´âme, il vit - outre avec celle qu´il appelle tour à tour la Panthère ou le Fléau , - entre des dizaines de chiens et de chats du voisinage qu´il recueille et nourrit sans doute de mets plus chers que ceux qu´il se paie journellement. Sa relation à la table est à mes yeux emblématique de sa vie entière : 
"Il est six heures. Je vais préparer les quatre pommes de terre de mon dîner. C´est là invariablement la composition de mes repas : quatre pommes de terre. Il faut de la régularité dans la vie. La régularité dans la vie, c´est avoir de bonnes moeurs, même à table."

Il n´a guère été connu de son vivant, sauf à la fin de sa vie, à la suite de quarante-trois entretiens radiophoniques accordés à Robert Mallet en 1950. Il y a eu des rediffusions. J´en ai écouté quelques unes, sans doue dans les années soixante. J´ai encore dans l´oreille son rire cassé, ses grognements d´ours mal léché et plus encore ses " ...mais pas du tout !..." quand la question posée lui semblait stupide. Seul, plus tard, Louis Guillou a su pour moi l´égaler dans le refus de jouer le jeu de l´entretien bien léché.

Déjà bourru à trente ans, peu enclin à ce soumettre aux lois qui auraient fait de lui un auteur recommandable, c´est sans doute du côté-ci de son mauvais caractère qu´il faut chercherson refus de mériter le premier Prix Goncourt de l´histoire littéraire de la France du début des années 1900. "Tout individu ne vaut un peu que par le sentiment de révolte qu´il porte en soi."

Il est, pour le Mercure de France, un peu ce que Saint-Simon a été pour la Cour de Louis XIV : "un rapporteur de mots" qui sont cependant autre chose que de simples ragots. On y trouve tout à la fois la misère et la grandeur du siècle : "Prodigieux qu´on emploie maintenant de la façon la plus naturelle cette expression : matériel humain. Matériel humain comme on dit des canons et des fusils.

Rien n´échappe à son humeur caustique, que ce soit sur l´amour, les femmes et l´argent, les gens de lettres qui écrivent trop et s´écoutent parler, l´esprit des autres, les animaux qu´il défend davantage que les hommes, le théâtre qu´il a toujours aimé : - et plus tard, pendant plus de trente ans, le vieillir et la mort auxquels il ne saurait échapper. Pour Gide, le signe de la vieillesse, c´était de se retourner sur des fillettes de plus en plus jeunes. Pour Maxime Du Camp, monter des marches de plus en plus hautes. Pour Léautaud, une occupation de tous les jours.

Il est un moraliste à rebours.

 

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Published by Bernard Olivier Lancelot - dans Critique littéraire
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