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9 janvier 2008 3 09 /01 /janvier /2008 12:44

CerfsVolants.jpg
"Quand on avale un bout de coquille d´oeuf, il faut ensuite le pisser". Ce proverbe ne sera évidemment pas expliqué à l´enfant qui le pose, mais il court tout au long du premier roman de l´Américain-afghan Khaled Hosseini Les cerfs-volants de Kaboul ( 10/18 no3939, 2005 pour la traduction francaise). Une faute impardonable accomplie par faiblesse ou lâcheté peut autant entâcher la vie d´un père respecté que celle de son fils à qui la vérité fut cachée.

Dans ce roman bien construit, le lecteur, selon sa sensibilité, peut facilement privilégier différents niveaux.
 
Le premier est évident : c´est l´amitié déchirante entre deux enfants de conditions sociales radicalement opposées puisque l´un, Amir, est le fils d´un très riche commercant respecté de Kaboul, et que l´autre est le fils Hassan du serviteur chiite, affligé d´un bec de lièvre et condamné de par sa naissance aux tâches les plus viles.
La guerre, avec toutes ses horreurs et immondes atrocités, est le second : d´abord la guerre contre l´armée d´occupation ds Russes honnis, ensuite contre les Talibans, percus au tout début comme des libérateurs, mais qui se révèleront être des ennemis encore plus redoutables du peuple afghan par leur fanatisme religieux et la haine de la démocratie. 
Le troisième niveau est un peu plus subtil : c´est l´impossibilité d´échapper à son destin du fait que personne ne peut vraiment faire l´impasse sur sa naissance, et encore moins sur l´absence d´une mère, que celle-ci soit décédée quelques jours après la naissance d´Amir, ou qu´elle ait quitté son foyer, ayant été la risée de tous les hommes pour l´enfant pauvre qu´est Hassan.
Vient ensuite la pauvreté des réfugiés qui n´arrivent pas à surmonter la déchirure d´être dépouillés de leur territoire et de leur langue, même s´ils savent que le pays dans lequel ils vivent leur exil est l´un des pays les plus opulents au monde.

Derrière ces thèmes s´en trouve un autre, plus lancinant encore, et que le père de l´enfant riche mentionne à son fils dès qu´il est en âge de comprendre : le pire des péchés est le vol, - et non ce que prétendent les mollahs, qui ne font qu´égrener leur chapelet et reciter un livre écrit dans une langue qu´ils ne comprennent même pas. Jamais Amir ne pourra oublier les mots que son père a employé spécialement pour lui : lorsqu´on tue un homme , on vole une vie. On vole le droit de sa femme à un mari, on prive ses enfants de leur père. Lorsqu´on raconte un mensonge, on dépossède quelqu´un de son droit à la vérité. Lorsqu´on triche, on dérobe le droit d´un autre à l´équité."

Le père a trahi son serviteur. Le père a trahi la confiance de son fils en lui cachant toute sa vie le pourquoi de l´affection qu´il portait pour le fils de son serviteur. Le fils a trahi lâchement son ami en ne prenant pas sa défense. Il est douteux que l´adoption trente ans après, du fils orphelin de son ami, par Amir marié, sans enfants et devenu un riche écrivain qui vend bien ses romans, suffise à racheter sa faute. Les combats de cerfs-volants dans le ciel bleu afghan les unissaient. Qu´un nouveau combat de cerfs-volants dans le ciel dégagé de la baie de San Fransisco redonne à l´enfant adopté le sourire, et sans doute un certain goût de vivre, est d´un bel optimisme. C´est une incontestable trouvaille romanesque qui termine le roman sur une note nostalgique. Je vois mal cependant Amir révéler un jour sa faute à son fils adoptif. Certaines fautes sont pratiquement rédhibitoires.

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Published by Bernard Olivier Lancelot - dans Romans
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