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20 décembre 2007 4 20 /12 /décembre /2007 09:58
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Il y a une semaine environ, le 13 décembre exactement, j´étais à Oslo sur la Karl Johan
. Je devais faire en ville quelques derniers achats de Noël. Ceux-ci accomplis, je me rendais à pied au restaurant "Mr Hong" dans une rue adjacente. Restaurant au service simple et accueillant tout à la fois, où le Maître d´hôtel et les serveurs savent tout autant être rapides ou lents selon que vous êtes pressés on pas. Ce qui, de nos jours, où tout le monde veut profiter au maximum de chaque occasion qui se présente, ne me semble plus tellement aller de soi. 

La fin de l´après-midi était bien avancée ; la lumière du jour déclinait rapidemment. Mais la soirée n´était pas vraiment entamée ; - et les lumières artificielles de la nuit mêlées au bleu assombri du ciel de cette Sainte Lucie ne donnaient pas encore tous leurs éclats. Il n´empêche que le jour semblait plus long ; - et il s´éternisait d´autant plus comme un attente de promesse, que tout le jour, dès ses premières heures du matin, avait été radieux.

Le bleu du ciel, qui toute la journée, avait surplomblé la ville, invitait à ce que le regard se perde à l´infini, sans détours, et plane comme seuls savent le faire les oiseaux aux ailes déployées ; et rejoigne le blanc de la frange qui touchait les toits gris ou ocres des petits immeubles bourgeois ; - tandis que le haut du bleu immatériel du ciel  commencait lentement à s´assombrir d´une couleur d´éther à peine argenté.

Les lumières artificielles de l´artère Karl Johan, si belles soient-elles, étaient bien pâles à côté.

Cette lumière de décembre n´a rien à voir avec celle de mai qu´Edvard Munch a su immortaliser pour nous. Bien qu´en réalité Munch doive être connu et reconnu pour des ciels tout différents. Ainsi que celui, encore plus différent mais tout aussi primordial, de la Saint Jean peint par Nikolai Astrup.

Contrairement aux années précédentes de la fin des années 90 et du début des années 2000 où la bruine, le gris et le crachin vous pénétraient jusqu´aux os comme si novembre ne voulait lâcher prise, cette journée du 13 décembre 2007 semblait ne jamais vouloir finir. Le bleu immatérial du ciel donnait à chacun la sensation de pouvoir parcourir l´infini;  et pour moi, que le réel allait rejoindre l´imaginaire. 
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La statue filiforme du Roi Håkon VII de la place de 7 Juin se détachait, hiératique, face à la ville qu´il avait rejointe en 1905 pour en faire sa ville, même si celle-ci en son temps portait encore le nom d´un autre Roi. 
Du haut de cette place, la vue sur la ville était d´autant plus magnifique cette journée que le bleu du ciel donnait un vrai sentiment de surréalité, - et que mes pires contradictions m´ont semblé une ou deux fois abolies quelques instants, comme si j´avais été maître du temps et de l´espace.

Peu avant 16 heures, un autre bleu avait recouvert la ville, non impavide et indifférent aux regards des passants pressés : c´était un bleu de femme qui se fardait pour la nuit.

Puis le carillon de l´Hôtel de Ville sonna 16 heures 15.

La patinoire du terre-plein entre la Karl Johan proprement dite et la Rue du Parlement était momentanément interdite aux patineurs : on refaisait la glace comme tous les jours à partir de 16 heures. Les lumières artificielles brillaient désormais de tous leurs éclats. La glace était teintée comme un bleu de larmes causées par le froid qui mordaient les joues d´enfants impatiants de se lancer sur la glace. Une benne, d´une allure régulière,  raffermissait la glace. Engoncé dans un disgracieux vêtement de travail aux couleurs vives et luisantes, genre épouvantail à moineaux, un gardien surveillait, empêchant qu´on aille sur la glace. Un garconnet d´une dizaine d´années, les patins aux pieds, passa près de moi. Je lui dis une ou deux phrases qu´il ne comprit pas. Plutôt que de répéter mot-à-mot, j´ai raccourci ma phrase : "Tu veux être le premier sur la glace ?" - "Oui" me dit-il simplement. 

Deux filles de 15-16 ans aux patins blancs, à anorak rouge, aux cheveux de lin jusqu´au cou et en pantalons bleu sombre qui leur moulaient les fesses, s´élancèrent sur la glace avant le garconnet à qui j´avais parlé. De l´autre bout de la patinoire, un autre garcon sans bonnet avait déjà parcouru toute la longueur de la patinoire et abordait le virage comme un vrai petit champion. Le garconnet, quant à lui, hésitant, longeait d´un pas maladroit le bord de la piste, le dos courbé et les jambes écartées, mais heureux devant son père qui l´encourageait, non de la voix, mais de la tête et du menton.

J´allais souvent à Paris à la piscine Molitor pour nager. Piscine en plein air du XVIe arrondissement, elle servait de patinoire en hiver. Je ne crois pas y être allé plus d´une dizaine de fois. Les garcons et les filles de ma classe du Lycée Janson de Sailly y allaient surtout pour échanger des patins d´un genre différent de ceux qu´ils avaient aux pieds.

Dérision pour dérision, c´est à la patinoire Molitor que j´ai pensé, quand - en février ou mars 1994, alors que j´étais à Caen pour enseigner la langue francaise à des enseignants norvégiens en congés de formation, -  j´ai attendu en vain quelqu´un que plus tard et encore aujourd´hui, pour parler vite, j´appelle ma compagne ( bien qu´elle ne l´ait jamais été, et ne le sera jamais ), me posait déjà, sans doute, un lapin.

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Published by Bernard Olivier Lancelot - dans Réflexions de retraité
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